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Nasbinals pendant la Révolution, p

Arch. Lozère, L 613. Cahiers d'informations relatives à l'insurxection de Charrier.

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Toulouse et que toutes les villes de la république js'étaient déclarées pour le roi. »

Les insurgés partirent de Nasbinals vers cinq heures, avec les prisonniers, au milieu des cris de femmes : « Laissez-nous ces patriotes, nous les achèverons ! » et gagnèrent Marvejols à travers les pâturages «de la Montredorte, où leurs troupeaux de vaches les regardaient passer étonnées.

Encadrés dans les rangs, marchaient les prisonniers, liés deux à deux par un bras avec leur mouchoir, quelques-uns sans chaussures et d'autres sans chapeaux; les paysans étaient armés de fusils, surtout de paroirs, de haches, de faux et de bâtons. Charrier, sur un cheval roux, était entouré d'une garde, qui ne laissait guère approcher que des personnages de grande éducation, connus seulement sous leur nom de guerre : Brunsw^ick, Arras, Tonnerre et Cobourg. On distinguait ensuite Laporte, aide de camp en uniforme et épaulettes; les frères de Charrier : Antoine, prieur de Malbouzon, Guillaume Laurent, de Chirac ; Valette, de Nasbinals, et Valette, de Grammont, celui-ci marchant en rechignant ; Dominique Allier, major général, et son frère Claude, prieur de Chambonnas, l'archevêque Turpin de la campagne, qui, pour donner du cœur aux insurgés, répétait qu'il y aurait dans le même temps des soulèvements dans l'Auvergne, le Rouergue et le Vivarais.

Il y avait beaucoup de prêtres dans l'armée, les uns pour combattre, les autres pour faire nombre otl servir d'aumôniers.

Fournier, prieur de Nasbinals, voulait quitter la troupe; mais sur les instances de Dallo, il descendit h Marvejols, pour lui être utile et tâcher de le tirer de

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ce mauvais pas. L'abbé Rouel eut pour lui moins de sympathie que son prieur. « Vous êtes bien à plaindre, dit-il au blessé avec ironie.

— Je sais supporter mes souffrances.

— Vous étiez, monté à cheval, vous descendez à pied ; j'en suis bien aise. Comme vous êtes bon patriote, si j'eusse paru à Marvejols, vous m'auriez certainement mis en prison ; je voudrais vous rendre le même service. ■•

L'abbé Toircu. vicaire de Prinsuéjols, dit à Dalla qu'il n'était pas dans l'armée pour se battre, mais pour prêter son ministère à ceux qui pourraient en avoir besoin. Le chevalier de Salgues d'Ambessière, en uniforme d"officier d'infanterie, commandait l'arrière-garde, et le gendarme Bruel fermait la marche, en conduisant un cheval chargé de pain.

On ne tarda pas à recevoir des renforts. Au « puech » de Mus, Prouzei. praticien de Couffinets, sortant des bois du Gibertés. présenta deux cents habitants et dit à Charrier « qLic l'événement lui avait beaucoup tardé » ; puis montrant du doigt les prisonniers : « Que voulez-\ ous faire, dit-il, de ces coquins de Marvejols ? La marchandise ne vaut pas le port; il faut s'endébarrasscj- et les empêcher de nous combattre. ' » Le chef royaliste répondit que, pourvu que Marvejols se rendît sans tirer un coup de fusil, il ne leur ferait aucun tort; sinon ils seraient massacrés et le feu mis aux quatre coins de la ville.

A Saint-LaLiiLiit, on trouva la compagnie de Saint- Sauveur-de-Pe\ re, qui attendait. Elle avait été convoquée par le fils amé de Gibelin, du Py. Le matin de ce

1. Arch. Lozère. L. <!51. Contre Guillaume Avit, de Naibinals.

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dimanche, 26 mai, il fit sonner le tocsin et lut à cheval la proclamation de Charrier.

« De par le Roi et Mgr le Régent de France, il est ordonné aux officiers municipaux et militaires de la commune de convoquer sur-le-champ tous les habitants de seize à cinquante ans, de leur ordonner de la part du Roi | de se joindre armés, sans délai , au détachement de TArmée chrétienne et royale du Midi. Faute par les officiers municipaux, militaires et habitants d'obéir à cet ordre, ils seront regardés comme complices de la rébellion contre Sa Majesté très chrétienne et voulant exécuter de préférence les ordres des corps qui ont usurpé l'exercice de l'autorité royale, dénoncés comme rebelles aux puis- . sances étrangères, aux prévôts de l'armée royale, poursuivis extraordinairement, condamnés a mort et leursbiens confisqués.

« Fait à notre quartier général,- le 26 mai 1793.

« Charrier. »

Le héraut ajouta en français que « Paris et Montpellier étaient déjà pris et Mende cerné ; puis en patois élégant : « La taoupo bùtto d'aqueste moument dins tout lou ro3-aoùme » La taupe travaille en ce moment dans tcrut le royaume , puis il partit au galop, pour aller soulever Rieutort-de-Randon.

Quand Charrier arriva à Saint- Laurent, on l'accueillit aux cris de « Vive le roi ! » et l'abbé Bergon, aumônier du château de La Baume, dit en présentant les gens du Buisson : « Ce coup-ci, nous devons tous travailler. »

A la vue du « puech » de Bord, près d'Antrenas, oh aperçut quelques cavaliers de Marvejols. Charrier fit distribuer des cartouches ; mais on ne s'en servit pas^ car les cavaliers disparurent.

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Au premier bruit des événements de Rieutortd'Aubrac, le tocsin avait sonné à Marvejols et six gendarmes à cheval étaient partis aux renseignements. Arrivés à Boujous, hameau de St-Laurent-de-Muret, ils demandèrent à se rafraîchir à prix d'argent. « Vous avez la fontaine », dit sèchement le fermier. Un moment après, ils voulurent arrêter un homme suspect, qui, les sabots aux mains, courait vers Marvejols ; mais une grêle de balles plut aussitôt sur eux dans cette gorge couverte de bois sombres. Lâchant prisonnier et chevaux, les gendarmes coururent vers les bois, où cent paysans les cernèrent aux cris de « Vive le roi ! Vive la religion ! » Meissonnier, maréchalferrant du Buisson, cria au brigadier « Rends-toi » et il le coucha en joue. Les gendarmes se rendirent ; ils furent conduits à la Barraque de Bonnal et livrés à •Charrier. ^

Celui-ci, pour plus de précautions, mit en tête de la col'onne les prisonniers destinés aux coups de l'ennemi, s'il en venait, et leur lit lier les mains au dos. « C'est ^vec peine que je fais ceci, leur disait le prieur de Malbouzon, mais il faut que cela s'exécute. » D'autres •€n usaient moins honnêtement avec les captifs. « F... patriote », disaient à un otage Prouzet et le forgeron Bonnal, « ton patriotisme n'ira guère plus loin : tu seras bientôt défait avec les autres. »

Dans la plaine d'Antrenas, Charrier, à mesure que l'armée défilait, fit passer les plus intrépides et les plus échauffés à droite, et leur ordonna d'aller se poster sur les hauteurs du causse qui domine Marvejols et d'y attendre ses ordres ; pour lui, il suivit la grand'route avec son armée, s'arrêta à deux cents pas

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