Arch. Lozère, L 126. Insurrection de Charrier
» L 013. Cahifrs d'informations relatives à la
Ce n'étaient pas des ennemis qui arrivaient, mais des amis : Grousset, de Booz, qui avait été à Montjézieu, pour fermer aux patriotes la route de Marvejols, amenait quarante partisans, parmi lesquels le jeune de Jurquet, chevalier de la Salle, qui n'avait pas quinze ans. Duparc, l'homme de confiance de Mgr de Castellane, conduisit les gens de Barjac.
Le raccolement ne s'était pas fait sans difficulté dans cette commune patriote. Un valet de ferme de La Roche menaça Duthu de mettre le feu à sa maison, s'il refusait de marcher. « Pour moi, ajoutat-il, je n'ai jamais agi ; mais cette fois que le bon ordre est arrivé, je ferai un homme et verserai jusqu'à la dernière goutte de mon sang. » Il alla aussi chez Bonidan : « Rends-toi, b..., et viens couper l'arbre de la Liberté, que tu as planté » ; mais la chose avait été déjà faite, sans plaisir, par un autre patriote, Laurens Guillaume, entouré de royalistes triomphants. '
De Chanac, il vint plus de monde. Là, dans la nuit du dimanche au lundi, arriva une lettre écrite de Barjac par les administrateurs de Marvejols en fuite et demandant de porter secours au chef-lieu du département. Le maire Barbut en fit part aussitôt à quelques citoyens, qui lui dirent : « Personne n'obéira : on attend Charrier depuis huit jours. » Il fit pourtant battre la générale. Les habitants, réunis autour de l'arbre de la Liberté, ne se gênaient pas pour dire •qu'ils marcheraient, contre les démocrates et les acheteurs de biens nationaux. Le maire lut la lettre qui
même insurrection.
L 651. Contre Guillaume Avit, de Nasbinals. L (jG6. Contre Jacques Laporte etc.
L 751. Contre Jean Gibelin, du Py.
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invitait les bons citoyens à se rendre à Mende, pour s'opposer aux entreprisses de Charrier, et se retira, suivi d'une trentaine de patriotes, qui s'enrôlèrent chez lui. Cependant des Chanacois criaient « Vive le roi ! vive la religion catholique, apostolique et romaine ! au diable la nation ! », ce qui obligea les patriotes à rester chez Barbut jusqu'au jour. L'attroupement ayant disparu, ceux-ci rentrèrent chez eux et Barbut se cacha chez les Sœurs Unies.
Mais vers cinq heures du matin, cent paysans à cocardes blanches descendirent du causse de Sauveterre à Chanac, par la route de Milhau, commandés par Boissonnade-La Fage, d'Auxillac, en uniforme blanc, et par Solier, le prieur de Colognac. Ils entrèrent aux cris de « Vive Louis XVII ! vive le régent ! vive Charrier, général de l'armée du Midi ! » Les femmes ne se possédaient pas de joie et l'une d'elles, quand la troupe passa devant sa porte, chanta contre Nogaret « Malgré Luther, l'Eglise sera trio'niphante ! »
Les patriotes, croyant que c'était la garde nationale de La Canourgue, qui volait au secours du département, envoyèrent un piquet de reconnaissance ; mais La Fage les coucha en joue, en criant « Vive le roi ! à bas le bouton et la cocarde ! coquins de patriotes, enragés démocrates, à vingt pas ou je fais feu ! » Les paysans leur arrachèrent les cocardes nationales, s'emparèrent du chanacois Bertrand et le conduisirent à l'arbre de la Liberté.
A ce moment, Paparel, de Ressouches, et ses trois fils prêtres, Rascalon, le gendarme Bergougne, Vanmale et d'autres de Chanac, se joignirent à l'attroupement au cri de « Vive Louis XVII ! » La Fage dit alors à Bertrand : « Voilà l'arbre que tu as adoré et
-dont tu as fait ton Djeu » ; il l'insulta copieusement, lui en fit faire trois fois le tour et lui ordonna de l'abattre. Bertrand prit une hache et donna trois coups. Puis on alla chercher au lit Bonicel, autre officier municipal. « Descends, lui dit-on, coquin de démocrate ! » On lui fit aussi donner trois coups à l'arbre symbolique, après quoi il dut se mettre à genoux et crier « Vive le roi ! vive Charrier ! » ; puis, quand il s'enfuit sous les huées, on lui jeta des pierres avec ^es injures.
