‹ La révolution en LozèreChapitre 71 sur 191 · Aich. nal., F 7 7435. Procrs-verbal de rébellion · texte numérisé non relu

Aich. nal., F 7 7435. Procrs-verbal de rébellion

Arch. Greffe du tribunal criminel de Mende. Procédure 517.

tous les départements, pour reconnaître tout ce qui était honnêtes gens K »

Donc à la foire de La Garde, Crozat, brigadier de Villefort, s'apprêtait à arrêter, sabre nu à la main, ua réquisitionnaire de Chamborigaud, nommé Bouet, lorsque celui-ci parvint à s'échapper et courut à travers le foirai, en criant : « A moi, déserteurs et conscrits 1 ces coquins de gendarmes veulent m'arrêter ; il y a une barrique de vin à boire !» A ce cri, une trentaine de jeunes gens, qui dansaient, laissent les danseuses et accourent, armés de bâtons ferrés et courts comme des massues ; puis après une minute d'hésitation^ ils tombent sur Crozat, en criant : « Tue ! tue ! »

Chas, ci-devant vicaire constitutionnel et pour lors professeur à l'école centrale, en voulant défendre Crozat, reçoit lui aussi des coups de gourdin. Portanier, président de l'administration de Villefort, se présente ceint de son écharpe. « Ah ! f . . . écharpe 1 dit-on en le voyant, il faut que nous t'écharpions ! » et il en prend à son tour pour l'écharpe de municipal.. Finalement les gendarmes de Villefort abandonnent leurs chevaux et fuient déguisés en paysans, pendant qu'on transporte Crozat sanglant chez Pansier, de La Garde, et que les Jeunes gens, croyant avoir affaire avec un autre gendarme, menaçaient d'enfoncer la porte : « Il tue les hommes, disaient-ils ; nous voulons le tuer ! »

Sur ces entrefaites, arrive la brigade de Chasseradès^ qui se range en ordre de bataille, sur le foirai des bœufs. A leur vue, les jeunes gens s'écrient : « Les voici cesbrigands ! quand il y en aurait dix brigades, il faut

1. Arch. Greffe du Tribunal criminel de Mende, n*358. Procèsverbal d'arrestation de Debout.

qu'ils y passent ! » Sur le conseil de Chas, les gendarmes défilent prudemment vers Villefort ; mais une foule d'hommes, armés de pierres et de bâtons, essaie de leur barrer la route près du cimetière. Le brigadier Ladet tombe de son cheval et reste engagé sous lui, la tête en bas et les pieds sur un talus, et recevant des coups. Le médecin Polge, de Combret, accourt pour le dégager ; mais plusieurs paysans lui disent avec flegme : « Ne vous pressez pasTant, pour secourir ce gendarme : il a fait fusiller Degout, et ses camarades tirent sur les hommes comn^e sur des loups ; nous voulons avoir la fin de cette canaille. » Ladet ne périt pas ; mais le croyant fhii, on entendit deux individus se retirer, en disant : « Vivent lesbrigands ! le. brigand est mort '. »

Le compagnon de Saltel se traînant sur les pentes de Bagnols, le brigadier Ladet gisant blessé au foirai de La Garde, voilà un peu l'image de la gendarmerie, fatiguée après tant de courses parfois vaines sur nos rudes montagnes et moulue dans tant de rencontres avec le bâton, les barres de fer et le mousquet des paysans lozériens. L'administration le comprit, et voyant que le premier des « moyens extrêmes », qu'elle avait employé, n'avait servi qu'à fatiguer la force armée, elle eut recours, quoique avec répugnance, au second, qui était l'envoi de garnisaires chez les parents des déserteurs.

Les dragonnades recommencèrent non seulement au pays des Camisards, mais surtout au pays de Charrier. Elles avaient même précédé l'arrêté de l'administration : quelques mois plus tôt, le général Petit

1. An-li. Grolîe du Tril)unal criininol de Mende. Affaire de La Garde-Guérin.

Guillaume avait envoyé en Lozère son adjudant Hébert avec des pouvoirs pour employer la force, afin de faire partir les jeunes gens destinés aux armées. Hébert s'adjoignit le chef de bataillon Malye, commandant pour le département, et tous deux furent vivement accusés par les autorités des cantons qu'ils parcoururent.

Les archives n'ont gardé qu'une seule de ces accusations ; elle suffit à prouver que les dragons de Lou- Yois n'étaient pas tout disparus, et elle émane précisément d'un canton protestant et patriote. La force armée, envoyée par l'administration centrale, pouvait « vivre à discrétion » chez les parents des déserteurs ou des réfractaires, jusqu'à la reddition de leurs fils. La municipalité de Barre-des-Cévennes trouva la chose dure et se plaignit.

« Il est indispensable, écrivit-elle aux administrateurs, lorsqu'on envoie une troupe à discrétion, de régler ce qu'elle doit exiger, sans quoi on autorise une licence sans bornes et on introduit un moyen d'exiger des contributions arbitraires. C'est ce qui est arrivé dans l'e canton de Barre, où il est notoire que non seulement le détachement envoyé dans les communes a employé la force et les menaces, pour exiger de l'argent à volonté, outre la nourriture, qui leur était fournie à discrétion ; mais encore le citoyen Clerre, sous-lieutenant, a exigé pour lui-même de l'argent des parents des réquisitionnaires. Le canton de Barre, à cause de son attachement à la Révolution depuis son aurore, ne s'attendait pas à éprouver le premier l'action de ces garnisaires 1. »

La chasse aux déserteurs dura sous le Consulat et l'Empire ; mais ce livre ne doit s'occuper que de la

1. Aich. Lozère, L 39:î. Canton de Barre, 5°reg'., 7 vent, an VII.

Révolution. Tel est, autant du moins que des archives fragmentaires permettent de le dresser, le bilan militaire de la Lozère pour la Révolution : quelques bataillons de volontaires, enrôlés dans tout le département à l'appel de la Législative, en 1792 ; puis le contingent des conscrits, requis par la Convention et le Directoire et recruté facilement dans les Cévennes et difficilement dans les autres districts ; enfin de 1793 à 1800, de nombreux refractaires et déserteurs dans presque tous les cantons.

Il y a assurément de plus brillants tableaux, quoique les lettres des chefs d'armées accusent des désertions pour tous les départements. Les causes en furent d'abord, pour les catholiaues, la répugnance à servir un gouvernement régicide et persécuteur; pour tous ensuite, beaucoup d'inexpérience politique, qui, dans le nouveau dogme de la souveraineté populaire, n'avait pas vu le revers de la médaille, je veux dire Tobligation de défendre la frontière, premier devoir du souverain ; enfin pour quelques-uns, — et il faut le dire tout bas dans notre terre valeureuse de France — un peu d'humaine lâcheté.

Le besoin d'en finir avec la question militaire a débordé l'ordre chronologique des événements, dont'il faut reprendre maintenant le récit à l'élection de la Convention.

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