‹ La révolution et l'égliseChapitre 57 sur 92 · Moniteur, réimp., VIII · texte numérisé non relu

Moniteur, réimp., VIII

2. La Révolution française, du 14 septembre 1905, p. 222, article de M. Aulard sur les origines de la Séparation.

de ces associations qui jouirent dans la pratique de pouvoirs qui nousparaîtraient singulièrement étendus. On commence à faire Thistoire de ces associations cultuelles que les contemporains appelaient de noms variés : consistoire, directoire du culte, administration, conseil de paroisse, etc., et cette histoire est fort intéressante.

Voici, par exemple, ce que nous apprend M. Tabbé J. Contrasty au sujet du conseil de paroisse qui entretint le culte réfractaire sous le Directoire et sous le Consulat, à Seysses, bourg rural du canton de Muret '. Le Conseil était élu dans l'église après vêpres par tous les fidèles. Il était rééligible chaque année et rarement réélu en entier. Les élections sont disputées, il se produit môme un moment une sorte de scission. Le conseil se réunit tous les mois. Le règlement qui le régit est fait de manière à sauvegarder le contrôle de rassemblée des fidèles qui approuve les comptes, Les états de recettes et de dépenses sont affichés à la porte de Téglise. Chose curieuse, ce règlement d'association libre soumise à Rome accorde à la municipalité une sorte de droit de contrôle sur la nomination des membres de son conseil. Les municipaux approuvent ou désapprouvent la liste arrêtée par l'assemblée générale. Chose plus curieuse, les prêtres desservants, qui présidaient le conseil de fabrique avant la Révolution, n'ont plus accès dans le nouveau conseil de paroisse qui déhbère hors de leur présence. L'association entretient avec les vicaires généraux qui représentent le pape des rap-

1. Abbé J. Contrasty, Un conseil de paroisse sous le régime de la première séparation. Toulouse, Privât, 1906.

porls réguliers, mais des rapports d'égalité plus que de dépendance. L association leur demande des prêtres. Les vicaires généraux en fournissent. On débat de part et d'autre les conditions. C'est un marché que l'on conclut. Ainsi, quand le conseil décide d'iiwiler l'abbé Belin h établir sa résidence dans la commune, il lui offre 100 francs le jour de son arrivée, plus un traitement annuel de 800 francs, payable de mois en mois. Avant d'envoyer Belin, les vicaires généraux font préciser ces conditions par écrit. Finalement, il est décidé qu'en plus le conseil fournira au prêtre un logement annuel, paiera les gages de sa servante, et abandonnera les honoraires de messes et le casuel. L'association cultuelle, formée spontanément, apparaît comme très vivante et très autonome. C'est le véritable pouvoir religieux de la commune. Les prêtres qu'elle engage ne font que passer. Il ne s'en succède pas moins d'une douzaine de 1795 à 1802. Elle seule reste. Elle tient sa force de sa permanence et aussi de ses subventions.

L'association de Seysses n'est pas une exception. Toutes celles que je connais ont présenté des caractères analogues. A Paris, elles se réunissent très fréquemment, presque toutes les semaines à Saint- Eustachepuis deux fois par mois, tous les dimanches à Saint-Étienne-du-Mont, à Paris, et provoquent des réunions générales des fidèles assez rapprochées, tous les mois à Saint-Laurent. Les désaccords, les conflits même, ne furent pas rares entre les associations et les prêtres desservants, ainsi à Saint- Thomas-d'Aquin sous le Concordat. Dans cette église le prêtre Pilastre, qui avait obtenu des auto-

