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CHAPITRE XI

LE FEDERALISME

Xes commissaires de la Convention. — Pacification de la Lozère. — Comité girondin de Montpellier. — Propagande montagnarde ; résistance des administrateurs. — Assemblée générale à Mende et remontrances à la Convention. — Mémoire de Samuel François.

La prise de Charrier fut une grande douleur pour les royalistes, qui perdaient leur unique espérance ; mais, chez les patriotes, elle provoqua « le plus vif applaudissement ». A la Convention, Thibault, évêque et député du Cantal, fit observer qu'à la dernière séance de l'Assemblée Constituante, Charrier avait annoncé aux députés du Cantal qu'ils seraient pendus. « J'espère, ajouta Thibault, qu'il aura l'initiative. » Pour pacifier la Lozère, Jean-Bon-Saint-André demanda la terreur. « Commencez, dit-il, par envoyer des commissaires munis de pleins pouvoirs ; qu'ils soient autorisés à faire tomber toute tête qui s'opposera à l'établissement de la liberté 1 Envoyez-y des hommes purs et que ces commissaires trouvent ici non des calomniateurs, mais des approbateurs de

leurs travaux ^ » Le 23 juin, la Convention désigna Châteauneuf-Randon et Malhes, député du Cantal. <^uand ils arrivèrent, l'insurrection était abattue, Charrier, à Rodez et les prisons, pleines de prisonniers.

Ils furent reçus à Mende, le 16 juin, en grande pompe : les citoyens qui avaient des chevaux allèrent les attendre aussi loin qu'ils purent ; les citoyennes, parées d'un ruban tricolore, précédaient le conseil général de la commune ; la fille du maire Bonnel offrit un bouquet à Châteauneuf-Randon et la petite Bourilhon à Malhes, avec un quatrain de Tarteron pour tous les deux, pendant que les cloches sonnaient en l'honneur des représentants ~.

Leur premier soin fut de pacifier le pays en proie Il répouvante et à la faim. L'exécution de quarantesept Malénais, de cinq Chanacois et de trois prêtres réfractaires avait jeté la terreur sur les royalistes; Taffiuence des gardes nationales des départements « rinspira, dit Châteauneuf-Randon, aux habitants . même patriotes 3. »

« Les patrouilles, que l'on envoie dans les campagnes, écrivent deux administrateurs de la Haute-Loire, jr commettent des dégâts, qui, sans être utiles en rien, ne font qu'exaspérer les malheureuses victimes. Nous vivons été presque témoins du massacre d'une femme de soixante ans, qu'on a supposé aller porter à manger à des prêtres réfractaires ; c'était à son mari ^. »

Poussés au désespoir, les paysans abandonnèrent maisons et cultures, pour vivre dans le creux des

1. Moniteur universel de la République, 8 et 13 juin 1793. 1. Arch. corn. Mende D. Délibérations, 15 juin 1793.

3. Arch. nat., A Fil 183. Lettre tie Chàteauneuf et Malhes, Mende 16 juin 1793.

4. Arch. Haute-Loire L. Lettre de Duranson et Guigonnet, Mar> Trejols, 16 juin 1793.

38o LE FÉDÉRALISME

rochers. Emus de pitié, Chàteauneuf-Randon et Malhes. firent tout ce qu'ils purent, pour soulager tant de misère. Ils rappelèrent au devoir Guyot, président du tribunal criminel, « qui condamnait sans cesse à la guillotine, sans distinction de la loi du lo mai 1793, » laquelle n'envoyait à la mort que les chefs des révoltés 1. Puis s'attaquant àlafaim, mauvaise conseillerez ils envoyèrent à Nasbinals des messagers porteurs de pain et de paroles de confiance '-.

Voici comme ils rendent comptent de leurs efforts au Comité de Salut public, le 23 juin 1793.

« Beaucoup de paysans se sont enfuis. L'effroi et la crainte d'être tués ou de subir le supplice de la guillotine les a fait retirer dans les bois, où, faute de vivres, ils paissent et broutent l'herbe. De toutes parts, il nous arrive des nouvelles que l'on veut rallier ces malheureux, qui aiment mieux, disent-ils, périr en combattant que par le tranchant de la guillotine ou par la famine et la soif. Nous faisons partir des missionnaires populaires, des municipaux et des administrateurs de toutes parts, avec des subsistances, pour rappeler ces hommes désespérés et leur rendre la vie. Une force suffisante suivra ce-

1 Arth. nat., A Fil 167. Lettre de Cliâteauneuf et Malhes, St- Chély, 4 juin 1793.

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