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CHAPITRE II

DOCTRINE PROPRE AU CHRISTIANISME § 1^. — Potitîon de la question

Toute réconomie de la doctrine chrétienne repose sur le fait de la déchéance originelle et de la mystérieuse solidarité de tous les membres de la race humaine. Tous le reste en découle : l'attente et lavénement du Messie rédempteur ; l'union, dans la personne du Christ, de la nature humaine et de la nature divine pour opérer l'œuvre de la réconciliation de l'homme avec Dieu ; le sacrifice suprême de la croix ; la perpétuité de ce sacrifice et de cette réparation dans le culte sacramentel de l'Eglise : imaginations puériles aux yeux du monde ; réalités sublimes aux yeux des croyants.

Il est entendu que nous n'avons pas , ici , à examiner cette doctrine en elle-même. Nous la prenons telle qu'elle, ayant à la faire comparaître devant le droit démocratique. Nous constatons que le dogme de la déchéance en est le fondement, et qu'on a raison d'y chercher avant tout l'esprit qui la caractérise. Que les Évangiles aient gardé le silence sur ce fait primordial ; que quelques exégètes en aient induit

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que Jésus l'a mis en dehors de son œuvre messianique, cela est également étranger à notre sujet. Il nous suffit qu'en fait, les chrétiens, aussi bien ceux qui ont fondé l'Eglise, que ceux qui vivent en dehors de son unité, aient vu dans le Christ le Messie annoncé par les Écritures, et, avec toute la tradition mosaïque, rattaché sa vie, son enseignement, son sacrifice expiatoire, à l'antique drame de l'Eden.

Ce dogme de la déchéance, admis par tous les chrétiens, comme le fondement de leur doctrine, est-il en contradiction avec le droit démocratique? Voilà la question que nous avons à résoudre.

Nous pourrions là-dessus, ainsi que nous l'avons fait pour l'ensemble des principes appelés religion naturelle, nous contenter de répondre que, les objections relatives à ce dogme atteignant tous les chrétiens aussi bien que les catholiques, il n'est pas juste que ces der^iiers^ aient seuls à s'en défendre, quand personne n'attaque à cet endroit les chrétiens dissidents. En effet, ces chrétiens dissidents . de toute, nuance, croyant tous pourtant à la déchéance originelle, a-t-on jamais songé à leur dire : « Admettant ce dogme, vous ne pouvez être de vrais démocrates ». La question est-elle posée ainsi en Amérique? L'est-elle en Suisse? Chez ces peuples, en môme temps si chrétiens et si démocrates, déclare-t-on leur foi religieuse

în LA nÉVOLOTlON ET LtGLISB.

&n contradiction avec leurs principes politiques?

Non, la pensée ne pouvait venir que le christianisme était inconciliable avec la démocratie. On savait trop que c'est au principe, essentiel- ,};ement dirétien^ de la fraternité des hommes en Dieu, que le monde moderne doit l'égalité civile et politique. Et Ton n'a pas cru que le dogme de la déchéance fût la négation de ce principe et annihilât son action sociale. Si on ne l'a pas cru pour les chrétiens dissidents, on ne peut sans injustice le croire pour les catholiques dont la doctrine^ sur ce point, leur est commune avec tous les chrétiens.

Mais nous ne nous en tiendrons pas à cette fin de non*recevair. Nous voulons examiner ce qu'est en réalité ce dogme de la déchéance , au point de vue de ses effets temporels, et rechercher s'il n'est pas en opposition ayec le droit démocratique, avec la liberté humaine, l'égalité civile et le progrès social.

% %, — Le dogme de la déohéance origàieUe. — EzagéMiîoiis

Nous n'ignorons pas toutes les exagérations qui ont été imaginées à ce sujet, et les consé^ quences désastreuses que des esprits sombres et excessifs ont tirées de ce dogme mal compris. Nous savons* ce que deviendraient les sociétés entre les mains d'une certaine école^ qu'ailleurs

^ LÀ DOGT. DE J.taUSE NON ANTIPËMOGRAT. m

nous avons appelée Yécole du désespoir. Oui r;ertes, le mal est sur la terre, à côté du bien, et du sem de la race humaine s'élève une plainte aussi profonde et aussi constante que celle de l'océan. Mais réduire cette terre à une vallée de larmes, où les hommes n ont autre chose à faire qu'à gémir, le front dans la poussière, sans nul souci de leurs destinées temporelles, c'est se placer en dehors des réalités de la nature, aussi bien que des réalités de l'histoire. Avec de pareilles doctrines, on fait des pénitents et des solitaires, on ne fonde pas d'œuvre sociale féconde et durable, le fondateur s'appelât-il Savonarole, et les principes de la plus pure démocratie fussent-ils à la base de l'édifice.

