‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 108 sur 131 · LA DOCT. DE L'ÉGLISE NON ANTIDÉMOCRAT · texte numérisé non relu

LA DOCT. DE L'ÉGLISE NON ANTIDÉMOCRAT

liberté, c'est supposer Dieu, ainsi que le grand moraliste Kant l'a démontré par sa savante et lumineuse analyse de la raison pratique.

Si donc il n'est pas possible de concevoir l'être fini et libre sans la lutte intime entre ses facultés, si pour y maintenir quelque équilibre, dans une mesure quelconque, il faut une action de la raison qui détermine l'eflfort de la volonté, n'est-ce pas avant tout cette raison et cette volonté qu'il faut placer dans de bonnes conditions, en éclairant la première et agissant moralement sur la seconde?

A ce point de vue, on le voit, c'est dans l'homme lui-même que l'on commence par attaquer le mal, comme à sa source première, avec la conviction que toute combinaison sociale, même la plus rationnelle, serait vaine, si les moyens moraux n'agissaient pas d'abord et intimement sur l'individu. Celan'empêcherapasdepoursuivre avec ardeur l'œuvre scientifique du perfectionnement des combinaisons politiques, économiques et sociales.

§ 8. — L'esprît libéral de la philosophie chrétienne

Or la philosophie chrétienne ne tient pas un autre langage, même quand elle enseigne, avec toutes les religions, et, nous pouvons le dire, avec l'instinct de toutes les sociétés humaines, que, parmi ces moyens moraux d'agir sur le

sas U RÉVOLUTION ET L*ËGLISB.

sens intime de l'individu, la religion est lepremier et le plus efficace.

Le dogme de la chute» en eflfet, ne sort en aucune façon de cette donnée essentiellement philosophique. Il laisse intactes toutes ces notions : de liberté» de raison, de lutte entre les facultés de Vhomme, de sa volonté boiteuse, et de l'effort moral nécessaire pour la redresser. Ce qu'il ajoute, nous l'avous déjà dit, c'est que, sortant des mains de Dieu, l'homme avait, dans l'exercice de sa liberté, l'assistance divine ; que cette assistance, joignant aux facultés naturelles de l'homme l'action de Dieu sur sa volonté, élevait l'homme à une sorte de vie surnaturelle, où l'état d'innocence était maintenu par la droiture constante de la volonté ; que la seule condition de ce secours divin, c'était que l'homme, pénétré de reconnaissance, en confessât l'utilité et la gratuité, et fît acte de subordination volontaire envers l'auteur de son être ; qu'à ce prix, l'œuvre créatrice eût été consommée par l'union intime et permanente de l'homme avec Dieu, commerce sympathique de paternité et de filiation ; de telle sorte que Dieu fût pour l'homme, non l'auteur abstrait, impassible et insaisissable, de son être, mais un père vivant, présent, secourable et par conséquent objet de son adoration et de son amour.

La condition de ce commerce divin et de cette assistance divine, l'homme ne l'a pas observée ;

LA DOGT. DE LnÊGLISB NON ANTIDÉHOGRAT. tSd

au lieu de se soumettre volontairement et humblement à cette paternelle impulsion, il a prétandu se suffire à lui-même ; il a cru faire acte d'indépendance et de virilité en disant : « Je marcherai dans ma liberté et dans ma force, n Ce n'est pas autre chose que ce que fait l'homme moderne, lorsque, dans sa prétendue science et dans sa fausse indépendance, il sourit de dédain devant la puérile conception d'un Dieu personnel, créateur et providence, et dit : « Que les esprits faibles cherchent en Dieu un point d'appui et une assistance morale; moi, je trouve dans la contemplation de mon être , les lois de ma vie individuelle et de ma vie sociale, et, dans ma volonté, la puissance de les accomplir; je n'ai pas besoin de Dieu. »

§ 9. — Le chrûlMninne laiite intaotef ToBUTre toîentifique

et l'cBiivre looiale.

Oui, quand l'homme a dit :« Je n'ai pas besoin de Dieu » il a opéré une séparation volontaire ; il n'a pas changé les éléments de sa nature ; il n'a pas changé le but primordial de sa destinée, soit en ce monde, soit au delà; mais il a changé les conditions de son existence. Voulant marcher seul, il est resté avec ses facultés bornées et ses imperfections naturelles; mais, nous le répétons, et c'est là l'essentiel, il est resté tout en-

tier, quant à ses éléments constitutifs, et. quant aux lois de sa destinée.

Pour nous en tenir à sa destinée terrestre, à sa vie sociale, puisque c'est là que le christianisme rencontre les contradictions du rationalisme, les chrétiens, aussi bien que les libres penseurs, prennent l'homme tel qu'il est dans sa nature propre. Faisant, les uns et les autres, abstraction du dogme de la chute, ils ont à étudier par l'observation rationnelle les éléments physiques, intellectuels et moraux qui constituent la personne humaine et qui en font un être social, à déterminer les droits et les devoirs qui en résultent, à en induire les combinaisons politiques et sociales les plus favorables à la satisfaction de ces droits, à l'accomplissement de ces devoirs ; au même titre enfin, ils tâchent, les uns et les autres, de découvrir les lois normales du progrès des sociétés humaines.

Tandis que cette œuvre scientifique s'accomplit, et sans préjudice de tous les etforts purement humains, soit individuels soit collectifs, pour diriger les peuples dans cette voie, le christianisme intervient, il est vrai, tenant ce langage : « Je vous rappelle que, tant que vous vous priverez volontairement de l'assistance divine, votre entreprise sera infiniment plus difficile, sinoïi impossible ; commencez par vous réconcilier avec Dieu, et vos facultés rentreront dans l'ordre; la paix, la justice, la fraternité se-

Page 1