‹ La révolution et l'égliseChapitre 71 sur 92 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Louis XVIII transmettait ses instructions politiques à cinq

le disait le clairvoyant Emery, le culte privé n'était pas pour eux une fin mais un moyen.

Les soumissionnaires, plus attachés à la religion qu'à la monarchie, mais excellents royalistes tout de même, opposaient à cette tactique extrémiste leur prudent opportunisme. Ils marchaient vers le même, but, mais par des voies opposées. Ils attendaient la Restauration non pas d'un soulèvement problématique mais de la lente et sûre transformation de Tesprit public. C était la masse de la nation qu'ils voulaient ramener à eux, non pas en la violentant, en la privant des sacrements, mais en l'attirant à ses oflices pour la catéchiser et la convertir. De toute nécessité il leur fallait, pour réussir, le culte public.

Entre les deux tactiques, entre les deux partis, le pape ne sut pas ou ne voulut pas choisir. Au début, comme la majorité de l'épiscopat semblait hostile aux soumissionnaires, il eut Tair de désapprouver le serment de liberté et d'égalité, mais il ne le condamna pas. Il se borna à avertir ceux qui l'avaient prêté de réfléchir, de consulter leur conscience. Puis, quand il vit, pendant les premiers temps du Directoire, le nombre des soumissionnaires augmenter tous les jours, le culte public prospérer grâce à eux, les

évêques qui les faisaient passer aux plus ardents missionnaires. L'un de ces évêques, l'archevêque de Reims, écrit à Louis XVIII, le 8 novembre 1797, de Wolfenbûttel : « Les prêtres qui peuvent se cacher ont déjà des instructions conformes à celles de V. M. Il n'y a pas d'évêques qui ne les aient données à ceux des ecclésiastiques de son diocèse qui sont rentrés. Elles ont déjà été utiles pour la nomination des dernières assemblées primaires. Il faut les laisser agir. Les dangers auxquels les expose leur rôle, leur courage héroïque, leur commandent la plus grande prudence. » (Cité d'après les Archives des affaires étrangères, par Sicard , Ancien clergé de France, t. ÏII, p. 259.)

catholiques pén(^lrer de toutes parts dans les administrations élues et obtenir la majorité jusque dans les conseils législatifs, le pape se montra ouvertement sympathique à leur tactique. Les victoires de Bonaparte en Italie, sa marche triomphale vers Rome lui faisaient d'ailleurs mieux comprendre le prix de la conciliation avec la République. Au moment de Tarmistice de Bologne, le pape conseilla formellement la soumission dans le bref Pastoralîs sollicitudo qu'il présenta au Directoire comme gage de ses intentions pacificatrices. Le Directoire, à la vérité, trouva le bref insuffisant et le pape ne le promulgua pas officiellement, mais les soumissionnaires, qui en avaient eu connaissance, s'empressèrent de le publier comme une éclatante justification de leur conduite '.

Après le 18 fructidor et la réaction anticléricale qui suivit, le pape sembla revenir du côté des intransigeants, mais il se garda toujours de prononcer sur cette grave question du culte privé et du culte public, de la soumission et de l'insoumission, un jugement formel, et il eut bien raison! S'il s'était hasardé à donner tort à l'un des deux partis, les querelles ne se seraient probablement pas calmées et peut-être se seraient-elles envenimées. Le prestige du Saint-Siège en aurait été inutilement amoindri. Quand on lit la correspondance des évêques émigrés, il n'est pas permis d'avoir le moindre doute sur ce qui serait arrivé. Voici, par exemple, ce qu'écrivait au Cardinal

1. Les évêques intransigeants affectèrent de contester l'authenticité du bref et adressèrent des remontrances à Rome. Voir à ce sujet une curieuse lettre de l'archevêque de Reims à Louis XVllI, du 10 juillet 1797. Dans Sicard, Ancien clergé de France, t. III, p. 317, note.

Maury le prince-évêque d'Embrun, de Lausanne, le 31 août 1796, au sujet du bref Pastoralis sollicitiido : « Si, par impossible, le malheur qu'on prévoit (l'ordre de se soumettre) arrivait, je prierais Dieu de changer ma conscience, car si elle restait telle qu'elle est, telle qu'elle a toujours été et qu'elle sera probablement toujours, je donnerais cent fois ma démission de mon siège plutôt que de concourir à une pareille infamie. La presque unanimité des évoques se ferait pendre plutôt que d'admettre la soumission, et si le Saint-Père décidait au contraire, ce qui n'arrivera sûrement pas, il y aurait certainement un schisme parmi nous et tout serait perdu ^ » N'oublions pas que la moitié des évoques réfractaires (37 sur 81) refuseront bientôt de reconnaître le Concordat et de donner la démission qui leur fut alors demandée pour le bien de l'Église.

