Mémoire de l'abbé Avit
Ainsi fut célébrée, dans le sang de la guerre civile, la Fête-Dieu en 1793. Le soir, les royalistes enterrèrent les morts. Il est assez difficile de fixer les pertes de chaque parti. L'abbé Avit dit que l'ennemi perdit beaucoup de monde dans la plaine et que Charrier n'eut que cinq tués ; celui-ci, devant ses juges, avoua quarante-cinq morts royalistes et sept patriotes ; Bonnal, de Servières, un de ses soldats, dit qu'il resta environ cent vingt hommes sur le champ de bataille.
. Selon toute vraisemblance, la vérité est là et non dans les rapports, qui, pour pallier la déroute, exagèrent jusqu'à la sottise. « Citoyens, écrivait Jalbert, procureur général syndic, les brigands au nombre de 10.000, commandés par l'infâme Charrier et Plombât, avaient dirigé leur fuite vers Chanac, où 2.000 volontaires de l'Aveyron étaient postés avec du canon ; le nombre des brigands les effraya ; ils prirent la fuite, après avoir laissé sur place huit cents brigands et perdu quatre volontaires. » Or Plombât n'était pas à Chanac ; Charrier n'avait que 1.800 hommes, et que penser de cette heureuse défaite, où l'on compte quatre morts chez les vaincus et huit cents chez les vainqueurs ?
Un autre rapport de même source, adressé à la Convention, accuse le prieur de Malbouzon d'avoir fait tuer vingt et un prisonniers. C'est un racontar. Sans doute, le frère de Charrier était chargé des otages : mais dans la grande enquête, menée, trois semaines après le combat du 3o mai, dans les cantons de Mende, Marvejols et Chanac, il n'est jamais nommé ; des témoins oculaires et patriotes : l'abbé Brieu, Beaujean et Aimeras, pour ne citer que les principaux, qui déposent sur le sort des prisonniers pendant le combat, ne parlent ni du massacre ni du prieur de Malbouzon ;
«nfin son caractère sacerdotal et les égards qu'il avait eus pour les Marvejolais, en leur liant les bras sur la Montredorte, rendent invraisemblable cette dure accusation.
Un seul témoin, Jean Pons, dit que dix ou douze captifs furent tués par les rebelles eux-mêmes ; mais très probablement il s'agit là des onze morts qu'un autre prisonnier dit être tombés sous les balles républicaines, auxquelles Breschet les exposa ; à moins qu'ils n'aient péri sous les balles royalistes, lorsqu'après la mort d'un de leurs gardiens, ils tentèrent de fuir ^
Dans cette seconde hypothèse, on arriverait au nombre de vingt et une victimes, dont parle le rapport patriote ; mais, quoi qu'il en soit de ce dernier point, il faut mettre hors de cause le prieur de Malbouzon.
Pendant que les vaincus gagnaient TAveyron en hâte, au camp des vainqueurs, les uns faisaient ripaille et les autres se débandaient. Singulière fortune ! Charrier, qui, pour cinq jours de révolte, comptait quatre succès, agitait lui aussi la fuite, d'abord en son âme anxieuse et bientôt en plein conseil de guerre. Ses succès de Rieutort, de Marvejols, de Mende et de Chanac n'avaient pas assez de prestige pour l'éblouir sur la réalité, qui confirmait ses prévisions de la Borie-Grande, au lieu de les affaiblir : parce qu'on était parti avant l'heure, on était seul ; le Midi ne bougeait pas encore ; en Lozère, pour des raisons inconnues, Noyant et les autres conspirateurs ne portaient pas secours, et même dans l'armée victorieuse, les soldats contraints ou timides désertaient nombreux. A quoi bon compromettre davantage les soldats fidèles?
1. Arch. Lozère, L 753. Interrogatoire de dix-neuf prévenus de contre-révolution .
lés royalistes avaient montré leur force ; puisque la route de Nasbinals était encore libre par Saint-Germain, il fallait se réserver pour l'heure de la lutte définitive et concertée.