rites la jouissance de lédifice, contrairement au vœu de l'association cultuelle, dut s'incliner devant ses paroissiens, après quelques semaines de résistance, et consentir à partager la jouissance et les subsides avec un autre réfractaire comme lui, l'ancien curé Laurens. « Il est curieux, dit un récent auteur \ de voir la part que les laïques essayèrent de s'arroger, non seulement dans la conservation des édifices, dont ils avaient la responsabilité, et dans l'entretien du matériel du culte, mais dans le choix même des ministres du culte et les objets d'administration spirituelle. » Dans les associations réfractaircs, aussi bien que dans les constitutionnelles, les prêtres étaient choisis au scrutin par l'assemblée des fidèles. Le pape subissait, en fait, cette élection par le peuple qu'il avait condamnée dans la Constitution civile du clergé. La société du culte catholique de Saint-Eustache à Paris élut d'abord, comme u chef du culte », l'ancien curé Poupart, puis, à sa mort, Tabbé Juvigny. Ici, tous les citoyens, sans distinction de sexe^ pouvaient prendre part à l'élection. A Saint-Étienne-du-Mont, cghse constitutionnelle, les femmes ne votaient pas, mais l'assemblée générale des fidèles se réservait « le droit d'élire le pasteur en chef, d'agréer ou de refuser sur sa présentation les vicaires qui devront être portés sur l'état de la société et d'en déterminer le nombre, d'instituer et de destituer les différentes personnes attachées au service de l'Église, telles que chantres, serpent, sacristain, concierge, fournisseur

1. Abbé Joseph Grente, Le culte catholique à Paris, de la Terreur au Concordat. Paris j Lethielleux, ^903, p. 21.

de chaises, etc. ^ ». M. l'abbé Grente nous dit que les administrateurs du culte ne se faisaient pas faute d'avertir tel ou tel prêtre, arrivé en retard pour dire sa messe, qu'ils se verraient obligés de supprimer son traitement.

Il n'est pas douteux que les laïques exercèrent alors dans le gouvernement de l'Église une action de plus en plus importante, une action qu'ils n'avaient exercée qu'aux premiers temps de l'Église. Il n'est pas douteux que la hiérarchie ecclésiastique, n'étant plus garantie par la loi, subit plus d une lézarde. Il n'est pas douteux que beaucoup de prêtres des deux clergés, forts de l'appui de leurs paroissiens, s'émancipèrent. Malgré les censures, dont ils furent frappés par leurs évoques et par leur concile national, plusieurs prêtres constitutionnels mariés continuèrent leurs fonctions et gardèrent leurs femmes comme ce Bruslon, curé de Faye-la-Vineuse en Touraine, qui se regardait comme son propre évêque^.

Si, en fait, la hiérarchie cathohque subsista dans les deux clergés, ce fut en cachette et du seul assentiment volontaire des prêtres et des fidèles.

L'église constitutionnelle tint de nombreux synodes provinciaux et deux conciles nationaux en 1797 et en 1801. Elle exigeait de ses prêtres de se mettre en règle avec les décrets de ses conciles. A Paris, fonctionnait au-dessus des associations cultuelles laïques

1. D'après le règlement officiel élaboré par le jurisconsulte Agier et publié par M. A. Gazier dans la Revue bleue du 20 juillet 1907.

2. khhéGTégoire, Histoire du mariage des prêtres. Paris, Baudouin, 1826, p. 62. Les curés de Culey et de Puymasson ont eu deg précurseurs.

un conseil de prêtres ou presbytère pour les contrôler et pour exercer les attributions de Févêque non remplacé depuis la mort de Gobel. Ce presbytère vérifiait les procès-verbaux d'élections des prêtres par les paroisses, enquêtait sur la moralité et la doctrine des nouveaux élus, leur délivrait ou refusait la confirmation canonique. Choisi par le consistoire de Saint-Laurent, le 8 fructidor an III (29 août 1795), Tabbé Margarita fut d'abord confirmé par rassemblée générale de la paroisse, le 19 vendémiaire an IV (11 octobre 1795). Acte fut dressé de lelection. Le presbytère fit son enquête, approuva à son tour et délégua son président, Clausse, curé de Saint-André-des-Arcs, pour installer définitivement le nouveau curé et lui conférer l'institution canonique '.