Le pape fut donc habile en restant alors dans l'indécision, également éloigné des soumissionnaires et des insoumis. Le culte public et le culte privé s'organisèrent spontanément et simultanément et souvent côte à côte. Selon les circonstances et les localités, les mêmes hommes qui avaient prêché rinsoumission se soumettaient à leur tour et célébraient le culte public pour retourner l'instant d'après au culte privé. A Paris, en l'an IV et en l'an V, le culte public et le culte privé fonctionnaient concurremment et c'étaient parfois les mêmes prêtres réfractaires qui desservaient la chapelle particulière et l'église ouverte à tous^. Il y eut sans doute des

1. Contributions à Vhistoire religieuse de la Révolution, p. 247.

2. Voir le livre instructif de M. l'abbé Grente : Le culte catho-

incidents regrettables, des rivalités fâcheuses, des violences même entre les prêtres soumis et insoumis; il fut certain cependant que leur émulation tourna plus d'une fois au bien de la religion. Le maintien du culte public empêcha les cathoHques tièdes de passer aux constitutionnels ou aux théophilanthropes, c'est-à-dire à la République. Le culte privé satisfit le besoin d'émotion des catholiques ardents et raviva leur haine du gouvernement. Mais en général, cependant, c'est dans les régions où tout culte public fut supprimé que les populations comptèrent le plus d'incrédules ou d'indifférents et où le Directoire eut le moins de résistances à vaincre. Le Directoire, qui s'efforça, après le 18 fructidor^ de ruiner le culte public, faisait le même calcul que les insoumis, mais inversement. Il se disait que le jour où toutes les églises seraient fermées, les populations se déshabitueraient du catholicisme et que la République serait affermie à jamais.

Aux yeux des insoumis, la religion catholique était morte en France, puisqu'elle avait cessé d'y avoir une existence officielle. La France était pour eux un pays idolâtre. Dès lors l'idée devait leur venir d'y organiser des missions. Dès 1794, un vicaire général de M. de Marbeuf, archevêque de Lyon émigré, l'abbé de Linsolas, qui avait étudié autrefois au séminaire des missions étrangères, lança le projet et le mit à exécution dans son diocèse. Son projet fut discuté article par article et adopté par ses collègues du

lique à Paris, de la Terreur au Concordat. Paris. Lethielleux, 1903. M. Grente donne une notice sur chaque oratoire public et privé et sur les prêtres qui les desservaient.

conseil archiépiscopal. On y joignit bientôt un règlement pour les laïques, catéchistes et chefs de village, dont le concLirs était indispensable pour la réussite. Le tout fut communiqué à M. de Marbeuf, qui l'approuva et en permit Tapplication. Le diocèse fut divisé en plusieurs missions ou cercles comprenant chacun cinquante ou soixante paroisses. Chaque cercle avait à sa tête un chef énergique et habile qui répartissaitles simples prêtres dans les paroisses sur Tavis du conseil épiscopal. En règle générale, les prêtres revenus de l'étranger étaient éloignés de leurs anciennes paroisses, de peur qu'ils ne fussent reconnus. Afin de leur éviter toute imprudence, des instructions précises leur traçaient leurs devoirs :

<( Vous n'aurez ni bréviaire, ni papiers, ni rien qui puisse déceler un ecclésiastique. Vous ne direz pas votre nom sans nécessité; vous ne ferez connaître ni le lieu d'où vous venez ni celui où vous allez. ... Vous pourrez, si vous le jugez prudent, vous présenter comme un petit marchand forain ou comme un ouvrier qui demande du travail. Vous tâcherez d'avoir dans chaque paroisse l'indication d'une maison sûre. Vous ne cheminerez que la nuit et par des sentiers détournés. Vous logerez de préférence chez des personnes pauvres et, si les cas l'exigent, vous coucherez dans les granges, même à l'insu des propriétaires, pour ne pas les compromettre. Vous ne demeurerez auprès des malades que le temps nécessaire pour leur administrer les sacrements. Pour célébrer la Sainte Messe, il faudra nécessairement avoir un petit autel portatif, un calice, une patène et du pain azyme, mais vous pourrez au besoin vous

passer de servant, en répondant vous-même, ou en permettant à une femme de répondre à sa place '... »

