‹ La révolution en LozèreChapitre 78 sur 191 · CHIFFRE DE CHARRIER · texte numérisé non relu

CHIFFRE DE CHARRIER

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N. 15 — C'est par oubii que ce chirtre n'a pas été intercalé dans les décl.iratious (Charrier, ligne 20, page 367

Abbé DKI.OX, Ui Rrwliitioi, ,11 Lozère.

M. BI-lNOri", Mon vi.iix Rode-,.

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pas besoin de tes leçons ; tu m'as toujours trahi et tu veux le faire encore.)

— Que voulez-vous faire contre toute une France ? reprit Valette ; les couronnes étrangères n'ont pas pu la vaincre ; vous ne savez ce que vous faites et nous allez mettre tous dans l'embarras.

— Je sais ce que j'ai à faire, riposta Charrier, et il y en a bien d'autres qui le font. Pour toi, tu seras capitaine et tu me suivras jusqu'à la fin de la campagne. » Valette eut beau protester qu'il ne savait pas ce que c'était que tirer un coup de fusil, a Donnez ua bâton à cet homme, dit froidement le chef ; il marchera comme les autres ou il sera le premier puni. » On lui arracha la cocarde tricolore et on lui en lit une de papier blanc i.

Le père de Laporte, qui avait essayé vainement à la Borie-Grande de reprendre son fils aîné, arriva aussi à Rieutort. « Se jetant aux genoux de Charrier, il le supplia, les larmes aux yeux, de lui laisser son fils, offrant de marcher lui-même à sa place, disant qu'il préférait sacrifier sa vie, pour sauver celle de son fils. » Charrier répondit que l'un et l'autre seraient obligés de marcher ; s'ils s'y refusaient, on prendrait des moyens pour les y contraindre. Cependant, avant de partir pour Marvejols, Charrier permit au père de retourner chez lui "-. »

Le bilan du combat nocturne établit chez les républicains trois morts, que l'on ensevelit à Nasbinals, non dans le cimetière, mais derrière l'église, et chez, les royalistes, un jeune homme d'Escudières blessé, qui eut la poitrine traversée d'une balle et en guérit.

1. Arch. Lozère, L 633. Contre Jean Pierre Valette, de Rocouies.

2. Arch Aveyron, L 678. Interrogatoire de Charrier, des 6, 7 et à juin 1793.

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Les prisonniers furent fouillés, puis rafraîchis ; ils demandèrent la vie et la liberté, mais Charrier promit du plomb à qui tenterait de fuir et la vie à tous, pourvu que Marvejols se rendît sans tirer un coup de fusil : ils écriraient ces conditions à la municipalité et les deux exprès, porteurs de la lettre, ne précéderaient l'armée que d'une demi-heure.

« Dans le conseil de guerre, l'abbé Avit proposa d'envoyer un corps de troupes investir Mende et Marvejols par une marche forcée. Le conseil fut trouvé bon, mais ne fut pas exécuté. On pouvait disposer au moins de six cents hommes déterminés ; on eût prévenu la fuite des autorités et le massacre de quarante personnes, qui furent guillotinées à Florac. » Des émissaires partirent dans diverses directions, pour soulever les campagnes, en faisant planer sur elles la menace de la conscription à outrance : « indépendamment de la levée de Soo.ooo hommes déjà faite, il y avait un décret ordonnant un nouveau recrutement depuis l'âge de seize ans jusqu'à cinquante, sans exception même de gens mariés ; ce décret était, disait-on, déjà exécuté dans le département de l'Hérault, et on affirmait que Chabot, commissaire de la Convention dans l'Aveyron et le Tarn, disait publiquement dans les villes où il passait, que, plutôt que d'en avoir le dessous, la Convention ne laisserait pas un homme en France. »

Le matin du dimanche de la Trinité se passa à attendre les renforts et à manger ce que les républicains avaient pillé dans les communes du parti de Noyant. Les Aveyronnais ne tardèrent pas. Il en vint de Saleret et de Verdun, deux cents de Castelnau, une compagnie de Saint-Côme, conduite par Pôns-Cou-

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foulens et le docteur Soutouly, et cent trente-^ix du Cambon, commandés par le chevalier de Salgues d'Ambessière ; parmi ces derniers était l'abbé Taussac, curé assermenté du Cambon, que l'abbé Roux, de Vinhac, et ses frères avaient enlevé dans la nuit et mis de force au premier rang. « Lafayette » amena aussi un petit contingent de sept hommes à Nasbinals.

C'est vraisemblablement à son arrivée qu'il faut rapporter l'épisode de Jeanne Bergougnon. Ecoutons d'abord sa déposition devant la commission d'enquête. « Elle ne connut pas celui qui, armé d'une hache, voulait couper l'arbre de la Liberté k Nasbinals, attendu qu'il était étranger ; ne se sentant pas la force de le désarmer, elle se contenta de le prier ; mais ne pouvant rien gagner sur cet homme, elle appela du secours et parvint à sauver l'arbre par ce moyen. » Le geste est généreux pour une jeune fille de dixsept ans, vivant dans la citadelle du royalisme lozérien. Voilà le fait dans sa simplicité ; en voici le retentissement.

La Convention vota, le 26 juin 1793, à l'héroïne patriote une récompense de six cents livres « pour les preuves de courage et de civisme qu'elle avait données, au moment où des rebelles voulaient abattre l'arbre de la Liberté ; décréta qu'elle avait bien mérité de la patrie et chargea son président de lui écrire une lettre de satisfaction. »

De son côté, l'administration départementale écrivit, le 5 novembre, au peintre Compras, l'auteur du portrait de Franklin, pour le prier « d'employer ses pinceaux à consacrer ce trait d'héroïsme au Temple de Mémoire. Il faudra faire de la jeune tille, disait-on,

une brune piquante, aux yeux noirs, à la physionomie agréable ; par contre, les compagnons de Charrier devront être peints en bonnets, avec de très mauvais chapeaux, les cheveux épars et graisseux, veste à la matelote, en guêtres et en sabots. » Le tableau fut-il peint ? On l'ignore ; en tous cas, aucune des gravures que le département demandait n'est parvenue jusqu'à nous 1.

De Rieutort, Charrier revint à Nasbinals avec ses prisonniers.

Les contingents lozériens et aveyronnais portèrent l'armée royaliste à i.Soo hommes. Les gendarmes de Nasbinals y furent enrôlés de force et ils n'étaient pas seuls à ne pas marcher de plein gré, car plusieurs paysans voulaient s'en retourner chez eux ; mais les femmes de Nasbinals leur dirent que, s'ils ne marchaient pas et n'arboraient la cocarde blanche, ils étaient perdus.

Charrier parut, coiffé du bonnet rouge à fleur de lys et vêtu d'un habit bleu à parements blancs. Allier fit battre la caisse et dit aux soldats : « Vous reconnaîtrez Charrier pour commandant et lui obéirez en tout ce qu'il exigera de vous au nom de la religion et du roi. » Une acclamation unanime lui répondit : « Vive Charrier ! Vive la religion ! Vive le roi ! »

A cette heure, où il fallait déjà aller de l'avant ou périr. Charrier, soucieux des suites d'une aventure où la fougue de ses lieutenants l'avait entraîné, mais réconforté par l'enthousiasme de ces braves gens, accepta de les mener contre la Révolution et leur dit « qu'il attendait M. de Noyant avec une troupe et Plombât avec une autre ; que Paris était pris ainsi que

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