L'abbé Paparel,.curé de Vabres, alla chez le maire, dont la femme répondit qu'il était absent. « Je veux absolument lui parler, dit l'abbé ; il n'a rien à craindre ; au contraire ce sera grand bien pour lui. - S'il ne risque rien, dit la femme, je vous l'indiquerai. » Conduit aux ci-devant Unies, Paparel exhiba à Barbut une proclamation de Charrier et en requit la publication : « Faites battre la générale et sonner le tocsin ; il faut que tous les habitants partent, pour joindre Charrier à Marvejols. » Refus du maire, colère du curé ; Nègre, le notaire, intervint alors et dit que le maire se conpromettrait à ce jeu, mais qu'il pourrait laisser faire la proclamation à Paparel, déjà compromis, qui accepta. Pendant que Barbut fuyait vers Florac, les royalistes jetèrent au feu les papiers révolutionnaires de la mairie et partirent pour Marvejols, emportant un drapeau tricolore, que La Page voulut montrer à Charrier, avant de le brûler i.
1. Aich. Lozère, L 59G. Contre plusieurs complices de Charrier dans le canton de Chanac.
» L 6G9. Contre Monziol, de Fontjulien.
» L 687. Contre Rouviére, de l'Arbussel.
» L 736. Contre l'abbé Charles Bourrillon.
» L 737. Contre Rascalon, du Pont de Chanac.
» L 743. Contre Gabriel Ncgre,notaire à Chanac.
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A Marvejols, une grand'messe fut dite le 27 mai, sur l'Esplanade, par le prieur de Chambonnas. L'abbé Allier arriva, « gros et dodu, en bonnet rouge, sous un chapeau rond, veste burelle et matelote blanche »; il revêtit les habits sacerdotaux, monta à l'autel et ■enflamma l'ardeur des combattants par un discours ■enthousiaste. « Courage, mes frères, dit-il entre autres choses, c'est un effet de la Providence que nous soyons entrés sans résistance à Marvejols. Avançons toujours, le bon Dieu nous assistera », et il finit son sermon en promettant le Paradis à tous. Les paysans, massés sous les ormeaux, répondirent d'un mâle accent par le chant du Credo royal, qui, des rives de la Golagne, monta sous la voûte verte, accompagné par le murmure des flots. Après la mes^e, pendant que Laporte lisait sur toutes les places de la ville la proclamation des princes. Charrier se jeta sur un lit, dormit deux heures et donna, dans l'après-midi, l'ordre de marcher sur le chef-lieu du département.
Pendant que Charrier poursuivait sa fortune vers Mende, « Allier cadet essayait une entreprise, d'où il ne résulta qu'une défaite, aussi honteuse pour lui que fâcheuse poUrceux qu'il avait entraînés. » L'abbé Avit fait ici allusion à l'affaire de Rieutort-de-Randon.
Dominique était parti de Nasbinals, pour soulever le canton de Saint-Amans, où il fut secondé par quel- ■ques conspirateurs défà nommés: Lasuttes, de Montpellier, Victor Laurans etPé-de-pastiéyre, de Mende. Le lundi 27, de grand matin, il entra dans Saint- Amans avec cinquante paysans, abbés ou déserteurs, et coupa l'arbre de la Liberté aux cris de « Vive le roi! vive la religion ! au diable la nation ! Ce coup-ci les patriotes de 'Saint-Amans la danseront ! » On
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chercha vainement l'administrateur Crueize, on désarma les habitants et on courut à Rieutort-de-Randon. Le tocsin y avait sonné de bonne heure. « Qu'est ceci? demanda un homme à son voisin. — De mauvaises affaires, répondit le voisin patriote: c'est'la contre-révolution. » Lasuttes entra à sept heures dans une auberge et requit armes et hommes, « Citoyen^ lui dit-on, nous avons porté les armes au district. — Pas de citoyen, répliqua Lasuttes, dites donc Monsieur. » Un des chefs remit au procureur de la commune une lettre ainsi conçue :
<( Le maire et les officiers municipaux de Rieutort, qui n'ont cessé de donner des preuves d'attachement pour leur roi et que nous avons toujours regardés comme de vrais catholiques, sont requis, au nom de Louis XVII, roi de France, et de Louis Stanislas Xavier, régent du royaume, d'ordonner à tous les gardes nationaux de leur commune, en état de porter les armes, de se tenir prêts à se joindre à l'Armée chrétienne au moment où ils seront appelés, afin de rendre à leur roi légitime la puissance que des factieux lui ont ravie et de délivrer la France des usurpateurs qui vexent depuis quatre ans les bons citoyens attachés à la religion catholique. Il est expressément recommandé aux maire et officiers municipaux de faire faire des faulx manchées à rebours et des haches pour les citoyens dépourvus de fusils.