Les missionnaires enfin sont autorisés « à dire la la messe dès trois heures du matin, au besoin avec des calices de verre ou en tout métal, à se communier eux-mêmes, en dehors du Saint-Sacrifice quand ils ne peuvent le célébrer, à ne tenir registre de leurs baptêmes que là où il n'y a point de risque de les voir passer aux mains de leurs ennemis... »

On voit immédiatement, par la simple lecture de ces instructions, que le culte privé ne pouvait s'exercer que de la complicité ou mieux du dévouement des laïques. 11 n'était donc possible que dans les régions où les fidèles catholiques étaient nombreux et dans les moments où les autorités se relâchaient de leur surveillance.

Dans le Lyonnais, les catéchistes, choisis parmi les fidèles les plus intelligenls et les plus zélés, suppléaient le prêtre dans l'instruction du troupeau, lui amenaient les nouveaux convertis, lui désignaient les maisons sûres, recueillaient les offrandes, transmettaient la correspondance. Les chefs de villages dirigeaient les catéchistes et étaient comme autant de maires occultes au service du roi et de TÉglise.

(( Pour que les fidèles ne fussent pas exposés à être trompés (il pouvait se faire, en elîet, que des aventuriers abusassent de la crédulité des fidèles), les chefs de village de chaque localité étaient chargés

1. Instructions données aux six missionnaires qui se rendaient en Savoie à la fin de 1794. Dans Sicard, Ancien clergé, III, p. 412. Voir aussi les instructions pastorales de La Luzerne, d'Asseline, le manuel de Coste, etc.

de reconnaître les prêtres qui se présentaient pour exercer le Saint Ministère et même pour célébrer dans les oratoires secrets. Chaque prêtre devait être porteur d'un signe caractéristique facile à cacher, au moyen duquel il était de suite reconnu par le chef du village et par le catéchiste qu'on avait mis au fait^.. »

Si, pour une raison ou pour une autre, le prêtre venait à disparaître; le culte était continué par les soins des catéchistes, qui célébraient des messes sans sacrifices, dites messes aveugles. Souvent ces messes aveugles étaient dites dans Téglise, dont les catéchistes obtenaient la jouissance, en souscrivant la déclaration que les prêtres réfractaires n'avaient pu ou voulu souscrire, par impossibilité légale ou morale.

Grâce à la protection plus ou moins ouverte des autorités locales et à la tolérance qui était alors de règle chez les représentants du pouvoir central, les missions du Lyonnais furent relativement prospères pendant les premières années du Directoire. Aussi Linsolas et son conseil, qui avaient d'abord vivement blâmé le culte public, s'enhardirent-ils à en faire l'essai. Beaucoup d'églises des campagnes furent rouvertes et réconciliées, soit par des prêtres bannis qui faisaient leur déclaration sous des noms supposés, soit par des prêtres constitutionnels rétractés en règle avec la loi, soit par des séminaristes nouvellement ordonnés. Quatre-vingt-quinze prêtres déportés

1. Abbé Gattin, Mémoire pour servir à Vhistoire ecclésiastique des diocèses de Lyon et de Belley, Lyon, Josserand, 1867, p. 521 et 522. J'emprunte au même ouvrage beaucoup de renseignements sur les missions du Lyonnais.

étaient revenus de l'étranger, nombre insuffisant pour desservir tout le diocèse. Pour augmenter ses auxiliaires, Linsolas organisa un séminaire qui remplacerait le séminaire de Saint-Irénée, qui avait été fermé à la fin de 1792. Les jeunes diacres élevés dans ce séminaire furent adressés à des prélats résidant sur la frontière pour recevoir l'ordination. Quinze furent ainsi ordonnés prêtres, les uns à Fribourg, d'autres à Saint-Maurice en Valais; d'autres encore par Tévêque in parlibus de Sarepte, suffragant de Marbeuf, qui avait réussi à vivre caché à Lyon pendant quelques mois.

