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Arch. Lozère, L ?0'2. Lettres de Châteauneuf-Randon

pas ; si je pouvais y croire, je ne la verrais que du côté de ceux qui mettent tant de méchanceté à supposer des partis. Mais si quelque ambitieux osait attaquer la Liberté, les bras du peuple sont levés et je briguerais l'honneur de porter les premiers coups. Je vote pour la mort de Louis le dernier. »

Monestier : « J'émettrai mon opinion comme juge et législateur. Comme juge, je trouve dans le code pénal la peine de mort contre les conspirateurs j comme législateur, je vote pour la mort, en demandant que la peine ne soit appliquée qu'à la paix. »

Servière : « Je vote pour la mort, en me proposant d'examiner le sursis. »

Barrot : « Comme je suis parfaitement convaincu qu'il n'existe plus parmi nous de traces de la royauté ; comme la mort de Louis ne me paraît pas nécessaire, utile même à l'intérêt de la république, je vote pour la réclusion pendant la guerre, la déportation de Louis, de sa femme et de ses deux enfants, à titre de mesure de sûreté générale, dans une de nos îles la plus inaccessible, à l'époque qui sera déterminée par la Convention ; ils y seront gardés par un corps de Parisiens et de fédérés, jusqu'à ce que cette mesure soit inutile. »

4** ((Question subsidiaire). Sera-t-il sursis à l'exécution de Louis Capet ?

Châteauneuf-Randon répondit : non ; Monestier, oui ; Barrot, non ; Servière, malade, motiva ainsi son vote par écrit : « Ne pouvant me rendre pour prononcer sur le sursis, je conclus donc à la mort dans le cas où le territoire de la République serait envahi par les

armées ennemies. Je demande autrement qu'il soit en -état de réclusion dans un endroit de sûreté K »

Lozère

Culpabilité

Appel

Peine

Sursis

BaiTot

oui

oui

déportât.

non

Monestier

oui

non

mort

oui

Servière Châteauneuf

oui oui

non non

mort mort

oui, si le territoire

n'est pas envahi.

non

Absent par congé, Pelet dut être heureux de n'avoir pas à se prononcer sur une affaire si grave. Quant à Barrot, il est le seul de nos députés à avoir voté l'appel au peuple et à n'avoir pas" voté la mort. En émettant le premier vote, il dit : « Dussé-je, en descendant de cette tribune, tomber sous le poignard des anarchistes qui nous entourent, je vote pour que le jugement soit renvoyé à la ratification. » Mais son rejet du sursis paraît étrange. « S'il vota contfe le sursis, écrit son fils Odilon Barrot, futur ministre de Louis-Philippe, c'est qu'il craignit que, dans le délai, Louis XVI et sa famille ne fussent victimes de la justice du peuple, courant de la Convention au Temple et du Temple à la Convention. Après quelques sorties audacieuses contre la Montagne, ne se voyant pas soutenu, il se renferma dans le silence de la résignation. Seulement il s'opposa de toutes ses forces à l'envoi de ces trop fameux commissaires, qui portaient partout la terreur et la mort -. »

1. Arch. nat., C 243; Moniteur universel : 18, 19 et 20 janvier 1793.

2. Bibl. nat.,L27n lOGô. Notice sur J. -A. Barrot par O. Barrot. 'Odilon Barrot a écrit cette Notice (in-4°de 16 pages), pour défendre la mémoire de son père, «luon traitait de régicide. Le vote et le discours de Barrot sur la déportation du roi lui valurent de telles menaces que sa femme elïrayée le fit cacher quelques jours, chez •un Lozérien, au village de Montmartre.

Les votes de ses représentants retentirent douloureusement au cœur de la Lozère, cette petite Vendée 4\u Midi, et l'ancrèrent davantage dans sa résistance è. la Révolution. On a vu, au chapitre précédent, les difficultés du recrutement des Soo.ooo hommes et comment l'attroupement éphémère de Rieutort-de- Randon faillit tout embraser ; mais le sol restait brûlant et l'incendie; vite éteint, éclata bientôt après -au nord du département.