L'abbé Allier, proscrit jamais lassé de la défaite, n'était pas homme à reculer après la victoire. Il essaya de ressaisir le dernier instrument de contre-révolution, qui glissait de ses mains : puisqu'on avait une armée déjà aguerrie, il fallait la garder; les bois de la Lozère et de l'Aveyron permettraient la guerre de partisans jusqu'au soulèvement général, et le duel à mort de la Montagne et de la Gironde à Paris, des fédéralistes et des unitaires en province, affaiblissait la république et préparait le triomphe de la royauté.
Lç conseil hésitait entre Allier et Charrier, l'âme et le bras de la conspiration, quand un message iinprévu décida à Chanac la retraite, comme à la Borie-Grande la marche en avant. « Dans la nuit, dit l'abbé Avit, arriva M. Crespin, vicaire de Recoulesd'Aubrac, porteur d'une lettre écrite à dessein par Jalbert, de Saint-Chély, qui annonçait que l'Auvergne et la Haute-Loire allaient fondre sur la Lozère et que tout était perdu. Cette lettre fut remise à Charrier et communiquée au conseil. Il fut conclu que, puisque les autres chefs avaient manqué de parole, il fallait chacun retourner chez soi ; ce qui fut exécuté le soir même de la Fête-Dieu. » On licencia les troupes; les canons de bronze ou de bois furent abandonnés et Charrier, suivi de Laporte et de sept ou huit compagnons, partit à minuit tristement, criant dans les villages qu'il traversait : « Levez-vous, mes enfants, BOUS sommes perdus ! »
A Mende, on fuyait comme à Chanac. Après le
LA RÉVOLUTION EN LOZERE SSj
départ de Charrier, Renouard et Victor Laurans avaient réuni la garnison sur la place de l'Evéché, autour du drapeau blanc, et lui avaient fait prêter serment d'être fidèle au roi, à la religion chrétienne et à Charrier. Puis le soir, sitôt qu'on vit paraître des hommes armés sur les hauteurs de Chaldecoste, Laurans s'écria: « Voici les troupes de Noyant ! J'ai de bonnes nouvelles à vous apprendre : Charrier vient de m'écrire qu'il a fait un massacre de républicains aveyronnais, pris trois canons et beaucoup de vivres. » Ce n'était pas Noyant qui venait, c'étaient les patriotes de la Haute-Loire et du Cantal.
« Partout où nous avons passé, écrivent les commissaires de ces départements, nous avons trouvé le pays tellement désert par les contraintes que Charrier faisait aux habitants de le suivre, que nous n'avons pas pu trouver des espions, pour nous instruire de la marche de l'ennemi. Nous croyions Mende occupé par Charrier, quand nous descendîmes la colline qui le domine, et nous crûmes que nous serions obligés de l'emporter de vive force, lorsque, à un quart de lieue, nous apprîmes qu'une de nos patrouilles avait été fusillée par un avant-poste •ennemi, caché dans les blés. Notre armée était d'environ 3.0O0 hommes, tous tirés du Puy, de Brioude et de Saint- Flour. A huit heures du soir, nous nous sommes emparés de Mende, qui n'a fait aucune résistance et dont les habittants ont paru nous recevoir comme des libérateurs. »
Hébrard, conseiller municipal, les alla reconnaître -et les inviter à entrer au son des cloches ; mais ils bivouaquèrent toute la nuit près des faubourgs, soupçonnant l'ennemi embusqué dans les maisons. Inutile prudence : Laurans et ses hommes avaient décampé. ■Quelques-uns, trouvant Renouard en tournée sur la route de Balsièges avec quelques prisonniers, lui di-
rent la prise de Mende et « que le projet ne tenait plus. » Renouard alors jeta ses deux fusils, sauta de cheval et grimpa sur la hauteur, en criant : « Sauve qui peut ! » ^
Ainsi, comme en avril 1792, les chefs royalistesfuyaient dans toutes les directions en cette nuit du 3o mai 1793 ; mais cette heure de la Révolution allait être plus dure, car le lendemain 3i, la Commune insurrectionnelle de Paris cernait la Convention et la forçait, le 2 juin, à livrer les Girondins aux Montagnards.