Pour être juste, il faut reconnaître que ce n'est pas seulement parmi les catholiques que se sont produites ces théories décourageantes et ces stériles applications des énergies de l'esprit et du cœur. Quelques sectes protestantes ont renchéri encore, si c'est possible, en ne voyant dans l'homme déchu qu'un amas de corruption^ en lui refusant toute part de mérite dans l'œuvre de la rédemption, annihilant ainsi l'initiative individuelle, ôt livrant en quelque sorte un être passif à l'action de la grâce.

Heureusement que la doctrine chrétienne était plus forte que les hommes, et assez riche, pour que ceux qui la gardaient, môme en partie, gagnassent d'un côté ce qu'ils perdaient de l'autre.

ÎHi U REVOLUTION ET L'EGLISE.

Quelles que fussent les théories des dissidents sur les conséquences de la chute et sur les effets de la grâce, ce qu'ils n'oubliaient pas, c'est que le christianisme était surtout et au fond une émancipation, la plus grande, la plus radicale de toutes, l'émancipation de la conscience. Bien qu'ils ne vissent pas clairement le caractère politique de cette émancipation, la croyant dirigée contre le principe même de l'autorité religieuse, quand elle ne l'était que contre l'omnipotence des pouvoirs humains, ce sentiment, même désordonné, du droit individuel et de la liberté chrétienne suffisait.pour élever les âmes, pour susciter en elles des énergies souveraines, et rendre ainsi sans danger, dans l'œuvre sociale, les exagérations dogmatiques de la déchéance originelle.

Quant aux catholiques, leurs aberrations avaient leur contre-poids dans la sagesse de l'Eglise et la sûreté de ses aflSrmations doctrinales. Gardienne de cette vérité fondamentale, l'Eglise l'a préservée des altérations dont la menaçaient, soit la fausse métaphysique des dissidents, soit la foi aveugle et le fanatisme des orthodoxes. Si le clergé catholique a eu trop souvent sur les populations qu'il dominait une influence énervante et antiprogressive, il ne faut pas en attribuer la cause au dogme essentiellement chrétien de la déchéance, mais à la situation temporelle que s'était faite le clergé

LÀ DOCT. DE L'ÉGLISE NON ANTIDËMOGRÂT. fîS

par ses alliances déplorables avec les pouvoirs de la terre.

§ 8. — Ce dog;ine, ^*eft-U au fond?

Qu'est-ce donc que ce dogme de la chute, réduit à sa simplicité, tel qu il est admis par l'orthodoxie catholique ; et qUels effets sociaux entrain e-t-il?

Au fond de ce redoutable problème, restera toujours un mystère insondable. Quel était l'état primitif de l'homme, innocent devant Dieu, innocent devant sa compagne? Qu'était-ce que cette vie édénique, ou l'être libre, en paix avec lui-même, en paix avec la nature qu'il dominait, en paix avec son auteur dont il adorait la toute-puissance, s'épanouissait dans la plénitude de ses facultés et de son amour? Quelle fut la limite unique qu'il convint à Dieu de poser à la liberté de l'homme, comme épreuve de sa fidélité, comme condition de sa félicité parfaite? Que signifie cet arbre de vie qui rend immortel, et cet arbre de la science du bien et du mal, dont le fruit donne la mort, cibum cujusdam alHoris significatiotiis, selon la parole de saint Augustin?

Les mille hypothèses qui ont été proposées, pas plus que les explications personnelles que nous essaierions d'y ajouter, ne feraient la lumière sur ces faits, que l'histoire ne peut at-

2ifi U RÉVOLUTION ET |,'ÉGUSE.

teindre^ et qui mettent au point de départ du genre humaine le plus grand de tous les .mystères, mais sans lesquels, suivant Pascal, l'histoire de l'humanité serait un mystère plus grand encore. Ces hypothèses d'ailleurs sont inutiles à notre sujet, ayant moins à rendre compte des circonstances qui ont entouré et déterminé la chute originelle, que des effets que cette chute a produits dans la nature intime jde l'homme et dans les conditions de son existence terrestre.

