A. Gazier, Études, p
2. Voir dans le livre de M. Perrod le compte-rendu du synode constitutionnel de Salins.
3. Sicard, Ancien clergé de France, Pans, Lecoffre, 1903, t. III,
4. Cf. dossier aux Archives nationales F^ 7516. La note de Reubell est ainsi conçue : « Qu'est devenu cet évèque de Saint- Papoul qui est toujours, dit-on, à Paris, et qui est le plus grand coquin que je connaisse? Ne serait-il pas temps de l'envoyer faire des prêtres ailleurs? On demande une réponse. 3 Nivôse, an VII. » — Sur ce personnage, consulter le livre du vicomte de Broc, Paris, 1894.
toutes les associations, du reste, de se fédérer entre elles pour organiser des caisses centrales de résistance; c'est peut-être aussi qu'on restait volontiers particulariste. La législation était facile à tourner et elle le fut en effet en certaines occasions. Les mémoires de l'abbé Baston nous apprennent qu'à Rouen, en 1792, le doyen du chapitre, l'abbé de Saint-Gervais , distribuait aux prêtres réfractaires indigents l'honoraire de 600 messes par jour ; « c'était une aumône quotidienne de 25 louis; elle continua jusqu'à la déportation et dura trois à quatre mois... ' ». Chaque prêtre recevait en même temps qu'un secours un bulletin numéroté et signé. C'est le seul exemple que j'aie rencontré de caisse centrale qui fasse songer aux caisses diocésaines qui s'organisent sous nos yeux, et cet exemple est antérieur à la séparation-.
Les évêques constitutionnels n'étaient pauvres que parce qu'ils n'avaient d'autres revenus assurés que ceux qu'ils tiraient de l'exercice de leurs fonctions curiales. La seconde encyclique des « évêques réunis » stipulait que le douzième du revenu de chaque paroisse constitutionnelle devait être prélevé pour les frais généraux du diocèse, mais cette prescription resta lettre morte. Quand les constitutionnels tenaient
1. Mémoires de l'abbé Baston, publiés par Julien Loth et Ch. Verger, t. I, p. 377.
2. L'Ami du Roi du 30 mars 1791 publie un appel au sujet d'une souscription ouverte en faveur des ecclésiastiques séculiers et réguliers de la ville de Paris qui se trouvent maintenant réduits à l'indigence. L'archevêque de Paris avait formellement approuve la souscription. Huit administrateurs en réglaient et dirigeaient tous les détails.
des synodes ou des conciles, ils recouraient à des collectes ou à des souscriptions extraordinaires ^ En général, les associations cultuelles étaient jalouses de leur autonomie. Elles gardaient pour elles-mêmes les fonds qu'elles s'étaient ingéniées à recueillir. Elles n'aimaient pas à partager avec Tassociation voisine.
On a l'impression très nette, quand on étudie cette histoire de la première séparation d'un peu près, que le catholicisme se résout alors en ses éléments constituants. Chaque prêtre, chaque association, chaque fidèle devient en quelque sorte autonome et n'obéit plus volontiers qu'à ses propres impulsions. Les habitudes du self-government pénètrent partout. Comme aux débuts du christianisme, il semble qu'il n'y a plus une Église, mais des Églises distinctes, vivant d'une vie presque isolée et indépendante. Le lien, qui réunit les parties à l'ensemble, se fait de plus en plus lâche.
