‹ La révolution en LozèreChapitre 77 sur 191 · Arch. Lozère, L 690. Contre ^Françoise Gabrillargues · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 690. Contre ^Françoise Gabrillargues

Puis le chef entra. « Rendez les armes, dit-il, je suis Charrier. Je me suis trompé, car je croyais avoir affaire aux brigands de l'Ardèche; j'en ai regret pour vous et je suis fâché de vous annoncer que les Espagnols sont à Toulouse ; je vais les joindre, je tiens la main à la Vendée et quarante ou cinquante départements sont présentement en insurrection. »

Après avoir désarmé les prisonniers, il dit à Bombernat : « Ton affaire sera bientôt réglée et l'on va tenir un conseil de guerre exprès pour toi. » Il sortit, revint demi-heure après et dit au commandant patriote de le suivre, pour obliger ses soldats à se rendre, s'il voulait les sauver.

Bombernat, quitté un moment par Charrier, voit un paysan armé d'un paroir venir vers lui en criant: « Je veux t'ôter la vie. » Bombernat pare les coups avec son fusil, s'échappe et tombe dans un autre groupe sur l'abbé Grespin, vicaire de Recoulesd'Aubrac. « Ah! te voici, J... F... de commandant; il y a longtemps que je te cherchais. » Il le couche en joue, le fusil rate ; il épaule encore et le coup rate une seconde fois,' tandis que Bombernat lui crie : « Tire donc ! »

Alors un autre prêtre, nommé Ca34ar, que le commandant patriote n'a pas de peine à peindre en beau, « figure ronde, colorée et belle, barbe noire et douce voix », dit aux attroupés : « Vous êtes des lâches, on n'assassine pas les gens comme cela : M. Charrier leur a promis la vie » ; et il ramena Bombernat chez Fournier, dans la chambre où Besson gisait baigné dans son sang. Emu, l'abbé Caylar dit aux captifs : « C'est bien douloureux de voir du sang versé ; mais vous en

êtes vous-mêmes la cause, vous qui avez, tiré les premiers coups de feu '. »

Fontanier dit Arpajon avait d'autres manières : «Vous voici donc, grands patriotes, criait-il, vous avez beau dire et beau faire, vous voilà prisonniers et enfin vous la danserez. Ah ! coquins de patriotes, renards mangeuis de poules ! Vous avez tant voulu la tête de Charrier ; cette fois-ci il aura les vôtres ; après lui, je suis le premier. » Et il se promenait à grands pas dans la chambre, pestant et jurant. « Oui, disait-il, M. Charrier renversera tout et la religion reviendra à' son premier point; tous les Marvejolais sont des coquins, qui maltraitent les prêtres -. »

Un autre groupe de patriotes, trente environ, étaient dans une auberge. L'un d'eux, ne dormant pas, se mit à la fenêtre, pour voir s'il était jour. A leur accent et au bruit de leurs sabots ferrés, il reconnut des paysans, qui disaient à un garde national : « Rends les armes, coquin ! Allons, il faut le pendre ! — Que vous ai-je fait ? demandait l'autre ; accordez-moi la vie ! » Les patriotes réveillés sautent aussitôt sur leurs fusils et Aimeras, d'un coup de feu, abat un des paysans.

Ceux-ci reculent d'abord, puis reviennent en nombre, brisent toute résistance, s'emparent des Marvejolais, déchirent cocardes et épaulettes, et conduisent le lieutenant patriote dans la cour du maire, de- •vant le chef royaliste, habillé en paysan. « Nous vous en amenons un bon, disent-ils à Charrier. — Ah ! b..., dit celui-ci à Aimeras; c'est toi qui voulais me pendre et porter ma tête à Marvejols! je te tiens à présent ; il me tardait beaucoup de te voir et je te la

1. Arch. Lozère, L 613. Cahier d'informations relatives à l'insurrection de Charrier, (déposition de Bombernat).

2. Arch. Lozère, L 653. Contre Pierre Fontanier, de Nasbinals.

ferai danser. » Là-dessus, le prenant par les cheveux, il lui donna plusieurs soufflets, et Aimeras sauta de la cour dans la cuisine, aidé par les crosses de fusils.

Cependant qu'on faisait main basse sur le détachement, les commissaires Pin et Dallo avec deux brigades de gendarmes arrivaient dès l'aube à Ri eutort. Accueillis par la mousqueterie. Pin s'échappa avec quatre gendarmes, et Dallo aurait péri sans le fils de son fermier, qui demanda grâce et le couvrit de son corps. « Citoyens, dit Dallo maltraité, tirez à la cervelle ou au cœur, mais ne me blessez pas ainsi. » Survint alors le prieur de Maloouzon, frère de Charrier, qui lui recommanda de ne pas user du « citoyen », le sauva de la mort et l'amena à Charrier.

Celui-ci, qui était son cousin éloigné, lui dit : « Je vous ai vu tomber de loin et vous ai pris pour Benoît, le juge ; mais j'ai plaisir à vous avoir pour otage. »

Et comme Dallo, vu ses blessures, demandait d'aller se faire soigner à Nasbinals : « Non, répondit Charrier, il faut aller à Marvejols ; mort ou vif, votre tête répondra de la mienne et de celle des prêtres emprisonnés à Mende. Vous êtes un clubiste, il n'y a pas de paix à faire ; je suis, moi, un royaliste déterminé et je marche d'après les ordres précis des princes. »

Le frère de Charrier , Jean-Pierre Valette, de Grammont, dit Peyrotou, qui arrivasurces entrefaites, intercéda pour Dallo. « Non, dit le chef ; sa tête répondra de la mienne. » Valette.dit alors à son frère qu'il avait eu tort de l'envoyer chercher et qu'il ne réussirait pas à avoir le dessus. Charrier lui répondit en patois : « léou n'aï pas besoun dé tas leiçoùs ; tu m'as toujour trahit et encaro ou bos faire. (Moi je n'ai

Marc-Antoine CHARRIHR

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