Ancienne sous-préfecture
3lO MARC-ANTOINE CHARRIER
la voilà ! » Le général se rendit sur la place, où il reçut une quarantaine de fusils hors de service ; sortit d'un portefeuille une proclamation, qu'il lut, ajoutant que le lendemain la chose serait faite avec plus de pompe ; fit dire à la troupe par la forte voix du rouergat Rigal de respecter les personnes et les propriétés, sous peine d'être sévèrement puni, et recommanda expressément de ne pas aller chez Sévène, pour ne pas donner au public lieu de croire qu'il cherchait à se venger du décret d'accusation sollicité par le député marvejolais à la Législative. Il alla ensuite à la mairie et fit écrire à Mende, à Saint-Chély et à La Canourgue, que Marvejols, s'étant rendu, n'avait pas besoin de secours, et comme le maire n'écrivait pas à son goût. Charrier déchira la lettre et en dicta une autre, disant de temps en temps : « F..., écrivez comme je vous le dis ; je suis maître et je parle en roi. » Le maire, pour signaler la violence qu'il subissait, n'eut d'autre ressource que de marquer qu'il écrivait en présence de Charrier. Voici la lettre pour Mende :
« Nous vous annonçons que nous avons cru devoir nous rendre aux sommations qui nous ont été faites et qu'en conséquence nous avons dans nos murs ceux contre lesquels on pourrait vous engager à marcher. Nous vous attestons que leur commandant fait respecter scrupuleusement les personnes et les propriétés, qu'il en a exigé le serment de ses troupes, en notre présence, et qu'il s'est comporté envers nos concitoyens, les prisonniers, d'une manière large et généreuse. Nous vous apprenons que Monsieur Charrier, ici présent, étant instruit qu'on doit faire exécuter un prêtre non assermenté demain, dans votre ville de Mende, exige que cette exécution n'ait pas lieu et il vous a déclarés responsables de cet événement et surtout votre ville de Mende. »
LA RÉVOLUTION EN LOZERE 3lt
Les prisonniers, au nombre de quatre-vingts, se retirèrent chez eux.
La troupe se dispersa dans la ville illuminée, dévasta la salle de la Société populaire, coupa l'arbre de la Liberté, pilla quelques maisons patriotes, enleva'à la recette du district un baril de gros sous et tua une dizaine de personnes, entre autres une Jeune fille, qui s'était mise à la fenêtre et dont la mort vengea celle qu'on avait tuée à Nasbinals K Quant à Charrier, que ne put loger M'"^ de Lavalette malade, « il entra sur les neuf heures du soir chez Causse, négociant, et lui demanda un peu de bouillon; presque toute la nuit, il fut occupé à écouter ses gens, qui allaient et venaient; puis s'étant jeté sur un lit, à quatre heures du matin, il fut aussitôt appelé, pour s'opposer au pillage de la maison Peyre. »
Mal informé, il fit arrêter Crespin, le maire de Marvejols. « Monsieur le maire, lui dit-il, vous m'avez trompé, puisque la garde nationale de La Canourgue est presque aux portes de la ville. — Je l'ignorais^ dit Crespin. — Non, vous le saviez ; marchez devant et faites-les rétrograder ; je vous rends responsable. »
Pendant qu'on le conduisait hors de la ville, le maire entendit Charrier appeler son frère : «Monsieur le prieur, placez sur cette hauteur dix hommes, pour surveiller si réellement la garde de La Canourgue arrive. » Se voyant hors de portée de fusil, Crespin disparut ~.
1. Aich. Lozère, L 126. Tableau des crimes commis en haine de la république (le '?6 mai 1793 à Rieutort d'Aubrac et à Marvejols) r
Besson, Beaufils, lluuvière dit la Treille et Avigriun fils, tuésd'un coup de fusil ; Blanquet, yeux crevés et assommé ; Planchon, tête écrasée ; Lachaulme, Bardon et Mercadier, assommés ; Alla et Pelet, fils, massacrés; Marie Juuvo, tuée d'un coup de fusil.