Qu'y a-t-il à la racine de cette croyance des chrétiens? Un commandement suivi d'une désobéissance, et comme résultat une perturbation profonde dans les destinées de l'homme. Nous disons dans ses destinées et non dans sa nature. Tout à l'heure ce point sera expliqué. Toujours est-il que des effets aussi graves et aussi décisifs supposent que le commandement divin était capital, et la désobéissance de l'homme la violation de la loi suprême de l'être libre mais créé. Sans nous plonger dans des études ontologiques qui, ailleurs, trouveront mieux leur place, quelques mots doivent donner une idée de cette situation de l'homme, où, sortant des mains de son auteur, il prend possession de lui-même, et, créature intelligente et libre, il se fait volontairement sa destinée.

L'homme est doué de raison et de liberté ; voilà son essence; c'est par là qu'il est sem-

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blable à Dieu. Mais, l'être, il le tient de Dieu, quand Dieu seul ^5^ parce qu il ^5^ Tenant de Dieu l'être, et par conséquent les éléments constitutifs de sa nature, il est responsable envers Dieu de l'usage qu'il fera de sa faculté radicale, la liberté. Cette responsabilité est le lien de subordination de l'être libre mais créé envers l'auteur des êtres. De la part des créatures non douées d'intelligence et de liberté, leur subordination, étant inconsciente, ne détermine qu'une obéissance purement mécanique. L'être intelligent ayant conscience de sa subordination parce qu'il se sait un être contingent, et de sa responsabilité parce qu'il se sait un être libre, doit à Dieu une soumission intention^ nelle.

Cet acte intime de l'être libre, qui s'incline volontairement devant Dieu, est un acte de reconnaissance et d'amour. Libre, il peut refuser cet hommage, se replier sur lui-même et dire : « je me suffis dans ma pensée et dans ma volonté ; » il le peut ; c'est la marque de sa nature exceptionnelle, c'est le cachet de cette faculté souveraine qui fait à l'être doué de raison une place à part dans la création ; il le peut, mais en le faisant il s'isole ; et en s'isolant, en ne rendant compte qu'à lui-même de ses actes, il répudie le plus noble côté de sa destinée, qui est de s'unir à celui en qui réside toute vérité, toute beauté, toute bonté. Il est fait pour pos-

séder Dieu, mais cette union doit être volontaire ; elle s'accomplit par le mouvement spontané de son esprit qui reconnaît en Dieu sa loi suprême, de son cœur qui sent que dans cette union est le souverain bien.

§ 4. — L'être mtellîgent et libre, dans la toéne de TEden

Ces vérités, contenues dans la notion purement rationnelle de l'être intelligent et libre, forme le fond de la grande' scène de TEden. Voilà l'homme, se possédant dans la conscience de sa liberté. Cette liberté étant son essence même, rien ne l'en dépouillera ; il peut en user en subordonnant sa volonté à celle de Dieu, ou en affranchissant sa volonté de cette dépendance. De son choix va dépendre sa destinée : avec Dieu, librement choisi, il vivra de sa vie supérieure , puisant dans ce commerce divin une force permanente qui empêchera les défaillances de sa volonté ; sans Dieu il restera avec ses facultés natives, toujours libre, mais réduit à l'imperfection de son être, sujet à toutes les défaillances et soumis à toutes les conséquences de ses fausses déterminations.

Ici se présentent les précisions du récit biblique, qui ne sortent pas de l'esprit de cette donnée. Cette vie supérieure de l'homme en Dieu, le livre sacré l'appelle une vie surnaturelle ^ en ce qu'elle ajoute aux facultés natives de l'homme

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une puissance qui les tient dans un parfait équilibre et qui rend l'homme immortel. Cette vie surnaturelle complète la ressemblance derhomme avec Dieu, et consomme l'œuvre créatrice en réalisant cette suprême merveille : l'union libre de l'esprit fini avec l'être infini ; harmonie morale par l'amour, couronnant et illuminant l'harmonie mécanique du monde visible.

