‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 105 sur 131 · VÉRITÉS COMMUNES AU CATHOLICISME ET A LA RELIGION NATURELLE · texte numérisé non relu

VÉRITÉS COMMUNES AU CATHOLICISME ET A LA RELIGION NATURELLE

Ce qu'on appelle religion naturelle consiste, on le sait, en un ensemble de principes, affirmés par l'esprit humain, réduit à ses propres lumières, sur Dieu et les rapports de l'homme avec Dieu. Nous sommes de ceux qui pensent, avec Descartes, avec tous les grands docteurs chrétiens ses disciples, et un grand nombre de philosophes rationalistes, que l'esprit humain, privé du secours de la révélation, et à l'aide de ses seules facultés naturelles, peut atteindre avec certitude ces vérités premières dont l'ensemble forme la religion naturelle. Mais, en fait, dans tous les siècles et dans tous les lieux de la terre, les solutions les plus diverses et les

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plus contradictoires ont été données à ces questions ; de sorte que si Ton veut demander un programme de religion naturelle aux écoles philosophiques, chacune d'elles fournira le sien, différent de celui des autres ; et même le programme de certaines écoles sera complètement négatif, ces écoles répudiant tout ordre infini et divin, pour n'admettre d'autre réalité que l'homme et la nature.

En définitive donc, c'est moins par un ensemble de solutions que par un ensemble de questions, qu'il faut désigner les objets compris dans ce mot : religion naturelle.

Quoi qu'il en soit, ces questions sont résolues dans un certain sens par la métaphysique, chrétienne ; et elles le sont dans le même sens par la plupart des philosophes spiritualistes modernes. Cette doctrine commune à ces écoles rationalistes et au christianisme, se résume en ces vérités capitales : l'existence d'un Dieu unique, infini, parfait, tout-puissant, créateur et providence ; la spiritualité et l'immortalité de l'âme ; le libre arbitre ; la responsabilité qui en résulte ; la subordination de l'être créé à l'être éternel et absolu ; le devoir pour l'être libre d'accomplir volontairement les lois assignées par Dieu à sa destinée ; une vie future où les méchants seront punis et les bons récompensés.

§ l^r. — Est-ce la prolèanon de ces ▼érités qu'on reproclfte aux oaiholîqœs, aa nom dn droit moderne ?

Est-ce la profession de ces vérités que les représentants du droit moderne entendent reprocher aux catholiques?

Nous savons qu'il est de prétendus progressistes et révolutionnaires qui ont été jusque-là. A leurs yeux, le premier tyran, c'est Dieu; on n'aura pas extirpé des sociétés humaines la racine de la tyrannie, tant qu'on n'aura pas arraché de l'esprit humain l'idée de Dieu. Cependant, la plupart des écoles positivistes, si en faveur dans la génération présente, ne vont pas jusqu'à cette exclusion. S'en tenant au degré du doute quant à la réalité objective de l'être divin, elles déclarent seulement, au nom de leur méthode scientifique, l'idée de Dieu inutile pour trouver l'ensemble des lois de l'histoire aussi bien que des lois de la nature, -et pour en fournir l'explication rationnelle. Elles affirment, par conséquent, que l'homme social peut s'en passer pour poser les bases politiques et morales de son édifice. Mais elles ne vont pas jusqu'à dire que ceux qui admettent l'idée de Dieu et les vérités religieuses qui en découlent, ne peuvent logiquement former entre eux une véritable société démocratique.

Lorsque les philosophes spiritualistes et

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déistes, tels que M. Jules Simon, se sont, comme citoyens, déclarés les partisans du droit démocratique et de toutes les libertés civiles, nous ne voyons pas qu'on leur ait opposé leur croyance en Dieu, en l'immortalité de Tâme et en l'œuvre réparatrice de la justice après la mort.

Si cette attaque se fût produite, les spiritualistes et déistes ne se seraient pas contentés de rester sur la défensive; ils auraient renvoyé l'attaque, et tâché de démontrer que, supprimer l'idée de Dieu et ses conséquences morales, c'est compromettre tout ordre social, et particulièrement l'ordre démocratique, par c^ motif que, plus l'individu est libre et maître de ses actes, plus il a besoin de trouver en Dieu le lest moral.

Il est manifeste que, placer la question politique sur ce terrain, c'eût été la rendre insoluble. Que les écoles la débattent entre elles dans les régions de la théorie, c'est leur droit; et il est naturel que chaque école philosophique trouve sa doctrine sur Dieu et sur l'homme, la plus favorable aux progrès des sociétés. Mais, transporter le débat dans la pratique c'est à dire s'exclure les uns les autres de la phalange démocratique, se déclarer mutuellement hors du droit moderne, au nom de tel système ou de tel autre, ce serait le comble de la déraison. A ce compte, chacun faisant à son tour ses éliminations, il finirait par ne plus rester debout un seul représentant de la vérité démocratique •

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§ 2. -^ %aUté dan* la Uberté

Heureusement que, sur le terrain pratique, ce n'est pas ainsi que s'est engagé le débat. C'est précisément un des effets, et le plus impartant, du principe libéral de la démocratie moderne, que chacun se présente dans le forum avec un droit égal à celui des autres, abstraction faite de ses croyances philosophiques ou religieuses. A celui qui lui demanderait, comme pour le soumettre à un contrôle démocratique : « Que pensez-vous sur Dieu, sur l'âme, sur une vie future? » Il répondrait : « Qui êtes vous pour vous immiscer dans les choses de ma conscience? et à quel titre vous faites-vous juge de la corrélation que mes croyances sur cas questions peuvent avoir avec mes actes de citoyen? Je suis ici pour faire la loi civile, de concert avec vous, et pour l'exécuter comme vous. Sur cet objet de nos communs intérêts personnels, je suis prêt à vous exposer les motifs de mes résolutions, aussi bien qu'à peser les vôtres. Quant au reste, ce n'est pas ici, sur le champ de la politique, que vous devez m'interroger et que j'ai à vous répondre. C'est hors du forum que nous pourrons ouvrir nos controverses sur ces sujets philosophiques et religieux. »

Et ce régime de liberté a cet avantage que cette réponse « cela ne vous regarde pas î» faite

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à quiconque s enquiert des idées religieuses du citoyen, met dans une situation égale, sur le terrain temporel, celui qui nie Dieu et celui qui laffirme, par ce motif fort simple que l'un autant que l'autre a le droit de fermer la bouche à l'interlocuteur, soit simple individu, soit représentant du pouvoir social.

Nous sommes ramenés, on le voit, à la distinction de Tordre temporel et de Tordre religieux. Chacun y trouve un fondement inébranlable à l'indépendance de ses doctrines, à l'inviolabilité de sa foi. C'est le seul point que nous ayons à faire ressortir dans ce traité.

Ailleurs, laissant le christianisme en dehors du débat, nous comptons reprendre l'idée de Dieu et les vérités religieuses de Tordre naturel, et rechercher quel est leur rôle dans la constitution des lois morales et dans la vie des sociétés humaines. Ici, c'est le christianisme, et plus particulièrement le catholicisme qui sont en cause devant le droit moderne. 11 ne faut pas oublier que ce livre serait sans objet, si les reproches qu'on adresse au christianisme et à l'Eglise, n'étaient autres que ceux qu'on adresse aux purs déistes. Nous devons donc, au point de vue du droit démocratique, supposer hors de contestation les principes qu'on a coutume de désigner sous le nom de religion naturelle ; et ne nous occuper que de ce que le christianisme et particulièrement le catholicisme y ajoutent.

âîO LA BÉVOLUTION ET L'ÉGLISE.

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