‹ La révolution en LozèreChapitre 70 sur 191 · Arcl^. nat., F7 7435. Procès-verbal de gendarmerie · texte numérisé non relu

Arcl^. nat., F7 7435. Procès-verbal de gendarmerie

l'autre se retourne et traverse d'une balle l'épaule d'un gendarme, de part en part. Le i'-'' décembre, autre engagement à main armée dans ces mêmes gorges de laTruyère; le 14 décembre, autre bagarre à Saint- Chély, un jour de foire, pour enlever deux jeunes gens.

Le 28 frimaire an VII — 18 décembre 1798, deux gendarmes, revenant de Sainte-Enimie, rencontrèrent un jeune homme, menant deux mulets au moulin. L'ayant reconnu comme réquisitionnaire, ils mirent la main sur lui, conduisirent les deux mulets à Dides, de Sauveterre, et emmenèrent le déserteur vsrs Mende. Mais au bas de la descente du village, ils furent assaillis par un attroupement de femmes et d'hommes, qui leur crièrent : « Lâchez cet homme, coquins ! » Les femmes s'avançaient les premières, et les hommes derrière à coups de grosses pierres. « Blessés et ne pouvant nous défendre, disent les gendarmes, n'ayant que nos sabres et voyant qu'on allait nous écraser, nous avons pris la fuite et nous sommes cachés, sans quoi nous étions assassinés ' ! »

Le 7 messidor au VII — 26 juin 1799, vers 6 heures du matin, deux gendarmes et un hussard conduisaient à Mende le conscrit réfractaire Poulalion et le déserteur Amouroux, arrêtés chez eux, aux Bessons, et montaient la côte de Rimeize, que domine à gauche le truc de Montfaucon. Ils virent un groupe de paysans, qui les laissa passer ; mais arrivés au col, ils trouvèrent un autre groupe, qui leur barra le passage. Pris devant et derrière sous le feu de douze à quinze fusils, ils abandonnèrent leurs deux prisonniers aux gens de Rimeize et du Fau -.

1. Arch. Lozère, L813. Enlèvement d'un déserteur à Sauveterre.'

2. Arch. Greffe du Tribunal criminel de Mende. Pz'Ocès-verbal de gendarmerie.

Le 20 fructidor — 6 septembre de la même année, les gendarmes de Serverette partirent à 4 heures du matin avec six déserteurs, qui devaient être traduits à Nice, de brigade en brigade. Arrivés à la montée d'Arifattes à Saint-Amans, quinze brigands, embusqués dans un bois et masqués, firent feu sur eux, en criant : « Lâchez les déserteurs !» — « Obéissance à la loi ! » répondirent les gendarmes. Mais les brigands ripostèrent par des coups de fusil, criant : « Tue, tue ces coquins de gendarmes ! » et leur arrachèrent les déserteurs liés deux à deux 1.

Trois jours plus tard, le 20 fructidor— 9 septembre J799, à la foire de Bagnols, les paysans d'Allenc essayèrent de régler un vieux compte avec le brigadier àe gendarmerie du Bleymard.

Une troupe, composée de la brigade du Bleymard, de hussards et de quelques officiers de volontaires, était allée, le 26 floréal an VII— 1 5 mai 1799, frapper à la porte des officiers municipaux d'Allenc à trois heures du matin. « Quels ordres avez-vous de faire de pareilles recherches à cette heure nocturne? » leur demanda-t-on. — Nous en avons de suffisants et nous vous les montrerons, quand vous y serez, mais pas avant. » Les recherches de gens suspects eurent lieu à la même heure dans les villages de la commune, mais furent sans résultats. Après quoi, à Aliène, le brigadier Saltel et d'autres gendarmes, à l'insu du maire Maurin et de l'adjoint Toiron, allèrent à l'église, devenue pour lors le temple décadaire.

« Ils y brisèrent plusieurs armoires, enlevèrent un calice avec deux patènes, un ciboire, deux porte-Dieu en

1. Arch. Grelïe du Tribunal criminel de Monde, n" 357. Procèsverbal de gendarmerie.

argent, un moule en fer pour hosties, des ornements sacerdotaux et du linge d'église, appartenant a la commune, -qui les avait acquis, pour s'en servir, lorsqu'elle pourrait trouver des ministres soumis aux lois, et encore des cierges et chandeliers, dont le peuple se servoit dans ses réu-^ nions autorisées par les lois.

« De là ils se transportèrent à une autre armoire à trois serrures, servant d'archives, où étaient enfermées toutes les lois du canton, état des sections, matrice des rôles des impositions, registres de l'état-civil des citoyens de la commune, tant anciens que nouveaux, et autres papiers essentiels; le citoyen Chabrier, gendarme de la résidence de Villefort, assisté des autres gendarmes, enfonça l'armoire et déchira tous les papiers qu'il y trouva, sans aucune distinction, de manière que le plus grand lambeau n'était pas plus grand que la main.