La prise de Mende ne concentra pas tout d'abord dans cette ville tous les administrateurs républicains. Les commissaires de la Haute-Loire, du Cantal, de l'Ardèche et six de la Lozère invitèrent à se joindre à eux les membres du comité de salut public établi à Florac, composé des commissaires du Gard et de la majorité des administrateurs lozériens. Les commissaires étrangers parlèrent même de dénoncer ce comité, en cas de refus, comme traître à la patrie.
Mais celui-ci, « considérant qu'à l'entrée de Charrier, les habitants de Mende, arborant la cocarde blanche, illuminèrent volontairement leurs maisons, furent au-devant du traître et par les acclamations de « Vive le roi ! à bas la nation ! » témoignaient leur joie de voir s'opérer une contre-révolution si ardemment désirée ; qu'ils portaient l'adulation envers
1. Arch. Lozère, L 596. Contre plusieurs complices de Charrier, dans le canton de Chanac.
» L 598. Contre plusieurs contre-révolutionnai-
res du canton de Mende.
» L 602. Contre plusieurs contre-révolution-
naires de Barjac et des environs.
» L 612. Déclarations de témoins relatives à l'in-
surrection de Charrier.
» L 613. Cahier d'informations relatives à la
même insurrection.
» L 660. Contre Joseph Breschet, de NasRinals,
<lharner jusqu'à lui donner des fêtes et etfacer les numéros de leurs maisons, afin qu'il ne restât aucune trace du nouveau régime ; considérant qu'après tant de témoignages spontanés, les habitants de Mende s'étaient rendus coupables de révolte et que, jusqu'à une justification éclatante, ils étaient présumés coupables de rébellion », l'assemblée, bravant toutes les menaces et en référant à la Convention nationale, resta à Florac et y convoqua les membres qui étaient à Mende sans commission expresse. Au reçu de cette délibération, ceux-ci écrivirent à leurs collègues de revenir à Mende, pour y détruire l'impression de la scission entre administrateurs : les rebelles dispersés ne se porteraient pas sur Florac ; Mende était mieux placé, pour les découvrir et pour les poursuivre, et enfin c'était le vœu des commissaires des administrations voisines. Mais les administrateurs de la Lozère, regardant toujours Mende comme rebelle, persistèrent dans leur refus.
La raison invoquée n'était vraiment à cette heure qu'un prétexte et le conseil avait d'autres motifs. Les commissaires des départements voisins manquaient trop de discrétion. Venus en amis, ils parlaient aussitôt en maîtres impérieux, allant jusqu'à menacer d'arrestation ceux qui en Lozère avaient seuls l'autorité ; pis que cela, certains parlaient en ennemis.
« Nous forcerons, écrivaient-ils à la Convention nationale, nous forcerons cette contrée rebelle, éternelle ennemie de la Révolution, à la respecter, sinon à l'aimer »; et Ton ne proposait rien moins que de la traiter comme une petite Pologne et de s'en partager les lambeaux. « La Lozère est gangrenée, disait Vayron, du Cantal. Les autorités constituées sont accusées
dç connivence, Mende est gravement inculpé; l'on fera des exemples terribles, ils sont peut-être nécessaires pour en finir. Il y a lieu de s'occuper, avec tous les commissaires, du partage de la Lozère. En le fondant dans des départements patriotes, il s'inoculera. Aurillac y donnera les mains ; la Haute-Loire le désire ; je verrai l'Aveyron et il ne faudra pas perdre un instant, pour faire décréter le partage de ce royaume «ntre trois ou quatre républiques. »
. Si Vayron était tant affamé, c'est que Saint-Flour — Fort-Cantal, en style révolutionnaire, — rêvait de devenir chef-lieu d'un département nouveau, formé aux dépens de la Lozère et de la Haute-Loire, à qui aurait été enlevé le district de Brioude. La Haute- Loire n'avait pas moins d'appétit et guettait le district de Langogne, pour que Pradelles put enfin réaliser son vieux rêve de devenir chef-lieu de district. Aussi un de ses commissaires s'oublia-t-il jusqu'à dire du département de la Lozère : « Nous ne sommes pas venus à son secours, mais contre lui. »
C'était là sa reconnaissance pour le grand canton de Saugues sacrifié par le Gévaudan, afin que le Velay pûî: continuer à vivre dans la tourmente révolutionnaire. Les administrateurs lozériens trouvèrent un appui dans le représentant Fabre, en mission à l'armée des Pyrénées-Orientales, qui arriva inopinément à Florac avec deux commissaires de l'Hérault. Il y maintint l'assemblée pour quelques jours, puis l'amena à Mende, le 8 juin K
On n'avait pas attendu cette date, pour donner la <:hàsse aux conspirateurs en fuite. Le i*"" juin, l'assem-