« Le comte de Caylar. ' »
Vers trois heures du soir, un fort détachement apparut sur la route de Saint-Chély à Mende ; c'étaient quatre cents patriotes, commandés par l'administrateur Sommer et rappelés du Malzieu : gardes nationaux de Florac et de Mende, trente gendarmes de la Haute-
1. Arch. Gard, IL 8 81. Rapport de la comnii.ssion du Gard et de l'Ardèche séant à Saint-Ambroi.x, 30 mai 1793.
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Loire et trois compagnies de volontaires ardéchois, Dominique Allier essaya de leur barrer le passage. La gendarmerie à cheval, qui donna d'abord, eut deux hommes tués et recula sous le feu très vif des royalistes ; mais l'infanterie courut sur Rieutort. Dominique avait eu beau, pour en imposer, mettre en première ligne tous les déserteurs en uniforme bleu ; après quatre heures de combat, il dut céder au nombre et à la discipline et se retirer vers Mende.
Vingt-deux royalistes furent pris, quarante restèrent sur le carreau et à quelques-uns un patriote farouche « coupa les oreilles, les mit soigneusement dans sa poche et les montra avec emphase et ostentation à son arrivée à Mende. » Cinquante déserteurs, qui s'étaient réfugiés en armes dans le clocher de Rieutort, en sortirent après le départ des patriotes et allèrent joindre la troupe de More de Charaix, qui, menant avec des bœufs cinq chars de vivres, un canon en bois et deux carabines de rempart, s'enfonça dans les bois de La Grange, pour rejoindre à Mende Charrier '.
Prise de Mende
Celui-ci était parti de Marvejols vers trois heures de relevée. C'était bien tard. « Il fallait, dit l'abbé Avit, au moins six heiires à un corps aussi nombreux. La nuit le surprit à moitié chemin. Arriver de nuit à Mende était la plus grande de toutes les imprudences aux yeux de quiconque connaît les côtes de Chabrits
1. Arch. nat., F 1 L II Lozérr 2. Los habitants de la Lozère au ministre tic l'inlérieuz-, au \III.
Arcli. Lozère, L 488. Villeforf, Délibérations municip., 28 niai 17S? . » L 58(i. Contre les. faat(nirs de troubles de llieutorl^
» L 597. Contre Jean L;»sut(es.
Arch.com. Sâint-Flour, H 246t. Dossierderinsurreclion Charrier, Arch. Gard, 1 L8 81. Lettre de Somûier, 28 mai 1803. . .;
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et les avenues de Mende du côté de Marvejols. Point d'éclaireurs, point d'avant-garde, à l'exception de deux compagnies de Nasbinals, qui marchaient à la tête de l'armée et qui ne quittèrent jamais ce poste dans aucune occasion. On arriva de nuit », vers dix heures. « Une seule pièce d'artillerie sur le Pont-Roupt ou quelques coups de fusil lâchés de derrière les murailles auraient tout dispersé. La fortune servit Charrier. Les deux compagnies de Nasbinals passèrent le pont avec assurance, investirent la ville; personne ne bougea » : l'administration patriote avait fui et la ville royaliste attendait son libérateur. La lettre des administrateurs en dit long à ce sujet.
« La nouvelle des exploits de Charrier arrivée à Mende ne consterna qu'un bien petit nombre de bons citoyens, qui sentirent le sort qui les attendait, si les rebelles s'emparaient de la ville et de leur personne. La joie éclata ^'ailleurs sur tous les fronts aristocrates ; ils regardaient l'arrivée de Charrier comme le moment de leur délivrance «t ils eurent l'imprudence de le dire.
« L'administration départementale, sans perdre un instant, jeta un regard sur ses forces et ne trouva que trentequatre volontaires de l'Ardèche ; elle passa la nuit à choisir le parti le plus sage et se décida à faire appel aux départements voisins : « Citoyens, nous venons d'apprendre, le cœur navré, que le nommé Charrier, décrété d'accusation, à la tête de i.Soo brigands, s'est emparé de Marvejols aujourd'hui, à six heures du soir. Il se porte à •cet instant sur nous. Peut-être au moment où vous recevrez la présente n'existerons-nous plus. Fidèles à notre poste, nous invoquons votre secours.
P. S. La lettre vue, faites partir vos gardes nationales et vos canons 1. »