De même, dans l'église réfractaire, les évêques non émigrés (au nombre de 15) et les vicaires généraux des autres purent exercer leurs fonctions sous le contrôle de finternonce, Mgr de Salamon, dont nous possédons les Mémoires et la Correspondance'^. Le clergé réfractaire continua même à se recruter et on peut citer plusieurs exemples d'ordinations conférées par l'évêque de Saint-PapouP.

Pendant les sept années qu'a duré la première

1. D'après le registre des délibérations de la Société catholique de Saint-Laurent (Arch. nat., F'' 7134.) Le registre est aux archives parce qu'il fut saisi à la suite d'une dénonciation visant le fonctionnement de cette hiérarchie de l'église constitutionnelle.

2. Ils ont été publiés par l'abbé Bridier (1892) et par le vicomte de Richemont (1898).

3. Cf. les articles de M. l'abbé Gontrasty sur « le Recrutement du clergé de Toulouse pendant la Révolution », dans les Vocations sacerdotales, bulletin trimestriel, 1904.

Séparation, les deux clergés catholiques, faisant contre fortune bon cœur, se sont donc accommodés de la législation thermidorienne, tant en ce qui concerne la part des laïques dans l'administration du culte qu'en ce qui concerne le fonctionnement de leur hiérarchie.

Ils s'en sont accommodés, même en ce qui concerne le simultaneum. Quand les théophilanthropes demandèrent à partager les églises de Paris avec les prêtres constitutionnels ou réfractaires, les uns et les autres témoignèrent naturellement quelque mauvaise hur meur, mais ils se résignèrent et ne manquèrent même pas de bonnes raisons canoniques pour justifier leur résignation. Le curé de Saint-Étienne-du-Mont, Leblanc de Beaulieu, après une conférence avec les chefs théophilanthropes qui venaient s'installer dans son église, décidait de rester pour les raisons suivantes :

« 1° Au lieu de servir la religion, on lui ferait une plaie irréparable. Privés des églises, il nous faudra nous rassembler dans des chambres. La grande partie du peuple sera donc dépourvue de tous les moyens de sanctification que lui fournit encore la publicité du culte.

(' Le peuple ira aux exercices des théophilanthropes, il s'accoutumera à se dire religieux sans avoir de religion. L'apostasie générale se consommera et, quoiqu'elle paraisse inévitable, nous serions responsables à Dieu et aux hommes de n'avoir pas fait tout ce qui est en nous pour la retarder.

« 2° Même parmi les personnes plus attachées à la religion que le commun peuple, il y en aura beaucoup

à qui la clandestinité sera un prétexte pour ne pas venir, pour s abstenir de la confession et tomber dans le relâchement.

« 3° Le mal sera peut-être sans remède, car si Ton abandonne les temples, ils seront probablement perdus sans retour^... » Et Leblanc de Beaulieu invoquait, pour justifier sa conduite, l'exemple de certaines églises d'Allemagne, consacrées à la fois au culte catholique et au culte luthérien.

Les prêtres réfraclaires soumissionnaires acceptèrent le simultaneum pour les mêmes raisons que les prêtres constitutionnels. N'oublions pas, du reste que ce n'était pas la première fois que cq simultaneum leur était imposé. Déjà, au lendemain de la Constitution civile, l'évêque réfractaire de Langres La Luzerne, dans une Instruction, qui fut adoptée p'ar la grande majorité de l'épiscopat, avait autorisé ses prêtres à continuer de dire la messe dans les églises occupéespar les jureurs, et même à entrer en rapports m dwinis avec ceux des jureurs qui n'avaient pas pris la place des curés légitimes ^ Pendant deux ans, de 1791 à m^.CQ simultaneum fut pratiqué dans toute la France, les curés et évêques constitutionnels ne s'y étant pas opposés.

Sous le Directoire, il s'agissait départager l'église non plus seulement avec une secte schismatique' mais avec une secte impie. Les prêtres réfractaires firent taire leurs scrupules. Certains, pour éviter un

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