Linsolas louait une maison à Lyon près de la montée des Chazeaux et y ouvrait une école de théologie qui fonctionna sans encombre jusqu'au 18 fructidor. Après le coup d'État, Técole dut être fermée, mais l'instruction des jeunes séminaristes continua à leur être donnée dans des maisons particulières, au moyen d'un ingénieux système de roulement. « Trente maisons s'ouvrirent pour recevoir tour à tour les jeunes théologiens pendant la journée. Ceux-ci se rendaient tous les matins au lieu convenu, y pratiquaient leurs exercices et ne se retiraient que le soir. Les professeurs agissaient de même; ils attendaient la nuit afin d'aller s'installer dans la maison désignée pour le lendemain, sauf à en chercher une autre, vingt-quatre heures après, et ainsi de suite pendant l'espace d'un mois, après quoi ils recommençaient ^.. »

1. Tableau historique du rétablissement du culte à Lyon et des années de persécution qui précédèrent ce mémorable événement..., Lyon, 1853, p. 48.

Ainsi, le culte privé, favorisé par un milieu spécial, non seulement put vivre à Lyon mais son clergé parvint même à se recruter'. Au début du Consulat, profitant de la tolérance des autorités, les réfractaires insoumis rentrent en grand nombre et rouvrent les oratoires qu'ils avaient dû fermer après le 18 fructidor. Ils louent à Lyon l'église de la commanderie de Saint-Antoine, qui avait été vendue comme bien national, et ils y célèbrent leur culte presque publiquement sans être inquiétés par la police, bien qu'ils fussent en défaut avec la loi. Ils s'enhardissent, le jeudi saint 1801, à réorganiser d'une façon fort originale la traditionnelle procession des stations. « Tous les temples étaient fermés, nous dit l'historiographe auquel j'emprunte ces faits, à l'exception de ceux que le clergé constitutionnel occupait. Néanmoins la population entière était sur pied pour la pieuse cérémonie des stations. Seulement, au lieu de se diriger d'une église à l'autre, on allait de maison en maison. 11 suffisait de suivre la foule pour arriver à un oratoire, de ce premier à un deuxième et ainsi de suite dans tous les quartiers de la ville. On montait des marches nombreuses et l'on parvenait ainsi à un reposoir construit le plus souvent à un quatrième étage, quelquefois dans l'intérieur d'un grenier. Là, sur un autel modeste que les mains de quelques ouvriers ou de pauvres dévideuses avaient orné avec tout le soin que les circonstances permettaient, le Saint-Sacrement était entouré d'adorateurs.

1. L'archevêque d'Arles, d'Aviau, étant rentré secrètement en France après le 17 brumaire, procéda à de nombreuses ordinations.

LE CULTE'PRIVÉ et LE CULTE PUBLIC 241

et ces humbles oratoires se remplissaient de minute en minute d'une multitude qui se renouvelait sans cesse ^.. »

L'histoire du culte privé à Lyon s'est répétée dans d'autres réglions également croyantes. Il y eut des missions organisées en Savoie, dans les diocèses de Rouen, Séez, Metz, Saint-Claude, Bourges, etc. Des messes aveugles, dites par des catéchistes volontaires ou par des catéchistes investis par les missionnaires, furent célébrées un peu partout, particuHèrement dans les campagnes. Nous savons, par les enquêtes officielles \ qu'à la veille du Concordat les réfractaires insoumis avaient réussi à s'imposer dans les départements arriérés de l'Ouest, du Massif central ou des Alpes (Finistère, Morbihan, Sarthe, Calvados, — Haute-Loire, Lozère, Aveyron — Mont-Blanc, Jura). Là, ils fanatisaient les populations, damnaient les acheteurs de biens nationaux, jetaient le désordre dans l'état civil des citoyens, poussaient les conscrits à la désertion, mettaient les fonctions pubhques en interdit, prêchaient presque ouvertement la ruine de la République. Les dangers qu'ils couraient, le mystère dont ils s'enveloppaient frappaient les imaginations des simples qui se livraient à l'enthousiasme et au mysticisme ^ Des prophétesses, des

1. Tableau historique du rétablissement du culte à Lyon..., p. 58-59.

2. Cf. les rapports de police publiés par M. Aulard sous ce titre : État de la France en l'an VIII et en Van IX, Paris, 1898. Cf. aussi les rapports des préfets aux Archives nationales, F19 865 et 866.

