Albert Keim, Helvétius. Paris, Alcan, 1907, p
M. Albert Keim est ici tombé dans Terreiir commune. Il a prêté à Helvétius nos idées d'aujourd'hui. Oui, Helvétius, comme d'Holbach, considère toutes les religions existantes comme foncièrement nuisibles. Mais Toici sa conclusion : « Nul empire, dit-il^ ne peut être gouverné sagement par deux pouvoirs suprêmes et indépendants. Il est impossible de faire concourir les deux puissances spirituelle et temporelle au même objet, c'est-à-dire au bien public. » Gela n'est pas, tant s'en faut, d'une « politique très moderne ^ », c'est au contraire d'une politique très ancienne, puisque cela procède de la vieille conception unitaire de rÉLat antique. C'est la négation de la hberté rehgieuse et de la neutralité de l'État. Ce point de vue est à l'opposé de la séparation de l'Église et de l'État.
M. Albert Keim se corrige lui-même à un autre endroit de son livre, quand il écrit : << A noter qu'Helvétius admet comme une sorte de religion d'excellentes lois, œuvres de l'expérience et d'une raison éclairée. Le culte le plus agréable à la divinité, dit-il, est l'observation de telles lois.... Ce texte^ comme celui des Notes de la main d'Helvétius, montre bien qu'Helvétius n'est point un de ces libres penseurs forcenés qui condamnent a priori toute conception religieuse etjusqu'aumotdeDieu^. » Je le crois bien! Cet ennemi des religions entendait donner à son État idéal le caractère religieux. 11 ne supprimait pas la religion, il l'absorbait dans l'État. Mais, à peine moins prudent que d'Holbach, il reculait le plus loin possible