Les administrateurs, témoins de la fermentation générale, obtinrent des commissaires de la Convention, Servière et Gleizal, député de l'Ardèche, 200 volontaires ardéchois; puis le 10 avril, sur la proposition de Jalbert, procureur général syndic, ils prirent un arrêté, loi des suspects avant la lettre, qui obligeait -<c tous les ci-devant • nobles : pères, mères, femmes, enfants, frères ou sœurs des émigrés, à se rendre au chef-lieu du département comme otages, et promettait une prime de cent livres à ceux qui arrêteraient un prêtre sujet à la déportation ou dénonceraient les receleurs '. »

1. F7 3681 14. Lettre de Jalbert au Comité de Salut public, St- Chély, 8 messidor an II. « Le Marat de la Lozère est en arrestation chez lui. Cette qualifuationvous surprendra peut-être ; mais j'ai la vanité de croire que je l'ai méritée. » Il énumére ses titres, qui" heureusement pour lui ne sufïisent pas à lui assurer le surnom auquel il aspire alors, pour obtenir sa liberté. « C'est moi qui suis parti de Mende, à pied, le 25 mai et le dernier, et qui y suis rentré le premier; moi seul qui pendant deux jours, à Mende, où 25.000 hommes étaient rassemblés, ai mis ordre à tout C'est moi seul qui ai requis 20.000 hommes de repartir le l' juin, parce que je jugeais alors que leur présence allait devenir plus dangereuse que le mal luimême. C'est moi seul qui écrivis à tous les départements, pour arrêter plus de 100.000 hommes (!), qui s'étaient mis en mouvement. C'est moi qui le 26 mai, à 4 h. du soir, emportai les archives du département et sauvai la caisse des subsistances, qui se portait il 22.000 livres, que j'emportai dans mon mouchoir.... N'est-ce })as moi, qui ai rédigé et pro osé en présence de Servière, votre coliègue, le fameux arrêté du 10 avril, qui mettait en art^estalion ious les nobles et les gens sus])pcts, arrêté qui est devenu loi générale six mois après (décret du 11 septemijre 1793) ? »>

Après Thermidor, ce « Marat de la Lozère » sauvera son voisin

Comme les municipalités feignaient d'ignorer ce qu'il fallait entendre par « gens suspects et inciviques », le conseil général précisa et déclara coupables de « suspicion » : i** tous les individus de tout culte qui manifestaient de l'indifférence ou de la neutralité pour la Révolution ; ceux du culte catholique qui n'assistaient pas assidûment aux messes de paroisse et autres cérémonies ou le feraient sans garder la décence qui leur est due ; 2° tous les ecclésiastiques. assermentés qui, sans motif légitime et dûment justifié, ne se rendaient pas exactement à toutes les cérémonies de l'église ; 3° les religieux de tout sexe qui, depuis la publication de la loi du 18 août 1792, conservaient le costume aboli. Quant aux receleurs, Servière et Gleizal prièrent la Convention nationale de porter contre eux « la peine de mort ou la déportation et la confiscation des biens au profit de fa nation. »

Malgré ces mesures draconiennes, les prêtres n'abandonnèrent pas leurs ouailles. « Déguisés en bergers, écrit Gleizal, demandant l'aumône, chargés de haillons et portant des hosties dans leurs poches, ils vont dans les maisons recevoir la confession des pa3'sans et leur donner la communion », échappant aux recherches, grâce à ces précautions et à la fidélité des chrétiens '.

Cependant le 19 mai, les gendarmes du Malzieu, qu'une pauvre femme avait avertis de la présence de deux prêtres dans la maison de son mari, saisirent au village d'Amourettes, commune de Julianges, le curé de la paroisse, l'abbé Rodés, avec celui de Chazes-d'Allier, et les emmenèrent vers St-Chély,

l'abbé Brun, curé de Saint-Chély, en le prévenant discrètement de l'arrivée de volontaires envoyés pour l'arrêter.

1. Bulletin Lozère 1883. II, p. G78 ; A.rcli. nat., C 252. Lettre de Servière et Gleizal, Mende, 1 avril 1793.

Marc-Antoiue CHARRIl-R Chef de r.Armée chrciicnne ou Midi

Abbé Dl-ILOX, La Ri-wlnlioii m Lo^hf. Miim'c Je l;i Sociotc iit.> Lettres de l.i Lozère.

Aussitôt le tocsin sonne au clocher de St-Privat-du- Fau; hommes et femmes courent vers lesgendarmes^ les atteignent et les somment de lâcher leurs captifs.

La maréchaussée refuse et menace ; mais les pierres pleuvent et deux balles percent le chapeau d'un gendarme. On arrive à Saint-Léger-du-Malzieu, où l'attroupement se grossit des renforts de Julianges et de Saint-Léger ; nouvelle lutte, grêle de pierres, chevaux abattus, et les deux prêtres, délivrés, finissent par obtenir des pa5^sans irrités la grâce des gendarmes '.

Le directoire départemental, pour enlever à d'autres le goût de recommencer, envoya au Malzieu une troupe de 35o hommes, Lozériens et Ardéchois, sous le commandement de Bombernat, Pin et Dallo, avec mission de rechercher les coupables de l'attroupement et de fouiller la partie nord et ouest du district de Marvejols, visant ainsi le comte de Noyant et Charrier.