3. Cf. aux Archives nationales le dossier F"? 7134. J'en extrais la lettre suivante du ministre de la Justice, Genissieu, au ministre de la Police : « Paris, le 16 ventôse an IV de la République une et indivisible. — Je m'empresse de vous instruire, mon cher

voyantes surgissaient fréquemment el taisaient circuler de singuliei^ documents appelés « Lettres de Jésus-Christ ». Cune de ces lettres avait été trouvée, disait-on, dans léglise Saint-Michel en Languedoc. Un enfant de sept ans, qui n'avait pas encore parlé, avait recouvré subitement Tusage de la parole pour en faire le commentaire. Une autre, écrite du sang do Jésus-Christ, avait été découverte sous une pierre blanche dans l'église do Cologne ^ Toutes menaçaient de l'Enfer les iidèles qui violeraient la loi de Dieu, en cessant de se reposer le dimanche, en fréquentant les fêtes décadaires, etc. Cette agitation à la fois politique et religieuse ne laissait pas parfois

collègue, ([ue, dans la commune de Saint-Aubin, une jeune fllle, âgée^de neuf ans et demeurant chez son père un nommé Boutry, s'est fait une réputation dans l'art de prophétiser. Les trop crédules habitants des campagnes la croient inspirée et se portent en foule pour recueillir ses prophéties.

« D'après les renseignements pris par le commissaire du pouvoir exécutif près les tribunaux civil et criminel du département de l'Allier, il résulte que la jeune Boutry prédit le massacre de tous les patriotes, de là des provocations, des rixes, et par la suite, si l'on n'y remédie, la guerre civile.

« Comme il n'est pas douteux que cette jeune fllle ne soit l'instrument des prêtres et des royalistes de ces contrées et comme les lois ne peuvent atteindre cette coupable enfant, je vous invite, mon cher collègue, à prendre toutes les mesures nécessaires afin de vous assurer quels peuvent être les bras qui font mouvoir cette machine et faire cesser les rassemblements qui se forment autour du nouveau prophète. »

De la correspondance des administrateurs du département de l'Allier avec le ministre, il résulte que l'aflluence autour de la jeune prophétesse était incroyable. Il a fallu faire intervenir la force armée pour réprimer une tentative d'insurrection. Les administrateurs ajoutent qu'ils ont envoyé à la prophétesse des espions qui les renseigneront sur ses faits et gestes.

1. Cf. à ce sujet les lettres adressées par Coliette-Mégrat, juge de paix à Saint-Quentin, au directeur François (de Neufchâteau), le 6 (loréal an vîl, Arch. nat., F^ C m, Aisne, 15.

d'inquiéter le pouvoir, encore qu'elle ne fût jamais bien profonde et qu'elle se trouvât localisée dans certaines régions et qu'elle ne se soit développée qu'à la faveur de la tolérance gouvernementale, qui avait laissé sommeiller la loi.

Les réfractaires insoumis ne peuvent vivre que par les dons des fidèles. Ils acceptent les dons en nature comme les dons en argent. L'un d'eux, qui opérait sur les plateaux du Jura, Gauthier de Montbenoît, se faisait donner un fromage par fruitière et revendait ses fromages aux cabaretiers avec qui on disait qu'il était de moitié ^

Presque tous faisaient payer leurs messes, leurs mariages, leurs sacrements. L'évêque de Saint-Papoul faisait mettre son chapeau à la porte de l'église où il donnait la confirmation. Chaque confirmé y déposait 20 à 30 sous-. Rares étaient les évêques qui, à l'exemple de Coucy, évêque de La Rochelle, interdisaient à leurs prêtres de recevoir un casuel et leur ordonnaient de se contenter pour leur subsistance des seules offrandes volontaires ^ Dans la Loire- Inférieure, la Sambre-et-Meuse et sans doute ailleurs encore, la dîme se percevait comme au bon vieux temps. « Des marguilliers, dit un rapport officiel, sont nommés pour exiger cette contribution ainsi que cela se pratiquait avant la Révolution. Quelques cultivateurs se sont récriés, mais ils ont été obhgés de

1. Lettre de Moïse, évêque constitutionnel du Jura, à Grégoire (22 mai 1801), dans Moïse, par M. Perrod, Paris, Alph. Picard, 1905, p. 233. Moïse ajoute : « Il se fait souscrire des billets pour de fortes sommes par des enfants de famille ».

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