1. Arcli. coni. Saint-Flour 112. Dossier Charrier, lettre de VayroiV' commissaii'e du district.
Arcli. nat., F7 5GG7. Dossier Châteauneuf-Randon.
"blée de Florac, qui n'avait pour le général Louis qu'une médiocre estime, confia l'expédition à Pelet, 'd'Anduze ; mais ce même jour, dans la cathédrale de Mende, les officiers des divers détachements élurent Louis général en chef, deux généraux divisionnaires et deux brigadiers généraux d'avant-garde, qui eurent tous leur état-major ; aussi Chàteauneuf-Randon disait, avec quelque exagération sans doute, qu'à son arrivée, « il se présenta plus de deux cents officiers avec les grades de généraux de division, avec de nombreux aides de camp, qui se faisaient bien payer et ne s'entendaient guère. »
Au dessous des [chefs, on pillait. « Quant aux dilapidations, dit le général Louis dans un interrogatoire dirigé par le conventionnel Fabre, dès le moment que j'appris que le pillage commencé dans la nuit se propageait, je sortis dès sept heures du matin, à la tête des patrouilles ; je plaçai des gardes devant les magasins ; j'exhortai mon armée et parvins à faire restituer six cents moutons égorgés ou vivants, sur mille environ, ainsi que cinquante boeufs. » 11 fit plus encore: il préserva Mende de l'incendie. « Cet horrible attentat allait être exécuté sans l'énergie du général, qui arracha les torches des mains forcenées, au grand désespoir des hurleurs de Sociétés populaires, qui disaient publiquement : « Louis est un traître : il nous avait promis de réduire Mende en cendres et il n'en a rien fait. ^ »
Faute d'incendies, le pillage continua, témoin le récit de l'administrateur Valentin.
1. Arch. nat., F Ib II Lozère II. Les habitants de la Lozère au ministre de l'intérieur (an VIII).
Dibl. nat. Rapport des missions remplies par Chàteauneuf^ Randon (imprimé par ordre de la Convention).
>i L'insurrection de Ciiarrier, jeune étourdi de Nasbinals, mal concertée, n'eut d'autre résultat que d'attirer sur la ville près de 20.000 hommes, venus en toute hâte des départements voisins... On ne parlait que de la mettre à feu, après l'avoir pillée et saccagée. J'étais heureusement alors à Laubert ; éloigné par principes et par prudence de tous les partis violents, je n'avais pas lieu de prévoir le sort qui m'attendait.
« J'avais confié pendant mon absence, à M. Charpentier, les clefs de ma maison. Occupé de ses propres intérêts, troublé par la peur, dont son patriotisme même ne put le défendre, il laissa enfoncer et piller ma maison par une bande de forcenés, sans y apporter aucun obstacle^ sans rien leur représenter, sans en donner avis aux autorités ou du moins sans commettre quelqu'un, pour en ouvrir les portes et y recevoir les brigands, qui peut-être alors ne se seraient pas portés aux excès qu'ils commirent, une fois qu'ils furent assurés que personne ne s'y opposait. ■ « Ils commencèrent d'abord par fracasser tout ce qui tomba sous leur main; mais s'apercevant de plus en plus qu'on les laissait tranquilles, qu'on ne les inquiétait d'aucune façon, ils pillèrent tout à leur aise ce qui avait échappé à leur première fureur. Le pillage fut complet, parce qu'ils exploitèrent à loisir. Ils chargèrent publiquement plusieurs charrettes de nos effets volés et les expédièrent dans leur pays, sans qu'aucune autorité se mît en devoir d'y apporter la moindre opposition. Cinquante de ces pillards demeurèrent huit jours consécutifs dans la maison, sans désemparer. Tout était de bonne prise. Le dommage provenant des dégradations ou des effets volés n'est pas trop estimé, en le portant à douze mille francs, d'après l'écrit que j'en ai dressé.