Quelle grandeur que celle de l'homme! Dieu attend de lui, en quelque sorte, le dernier mot de la création ; un acte de sa volonté va créer l'ordre moral, ou mettre à néant le plan sublime du Créateur. Cet acte décisif et souverain, nou$ l'avons dit, c'est l'attitude que* l'homme prendra vis-à-vis de Dieu. C'est là qu'a dû se trouver l'épreuve de sa volonté et la condition de sa vie surnaturelle en Dieu. L'épreuve de sa volonté ne pouvait être qu'un commandement divin, et la condition de sa vie en Dieu, son obéissance. Peu importe l'objet du commandement, pourvu qu'il vienne de Dieu. Dieu pose la loi; il suffit. Toucher à Yarbre de la science du bien et du maU c'est refuser à Dieu la soumission de la volonté ; c'est la révolte de l'intelligence finie contre l'intelligence infinie ; c'est la séparation volontaire de l'être libre d'avec Dieu ; c'est l'abolition de la vie surnaturelle y la vie en Dieu.

Le motif de la désobéissance de TEden en manifeste clairement le sens intime et lui imprime le caractère d'une révolte radicale : Nous

^ U RÉVOLUTION ET lïGlWE.

serom semblables à des dieux. C'est 1 être libre, ainsi que nous lavons dit plus haut, qui, au lieu de s'incliner devant celui de qui il tient la liberté, veut agir comme s'il avait en lui sa raison d'être, et ne rendre compte qu'à lui-môme de ses déterminations. Il est le maître, nous le répétons, de se créer cette situation, puisqu'il est libre; mais il subira les conséquences de cet isolement dont il est l'auteur.

§ A. ^ Contéqucnqef d^ la déchéanoe

Ces conséquences, quelles sont-elles aux yeux des chrétiens? Elles se résument en un mot : La vie surnaturelle a été répudiée ; la vie natu* relie demeure.

Ainsi, nulle altération essentielle ne 8 est opérée dans la nature de l'homme. L'homme est au fond ce qu'il était, un être raisonnable, c'est à dire intelligent et libre. Seulement, ayant voulu être son maître, il s'est privé de l'assistance divine dans l'usage de ses facultés. D'où, deux ordres de conséquences :

Sa révolte l'a isolé de l'ordre divin qui est le but élevé de sa pensée et l'immense besoin de son cœur. Depuis sa chute, sa destination reste la même, son aspiration la même : contempler la vérité absolue et l'ordre éternel en celui qui en est l'expression vivante. Mais son état de décbéaiice, en le réduisant aux puissances bor-

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nées de ses facultés natiirelleSy lé met dans l'iinpassibilité d atteindre à ce but sui*naturel de ses instincts supérieurs ; à moins que Dieu, le relevant de sa d^radation morale^ ne se donne de nouveau à lui^ Telle est la doctrine chrétienne.

Quant aux effets temporels de la chute, la doctrine est analogue. Au fond, Thomme reste complet dans les éléments constitutifs de son être : la raison, la liberté, la sociabilité. Lia déchéance ne supprime aucune de ses facultés natives, aucun de ses droits, aucun de ses devoirs. Quand l'homme d'État cherche rationnellement les principes premiers et inaliénables des sociétés humainesdans la nature de l'homme, il a l'homme tel qu'il a été créé primitivement, sans que la chute ait ajouté ou retranché un élément quelconque à sa nature (1).

Quels sont donc les effets temporels de la déchéance? Sont-ils nuls? Non^ certes.

Privé de la force surhumaine, qu'il eût puisée dans son union avec Dieu, l'homme est réduit aux conditions d'imperfection et de faiblesse de

(1) Saint Thomas enseigne qne : rien de ce qui est naturel à Thomme n'a été ni ajouté ni retranché par le péché. (Somme ikéoL, l^* partie, q. xoyiii et xcix. — Le P. Ferrone professe cette même doctrine : que la déchéance originelle n'a rien changé quant « aux qualités essentielles et propres à la nature humaine. • Ffalectiones theologicœ^ de Léo creatore, pag. nï, chap. il, flo 3e7.— Voye^ aussi deux articles de M. Tabbé J. Th. Loyson, dan» la&OK» mùâeeM des 2& nuttU et 10 sepUmbud 186S..

