‹ La révolution en Russie [microform]Chapitre 5 sur 13 · I. Les illusions sur la Russie · texte numérisé non relu

I. Les illusions sur la Russie

Citoyennes et Citoyens,

2. Je n’ai nulle prétention d’être le professeur de personne ; je viens simplement vous convier, à la fois au nom des intérêts de la France, au nom des intérêts de la Russie, et par-dessus tout au nom de ces larges intérêts de l’huma-

’ nité, dont nous ne pouvons pas séparer les intérêts étroits des nations, et que notre président mettait tout à l’heure sous le couvert de l’antiquité, avec tant de raison, au nom de tous ces intérêts je viens vous convier à vous joindre à nous dans une manifestation contre les monstruosités qui se passent dans une partie de l’Europe, pour un appel à l’esprit de justice qui, seul, peut sauvegarder l’avenir.

3. Nous assistons à un spectacle historique véritablement extraorduiaire, au milieu de la civilisation contemporaine. 11 y avait là-bas, bien loin dans le nord, dans 1 est de 1 Europe, un pays qui était resté pour les conservateurs le paradis et le modèle de la vérité politique. Oh! là, vous pouviez être tranquilles : l’esprit de la révolution n’avait pu pénétrer dans les institutions, et le pouvoir, 1 autorité

I étaient établis sur des bases solides, et à ce qu’il semblait,

I inébranlables. D’un bout à l’autre de cet immense empire,

I qui d’un côté touchait aux frontières d’Allemagne, et de ' l’autre se prolongeait presque jusqu’à l’Amérique, d’un bout à l’autre de cet immense espace peuplé de plus de cent i millions d’habitants, il n’y avait pas deux pensées, il n’y I - en avait qu’une ; il n’y avait pas deux volontés, il n’y en avait qu’une 5 il n’y avait pas deux droits, il n y en avait qu’un 5 le principe monarchique subsistait dans ce qu il a de plus absolu ; aucun être humain ne pouvait se dresser contre le bon plaisir du maître.

les organes du gouvernement. Aucune garantie pour les sujets de ce maître tout-puissant 5 encore aujourd hui, après les prétendues réformes libérales et bourgeoises, il arrive qu’un homme qui a des rentes, qui est tranquille chez lui, est écrivain : on le soupçonne ; sous un prétexte quelconque la police vient chez lui, et le lendemain il part avec sa femme, il est déporté en Sibérie, dans des pays affreux où l’on ne voit pas même la verdure d’un arbre, où il y a dix mois d’hiver sous un climat atroce; il faut que la femme cherche elle-même la nourriture que vole en passant celui* qui en est chargé ; sans un tribunal, sans quoi que ce soit comme garantie, par acte administratif.

5. Il y avait là-bas des institutions admirables. C/est là que Tarmée était forte ! Ah! vous le savez bien, l’esprit libéral, l’esprit républicain désorganise les armées; mais là-bas, comment l’armée n’aurait- elle pas été admirablement organisée? L’esprit civil ne pouvait pas s’en mêler; aucun droit de critique ; les soldats étaient courbés sous une loi de fer, et le maître et les états-majors pouvaient régler les institutions militaires comme ils l'entendaient, sans être

M. Arthur Meyer... {RiWs).. nous montrait cet exemple comme celui qui devait assurer notre puissance.

8. Où pouvaient nous conduire nos malheureuses institutions républicaines? Au socialisme, au collectivisme, plus que cela, à l’anarchie, à cette conception d’un pays où tous les liens sociaux seraient brisés, où les organisations seraient détruites, où lasubordination et le concours réglé des efforts humains seraient à jamais annéantis, et où des forces individuelles effrénées pourraient se mouvoir dans l’espace illimité, avec la puissance de leurs instincts les plus sauvages... Nous répondions que ce cauchemar d anarchie, jamais on ne le verrait réalisé dans une société humaine : que ce pouvait être le rêve de quelque cerveau malade, mais que ce rêve ne serait jamais la vérité, ni la réalité nulle part. Citoyens, nous nous trompions. L’anarchie, dans son désordre et dans son chaos, nous l’avons sous les yeux, et c’est l’autocratie russe qui nous en donne le spectacle... {A pplaudtssements.)

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