« Le citoyen Bonnel-Labarthe, fils de M. Bonnel-Labrageresse, médecin, était pour lors maire de la ville. Il ne tenait qu'à lui d'empêcher ce désordre, s'il eût voulu s'en mêler. Aussitôt que la nouvelle nous en parvint à Lau-
bert, ma femme et ma sœur cadette se hasardèrent de descendre à Mende, malgré le péril ; elles furent droit à la maison. La porte en était ouverte. Les premiers brigands qu'elles rencontrent s'attachent à leurs pas, les suivent partout avec une contenance menaçante et des propos qui ne sont rien moins que rassurants. Elles n'ont pas la liberté de toucher à rien. Il n'était ni prudent ni sûr pour elles de faire un plus long séjour dans ce repaire. Elles se hâtent d'en sortir, le cœur navré.
« Il était temps encore de sauver bien des choses, que ces pillards n'avaient pas fini d'emporter. Le maire était la sexjle personne compétente pour faire évacuer la maison. Seules, abandonnées de tout le monde, car la terreur était si grande que personnne n'aurait osé les accompagner, elles se présentent chez M. Labarthe. Elles ne peuvent parvenir jusqu'à lui. Sa maison était cependant remplie d'allans et de venans. Dans le dessein d'épier un moment favorable pour lui parler, elles s'établissent dans son escalier. Personne ne leur fait l'honnêteté de les introduire dans un lieu plus décent. Après s'être lassées de l'attendre, voyant bien qu'on était résolu à leur refuser audience, il fallut se décider à la retraite.
« Elles revinrentà Laubert, laissantles brigands toujoursen possession de la maison, qui consommèrent tranquillement leur opération, sous les yeux mêmes des autorités. La maisonde Borel fut à peu près traitée comme la mienne; d'autres furent pillées en partie 1. »
Cependant Châteauneuf-Randon et Malhes, envoyés par la Convention, arrivaient en Lozère. Le 12 juin, ils convoquèrent à Saint-Chély les administrateurs, les commissaires étrangers et les généraux, approuvèrent la plupart des mesures prises par l'administration improvisée de Mende ; mais, quand les-
1. Le Courrier de la Lozère (avril-juillet 1891). Mémoires d'un Bourgeois de Mende
étrangers osèrent parler de partager la Lozère roya" liste et fanatique entre les départements environnants patriotes et républicains, Châteauneuf-Randon, représentant du peuple et commissaire de la Convention nationale, servit bien le pays de ses ancêtres et s'opposa à tout démenbrement.
On licencia une quinzaine de mille hommes, et avecquatre mille commandés par le général Laferrière, ■on forma trois colonnes expéditionnaires : Tune devait visiter les villages et les cavernes des gorges du Tarn ; l'autre, balayer le causse de Sauveterre et y fouiller le bois Noir et celui de Longuelouve; la troisième enfin, traquer les rebelles de l'Aubrac.
« En entrant à toUs les villages, les chefs devaient publier que les habitants étaient invités à leur livrer ou dénoncer ceux de leurs concitoyens qui auraient été de l'armée contre-révolutionnaire ou qui en auraient favorisé les manœuvres ; s'ils y satisfaisaient, il ne serait rien dégradé ni fait aucun dégât ; dans le cas contraire et qu'il fût prouvé que des habitants du village avaient été complices de la sédition, on devait les traiter en ennemis K »
La répression fut sauvage. Au matin du 2 juin, le château de Chanac et une ligne de maisons royalistes mêlèrent leurs flammes sinistres aux lueurs de l'aube, ^ui se levait sur le vallon.
« Nous amènerons, écrit Vayron, commissaire du Cantal, un canon de bois pris sur Charrier et un drapeau ; l'on distribue ce soir, 7 juin, aux volontaires de Saint- Flour et de Brioude les barils de monnaie de cuivre pris à Chanac ; la chasse se continue dans les cantons de la Lozère ; cela a l'air de la poursuite de la bête du Gévau- ^