« Toiron, instruit de cela, alla tout de suite leur représenter que la force armée n'était faite que pour faire respecter les personnes et les propriétés et non pour les violer, comme ils faisaient, et qu'il ne pouvait que porter plainte à qui de droit de leurs dilapidations et actes arbitraires. Alors Chabrier et Saltel, loin de finir leurs mauvaises manœuvres, achevèrent de mettre tout en pièces, menaçant de faire mettre la commune en état de siège, de traduire la municipalité à la barre, à Paris, disant avoir, des pouvoirs à cet eflfet, et de traverser Toiron à coups de sabre, ce qu'ils auraient peut-être fait, si le citoyen Wasset, adjoint del'adjudant-généralNivet, nefûtsurvenu, indigné de pareils procédés.

(I De là on alla à la mairie, où les gendarmes et les soldats dirent à Toiron et à Maurin, qui rentrait de La Prade, que s'ils donnaient aucune plainte au sujet de leurs délits, ils s'en repentiraient, et forcèrent Toiron à signer un écrit, sans lui donner connaissance du contenu ni des ordres qu'ils avaient^ pour faire des recherches dans la commune 1.»

1. Arch. Lozère, L 178. Extrait du procès-verbal de la c. d'AlIenc.

- Or cinq mois après cet exploit, le brigadier Saltel alla avec sa brigade surveiller la foire de Bagnols. Ayant trouvé un jeune homme sans papier légal, il le fit arrêter, mais arrivé sur le foirai, il vit venir à lui un attroupement de cent cinquante paysans environ d'AUenc, La Rouvière, Lanuéjols etc., armés de pistolets, de hallebardes ou de bâtons, marchant en colonne, par pelotons, sous la conduite d'un grand jeune homme, vêtu couleur minime et le chapeau rabattu sur les yeux.

Le brigadier s'adresse au chef des attroupés : « Où allez-vous, citoyens, comme ça ? —Nous venons t'assommer », répondirent-ils ; tous alors de crier sur lui : « Tue, tue ! » Brigadier et gendarmes fendent alors les rangs sous les coups de bâtons et fuient vers la rivière, pendant que Ferrand,du Bleymard, et Tuzet, officier de santé, essaient de retarder les manifestants.

Le brigadier Saltel et le gendarme Martin se séparent, après avoir traversé le Lot. Quelques paysans, acharnés aux trousses de Martin, le terrassent à coups de bâton à la montée des fontaines, lui enlèvent son sabre, qu'ils cassent en deux, et lui tirent un coup de pistolet. Quand ils le quittent, le gendarme les entend dire : « Celui-là en a pour son compte ; c'est maintenant le brigadier, qu'il nous faut » et ils vont rejoindre ceux qui poursuivaient Saltel. Celui-ci avait dû traverser plusieurs fois la rivière, perdant en route à cet exercice la feuille de service, sa montre et une somme de trois cents francs ; il courut vers la maison de Bouchet, . mais on lui ferma la porte. Se voyant assommé et sans autre ressource, Saltel traversa la passerelle et s'enferma haletant dans la maison du commissaire Lazare Chevalier. La troupe accourut furieuse, mais Chevalier

parut à la fenêtre, armé de son fusil et cria : « Le premier qui avance est mort ! » Puis il sortit ceint de son écharpe ; mais sans un gendarme, qui para le coup, il aurait été lui aussi assommé. Les paysans criaient : « Il nous faut Saltel mort ou vif ! » Cependant le brigadier sortit par une autre porte, gagna le large par des chemins de traverse et vit dans sa fuite descendre de la montagne son malheureux compagnon, qui pouvait à peine se tenir •.

Enfin le 8 vendémiaire an VIII — 3o septembre 179g, foire de Saint-Michel, la maréchaussée eut une ■chaude alerte à La Garde-Guérin. D'après les renseignements recueillis par Saltel, le fameux brigadier du Bleymard, « les réquisitionnaires et les conscrits de ■ces contrées avaient fait le complot de détruire toutes les brigades de gendarmerie qui se présenteraient aux foires, notamment celles du Bleymard et de Ghasseradès. »

Outre les griefs généraux de tous les déserteurs -contre tous les gendarmes, on en voulait particulièrement à Saltel pour ses exploits particuliers ; de plus un gendarme avait naguère tiré brutalement un coup de pistolet sur un conscrit, qu'il conduisait ; enfin Ladet, brigadier, de Ghasseradès, avait arrêté et livré à la justice un chirurgien-oculiste ambulant, nommé Degout, que l'on soupçonnait d'avoir pris part à l'assassinat de Baffie et qui avait dit tranquillement à ses conducteurs « que, s'il périssait, sa vie serait payée chèrement et qp'il recommanderait à ses amis la brigade de Ghasseradès ; que sous peu Louis XVIII régnerait à Lyon et qu'iW avait des émissaires dans

Page 1