‹ La révolution et l'égliseChapitre 80 sur 92 · Cattin, p · texte numérisé non relu

Cattin, p

reposant sur Tautorité. Les deux plus graves conflits furent provoqués par Royer, évêque de Paris, et par Clément, évêque de Versailles. Royer s'était opposé à la tenue du second concile national des constitutionnels, qui se réunit quand même et malgré lui dans sa cathédrale. Quant à Clément, esprit novateur, il avait inauguré dans son diocèse la messe en français, au grand scandale des autres évêques et de Royer en particulier.

L'Église théophilanthropique était la moins hiérarchisée de toutes. Chaque société fonctionnait à sa guise. Seules, les sociétés parisiennes étaient fédérées autour du comité de direction morale, qui était composé des prêtres de Téghse, anciens prêtres mariés pour la plupart, qui s'intitulent dans la théophilanthropie, orateurs ou lecteurs. L'organisation, les cérémonies, l'esprit de l'enseignement variaient avec les localités. A Paris même, il y eut un schisme quand l'association de Saint-Thomas-d'Aquin se détacha du comité de direction.

Ainsi la même cause a produit partout les mêmes effets. La liberté a été un dissolvant pour les nouvelles Églises comme pour les anciennes, mais particulièrement pour les anciennes. L'incrédulité ou tout au moins Tindifférence a fait de grands progrès, surtout dans les villes, dans la bourgeoisie éclairée. Même dans les campagnes, la tactique intransigeante des insoumis a eu pour effet de fermer les églises dans beaucoup de cantons. Dans l'Oise, dans l'Yonne, en Saône-et-Loire, en Indre-et-Loire, le tiers des paroisses est sans prêtres et ne les réclame pas. Le culte ne s'est maintenu que là où la foi existait, là où

les prêtres ont trouvé de quoi vivre. S'il est vrai que, dans un sens, la liberté a porté préjudice à TÉglise en restreignant son champ d'action, il n'est pas moins vrai que, dans un autre sens, elle lui a été salutaire, car elle a été pour elle un principe de vie et de régénération. La foi est peut-être moins répandue en surface qu'autrefois, mais elle Test davantage en profondeur, elle est plus sincère, plus agissante. En un mot, la liberté a réveillé le sentiment religieux chez les uns comme elle a émancipé les autres. Toutes les consciences ont ainsi trouvé de quoi se satisfaire.

Les croyants ardents ont réchauffé leur mysticisme dans les oratoires secrets des prêtres insoumis. Les croyants rassis sont entrés en masse dans les églises des réfractaires soumissionnaires. Les patriotes, encore imbus de christianisme, sont allés écouter les prêtres constitutionnels. Les bourgeois déistes se sont donné rendez- vous autour des autels des théophilantropes. Les indifférents et les athées ont pu en toute tranquillité s'abstenir de toute pratique cultuelle. Les prêtres, pour vivre, ont dû accepter les conditions de leurs fidèles et subir jusqu'à un certain point leur contrôle. La société religieuse et la société civile se sont rapprochées. Comme dans la période héroïque du christianisme, on a vu des prêtres travailler pour vivre. La paix publique, en somme, n'a pas été gravement compromise. Plus le régime dure, plus il se consolide, plus on s'y habitue. En somme, la Convention thermidorienne avait été bien inspirée en donnant aux différents cultes la liberté, mais rien que la liberté. Cet exemple pourrait servir de leçon

aux gouvernements placés dans des circonstances analogues, mais il est malheureusement trop vrai que les hommes politiques qui, d'ordinaire, ignorent rhistoire, ne cherchent que rarement à profiter de ses enseignements.

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