Cent volontaires de l'Ardèche se répandirent alors dans les communes de Julianges et de Saint-Privat, enlevèrent les cloches et les vases sacrés, brûlèrent les meubles de l'église sur la place publique et arrêtèrent une quinzaine d'individus ^. Ceux-ci furent relâchés par le tribunal de Saint-Chély, sauf un, nommé François Raoul dit Mansou, de St-Privat-du-Fau. Signalé par sa bouche en bec-de-lièvre, il périt de

1. Arch. Evéché de Mcncle, Conférences de ISSI. L'abbé Tioulon^ desservant de Saint-Privat, affirme que « ces renseignements lui ont été donnés par des témoins oculaires. »

2. Un jeune liomme, nommé Tournaire, blessé par un volontaire» se jeta dans une mare, qu'il rougit do son sang, et cacha sa tête dans les herbes du bord. « Plus tard, « Tournaire alla travailler dans l'Ardèche, chez son meurtrier. Celui-ci, pendant la veillée». se mit à déplorer les méfaits de sa jeunesse, 'i'ouf le reste, dlt-il, m'est bien pénible ; mais j'ai tiré un coup de fusil à un jeune homme de Saint-Privat, dont le souvenir avancera ma mort. — Pas du tout, lui répliqua Tournaire ; c'est moi, je ne suis pas mort. » On s'embrassa et le lendemain on lit fête tout le jour. (Abbé Fourcher, oyj. cit. III, p. 301.

maie mort, qu'il convient de laisser conter par un témoin oculaire, Rougier, commissaire patriote de Saint-Flour.

(( Voici quelques détails de ce qui s'est passé ; ils sont bien faits pour toucher l'humanité la plus endurcie et révolter les âmes même les plus sa<iguinaires. Le bataillon de l'Ardèche, avant 'de partir, a été en force aux prisons, pour conduire à Mende les prisonniers, disant qu'ils n'étaient pas en sûreté à Saint-Chély. La municipalité s'y est refusée la première fois, craignant les funestes suites ^e ce qui a eu lieu ; ils s'y sont transportés une seconde et ils ont quasi forcé la municipalité à les leur livrer.

« Elle a dit alors que, sur quinze, elle en avait relâché quatorze, reconnus innocents ; qu'il n'y en avait qu'un, reconnu très coupable et qui avait tiré sur un gendarme. Non obstant le serment qu'on leur a fait prêter individuellement de ne se permettre aucune incursion sur lui et de le livrer au glaive de la loi, à Mende, après lui avoir coupé les oreilles de cent coups de bayonnette, à un port de fusil de la sortie de Saint-Chély, ils le poignardèrent», sur la route de Mende, près d'une chapelle dédiée à la Trinité 1.

Sur le séjour des Ardéchois dans ces communes, c[uelques détails intéressants nous ont été transmis par l'abbé Fourcher, qui les tient de ses grandsparents.

« Ma maison, dit-il, eut neuf soldats. Arrivés dans la cour, ils saisirent un char, poijr enfoncer la porte par le timon. Ma grand'mère leur cria qu'elle venait leur ouvrir. Alors ils laissent le char, tuent deux poules à coups de fusil, vont tout de suite à l'armoire chercher de la crème,

1. Arch. coin. Saint-Flour, H 2 16. Dossier Charrier, lettre de JRougier, 27 mai 1793.

€t se mettent à préparer leurs poules. L'honnêteté de tous dans le village encouragea les femmes , qui allèrent appeler les hommes, cachés dans les ravins de la Garnasse àe Margot. Après souper, mon grand-père dit la prière ; huit se mirent à genoux ; un grand, qui touchait la cheminée, resta debout ; puis quand on fut à « Grand Dieu, ayez pitié de votre Eglise » et qu'on dit: « Nous vous prions pour le roi, la reine et toute la famille royale », un de ces huit s'enfuit dehors 1.

Les volontaires de l'Ardèche ne restèrent là qu'une semaine ; des événements plus graves allaient les rappeler au chef-lieu. De Saint-Privat, les commissaires partirent vers Arcomie, pour visiter le château de Combejouve, qui appartenait au comte de Noyant.

'( L'insurrection, dit l'abbé Avit, avait été commandée par les agents du roi à Lyon à une époque fixe, que des circonstances firent contremander d'un mois ou de six semaines. M. de Noyant se mit à communiquer son projet ; il se trouva de faux frères, — ils sont connus, mais à quoi bon les nommer? — ; les gouvernants d'alors en furent instruits. Quatre-vingts hommes bien armés, commandés par Dallo, depuis procureur impérial, et par Bombernat, morts tous les deux d'une mort digne de leur vie, vont dévaster la maison de M. de Noyant et piller les communes voisines. »

Le conspirateur, surpris dans ses préparatifs, n'eut que le temps de fuir et de prévenir Charrier des projets de l'ennemi sur Nasbinals -.

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