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toute chose finie. Dans les éléments matériels de son être, il est sujet à la corruption, et à la mort ; cette première sanction lui avait été annoncée : « Si tu touches au fruit défendu, tu mourras, morte morieris. Dans 1 élément moral de son être, intelligent mais bbrné, il sera sujet à toutes les aberrations de la pensée; libre mais peccable, à toutes les défaillances de la volonté; sociable mais enflé de lui-même, aux égarements de Fintérét propre, à l'abus égoïste de son droit, à l'oubli de ses devoirs envers les autres.

De plus, sa révolte envers Dieu et la séparation qui s'en est suivie n'ayant pas supprimé son irrésistible besoin de s'élever vers l'ordre divin, il substituera au culte du vrai Dieu des superstitions puériles ou grossières, selon le caprice de sa pensée. Et comme les croyances religieuses ont une influence capitale sur la vie temporelle des sociétés, son ignorance et ses erreurs en religion entraîneront falalement des désordres sociaux.

Mais c'est surtout en lui-môme, dans l'intimité de son être, que l'homme subira les conséquences de son divorce avec Dieu. Ce divorce ayant eu pour cause une révolte de l'être libre contre la loi vivante, l'esprit de révolte se continue dans l'homme, donne une malice à son intention, et, par là, vicie sa volonté. Et comme, d'autre party subsistent en lui ses facultés natives ^

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le besoin impérissable de la vérité et le sens moral, il en résulte une lutte intime et permanente entre ses bons et ses mauvais instincts ; par son fait, la division Qt le désordre sont au dedans de lui, comme ils sont hors de lui.

Nous savons ce que vaut, aux yeux des penseurs modernes, cette métaphysique chrétienne qui a suffi aux saint Augustin, aux Bossuet et aux Fénelon ; ce n'est pas sans étonnement qu'ils la rencontrent sous la plume de ceux-là mêmes qui prétendent garder fidèlement et intégralement les principes du droit démocratique. Et pourtant,, si l'on y regarde de près, sans préventions.et sans préjugés, qu'y a-t-il, dans les considérations qui précédent, que n'avouerait pas la pure philosophie ?

§ 6. — En fait, chrétiens et ratlonalîftet se trauvent en faoe

du naême homme imparfait.

Qu'on écarte ces mots empruntés à la langue théologique, mais étrangers à la science, vie surnaturelle, déchéance originelle, chrétiens et libres penseurs ne se trouvent-ils pas en présence des mêmes faits psychologiques et des mêmes faits historiques? Pour les uns et pour les autres, l'état réel de l'homme, être individuel ou être" collectif, n'est-il pas tel que nous l'avons montré, avec ses bons et ses mauvais instincts, en lutte dans son propre cœur avec lui-même,,

en lutte au dehors avec Tordre divin et l'ordre humain? Quand Pascal décrit en ternies sublimes ces grandeurs et ces misères de Thomme, n est-ce pas le philosophe qui parle, autant que le chrétien? Et quand Fourier, au nom du pur rationalisme, énumère les facultés naturelles de rhomme, ou passions, et les déclare bonnes, puis, qu'ilappelle récurrences les déviations mauvaises de ces facultés, que fait-il autre chose que constater la réalité de cet antagonisme dans le passé et dans le présent?

Quel que soit le problème de lorigine du mal sur la terre, personne, hélas ! ne peut nier qu'il y existe ; qu il y existe dans là société et dans Tindividu. Tous les systèmes de gouvernement, toutes les théories politiques, imaginés en vue du progrès social, n'ont pour but que de combattre ce mal, d'en atténuer les effets, de rétablir dans les rapports entre les hommes les lois de la justice distributive.

Assurément, l'idée qu'on se fera sur Torigine du mal dans l'humanité devra influer sur la nature des moyens adoptés pour le combattre. Ainsi, ceux qui croient que la cause unique du mal est dans la mauvaise organisation de la société, se persuaderont que toute la science sociale et tout l'art de gouverner consistent à déterminer mécaniquement les conditions normales de la vie sociale^ qu'une fois ces conditions découvertes et réalisées, l'individu placé

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