La hiérarchie de l'Église romaine, depuis qu'elle n'est plus garantie par la loi, subit de profondes atteintes. Ce n'est pas seulement les évêques réfracr taires qui se montrent indociles aux directions pontificales, leurs vicaires généraux résistent aux évêques et les simples prêtres aux vicaires généraux et les laïques aux prêtres. La confusion, l'incohérence sont la règle. Les évêques émigrés ont laissé dans leurs diocèses des grands vicaires pour les représenter. Ces
1. Le synode de Salins décida une collecte dans toutes les paroisses pour le concile de 1801 (Moïse, par Perrod, p. 220). Lors du concile de 1797, on décida une souscription dans toutes les églises de Paris. Cf. lettres de Detorcy à Diot, publiées par E. Jovy, dans les Mémoires de CAcadémie de Vitry-le-François\ 1898 (Cf. lettres des 30 août et 3 septembre 1797).
grands vicaires ont été arrêtés pendant la Terreur, plusieurs ont péri sur l'échafaud, d autres se sont enfuis à Tétranger. Ceux qui restent, peu nombreux, communiquent difficilement avec leurs évêques. Us sont souvent sans instructions et sans possibilité d'en demander et il leur faut prendre des décisions promptes. Aussi n'est-il pas rare qu'ils se divisent, les uns autorisent les déclarations de soumission, le culte public, les autres les interdisent. L'évêque intervient généralement trop tard et son intervention augmente d'ordinaire les divisions. Pour se faire obéir, il est réduit à employer les grands moyens, il révoque ses grands vicaires récalcitrants et les remplace par d'autres, qu'il choisit mal et qui n'ont aucune autorité sur leur clergé K
Les évêques meurent l'un après l'autre dans l'exil. Ils étaient 131 en 1791, ils ne sont plus que 81 en 1802 Qui administrera les diocèses vacants? D'après les canons, ce sont les chanoines qui doivent nommer les vicaires capitulaires. Mais les chanoines sont dispersés, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre, en Suisse, en Italie, en France. A défaut des chanoines, c'est l'évêque métropolitain ou le plus ancien évêque voisin qui pourvoit à l'administration du diocèse. Si la vacance se prolonge, c'est le pape ou son internonce qui nomme un vicaire apostolique. Mais il arrive plus d'une fois que le pape, ni les
1. L'évêque de Luçon, l'archevêque de Bourges révoquèrent les pouvoirs de leurs vicaires généraux. (Sicard, Ancien clergé de France, t. III, p. 467.) L'évêque de Lombez destitua trois de ses vicaires généraux sur quatre. (Paul Gabent, Les illuminés ou anticoncordataires de Vancien diocèse de Lombez, Auch, imp. centrale, 1906, p. 48 et suiv.)
métropolitains, ni les chanoines ne s'entendent, et c'est le gâchis.
Le diocèse de Lyon, où les missions avaient reçu une organisation remarquable, n'échappa pas, cependant, à l'anarchie régnante. Après la Terreur, de tous les viciaires généraux de M. de Marbeuf, Linsolas était le seul encore en fonctions. Les autres avaient été guillotinés ou avaient disparu. Marbeuf reconstitua le conseil épiscopal. Tout alla bien jusqu'en 1797. A ce moment, Marbeuf mourut. Les pouvoirs des grands vicaires expirèrent ipso facto. Linsolas se mit à la recherche des membres de l'ancien chapitre. Trois de ceux-ci se réunirent et confirmèrent les pouvoirs des anciens vicaires généraux qui devinrent aussi vicaires capitulaires. Mais, en 1800, le doyen des chanoines, M. de Rully, revint de l'étranger. Comme il ne partageait pas les idées de Linsolas, il convoqua à nouveau le chapitre qui cassa et remplaça trois vicaires capitulaires. Les vicaires destitués continuèrent cependant à exercer leur juridiction. Puis, le chanoine Henri de Cordon revint à son tour de l'étranger. Imitant le doyen, il convoqua aussi le chapitre et fit annuler les résolutions prises dans les précédentes réunions. Mais, sur ces entrefaites, les vicaires capitulaires révoqués, qu'on rétablissait en fonctions, s'étaient adressés au conclave alors assemblé à Venise pour l'élection de Pie VIL Les trois cardinaux chargés de l'administration de l'Éghse pendant la vacance du Saint-Siège annulèrent par décret les actes du chapitre de Lyon *