‹ La révolution en LozèreChapitre 91 sur 191 · Arch. Lozère, L 106. Proclamation · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 106. Proclamation

La République une & indivisible ou la mort.

« Pourquoi fuyez-vous vo.s maisons ? Rentrez, bons citoyens ; le temps des alarmes est passé. Si ((uelques-uns d'entre vous ont pu se laisser tromper par Charrier ou ses complices ennemis des lois^. la loi vous garantit, la loi vous i)ardonnc ; que dis-je la loi ? c'est Dieu lui-même qui a puni les chefs, qui les punira tous et qui vous absoudra, Rentrez paisiblement et ne craignez rien; occupez-vous de cultiver et de lever vos moissons. Une loi vient d'assurer le partage des communaux; vous y trouverez particulièrement beaucoup d'avantages.

Maire, oftlciers municipaux, prêchez l'amour des lois et vous serez tous heureux.

Si des citoyens ont particulièrement des inquiéfudes, envoyeznous leur nom et ils seront particulièrement garantis par nous. ^ Fait au Buisson, le 1 juillet 1793, l'an II de la République française une et indivisible.

« Châteauneuf-Randon et Malhes. »

cortège, l'arme basse, et. nous-mêmes nous mettrons le dernier sceau à cette mesure par des proclamations analogues à l'esprit du pays et en nous rendant partout. La loi du lo mai est formellement envoyée pai" nous au président du tribunal criminel 1. »

Châteauneuf-Randon et Malhes, non contents d'apaiser les troubles, en faisant respecter la loi et en secourant des malheureux, essayèrent encore de tarir la source même de ces troubles. Leur lettre au Comité de Salut public est trop intéressante par les détails d'histoire locale et les vues politiques pour n'être pas publiée ici.

Mende, 26 juin 1793.

« Nous faisons beaucoup par la douceur et la persuasion, parC|^ que la contiance est une grande défense; mais nous en ferions bien davantage et ce pays-ci serait bientôt délivré du germe qui empoisonnera tous ces départements de royalisme, si nous voulions écouter des esprits conciliants, des âmes charitables, même de chauds et solides patriotes.

« Près de mille prêtres se sont retirés dans les bois et les rochers, et depuis deux ans y ont fait des approvisionnements et en reçoivent des confins limitrophes de trois départements, de l'Aveyron, du Cantal et de la Lozère, par les habitants, qui ne reviendront jamais du fanatisme. Des émigrés y sont aussi, dit-on, et la déclaration de Charrier s'accorde fort avec cette inquiétude.

« Tous partiraient, dit-on, en moins de huit jours, s'ils avaient des passeports pour Genève et quelques secours. L'on est déjà venu nous faire la proposition d'en délivrer, avec nom et signalement, niais sans caractère, à la charge par eux de justifier de leur arrivée à Genève dans le délai de quinze jours.

1. Arch. nat., AFii 183. Lettre de Châteaiineuf et Malhes, Menile^ le 23 juin 1793.

c Sans doute ce serait le plus grand trait de politique, s'il était possible de composer avec la loi et les principes. Nous vous en prévenons, citoyens nos collègues. C'est à vous seuls à calculer cette grande mesure. Si vous nous consultez, il est bien certain que le pays, une fois délivré de tous les prêtres des départements méridionaux non déportés, qui s'y sont réfugiés, pourra épargner bien du sang et de l'argent à la République 1... »

Une lettre du Comité de Salut public, écrite à Couthon et Maigret, le 17 septembre 1793, dit que la proposition « sera prise en considération » ~. Quoiqu'il en ait été, pour rendre hommage à la conduite des représentants, inspirée par une habile politique, le souci de la justice légale et l'amour de l'humanité, l'historien n'a qu'à citer le jugement d'un témoin oculaire et impartial, l'administrateur Gros, délégué de la Haute-Loire.

« Ce n'est pas, comme on l'a vu ailleurs, par des actes arbitraires, par des incarcérations et par d'autres excès de cette espèce, que les représentants ont marqué leur passage en Lozère. C'est par des actes de bienfaisance et d'humanité, c'est en se conduisant en vrais républicains, en dignes représentants du Peuple. Oui, et ceci ne doit pas être suspect dans ma bouche, on a vu le citoyen Châteauneuf-Randon allant de village en village, pour porter aux malheureux habitants des paroles de paix et de consolation, pour les rassurer contre les craintes et la terreur qu'on leur avait inspirées, pour les exhorter il reprendre leurs travaux ; on l'a vu enfin envoyer des aliments à ceux mêmes que la crainte du châtiment avait éloignés de leurs foyers. Quand on remplit ainsi sa

1. Arch. nat., AFii 183. Lettre de Châteauneuf-Randon et Malhes.

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