‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 111 sur 131 · II · texte numérisé non relu

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^IC La UÉVOLl'TlON ET LËGLISE.

essence, et non dans l'usage abusif qui en est lait? Ne serait-il pas plus profitable à tous* en même temps que plus juste, de distinguer ces institutions des déviations inintelligentes qu'on leur fait subir? car alors, tous les efforts, qu'on perd aujourd'hui en luttes stériles, seraient tournés vers un but commun : ramener toute institution, soit politique, soit religieuse, à son esprit véritable et à sa légitime destination.

§ 3. — Les |raiîques qu'on a raison de condamner sont Tabua et non l'expretsion tinoére du oatholioûme.

Les reproches qu'on dirige, au nom de là. liberté, de la démocratie, de la dignité humaine, contre les pratiques et l'esprit social du catholicisme, reproches trop fondés, il faut le reconnaître, si Ton s'en tient à l'état présent des populations soumises à cette influence, concernent deux ordres de faits : les rapports du sacerdoce avec les croyants; les rapports hiérarchiques entre les membres du corps sacerdotal.

On voit, d'une part, la conscience du fidèle dans la main du prêtre, et l'âme, tout entière sous ce regard intime et cette direction constante, perdant toute énergie, tout ressort moral. On voit d'autre part, tous les pouvoirs religieux concentrés dans la main d'un seul; les évéques abdiquant en quelque sorte leurs droits antiques

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et vénérables aux pieds du souverain pontife ; le clergé inférieur réduit, vis-à-vis des évêques, à une obéissance passive; et cette centralisation monstrueuse faisant de l'Église un exemple permanent de gouvernement absolu, omnipotent, sans responsabilité et sans contrôle; exemple funeste qui enlève aux catholiques jusqu'au besoin de l'initiative individuelle, et qui, si l'on n'y avise, au lieu d'élever des générations viriles, ne servira qu'à pétrir des âmes pour toutes les servitudes.

Mais ce régime, que les efforts persévérants de trois siècles ont préparé et réalisé dans l'Eglise, cet absolutisme pontifical, cet effacement de l'évêque devant le pape, du simple prêtre devant l'évêque, cette action absorbante et paralysante du prêtre sur le fidèle, cette domination universelle de quelques congrégations dont les chefs, étrangers au mouvement et aux intérêts des sociétés laïques, étrangers à tout sentiment national, sont devenus les organes exclusifs et jaloux du siège apostolique et ses uniques inspirateurs, enfin cette conspiration organisée du parti qui triomphe aujourd'hui dans l'Eglise, contre les aspirations généreuses des peuples... tout cela est-il bien le catholicisme, ce catholicisme si compréhensif, si élastique pendant de longs siècles, qui, on l'oublie trop, a porté dans son sein toutes les nations du monde civilisé?

Cessaient^ils d'être catholiques ces grands esprits et ces grands cœurs que la foi la plus sincère n'empêchait pas de mettre leur dévoûment et leur génie au service de la patrie terrestre? Cessait-elle d'être catholique cette glorieuse Eglise de France qui maintenait fièrement et défendait pied à pied, contre 1^ entreprises théocratiques de la cour romaine, les droits et l'indépendance de la société laïque ? Pascal cessait-il d'être catholique, quand il dénonçait et flagellait l'esprit insidieux, la discipline énervante, l'influence délétère de cette milice redoutable qui préparait l'asservissement universel des âmes par l'effacement des caractères et l'abdication des volontés? Quels cris d'indignation n'eût-il pas fait entendre si, comme nous^ il eût pu voir, dans leur conclusion finale, les effets de ce système qui substitue à l'unité vivante, rayonnante, des esprits affranchis, dans la loi généreuse du Christ, un immense organisme, savamment combiné, mais en quelque sorte automatique, dont un commandement parti du centre fait mouvoir servilement tous les ressorts !

£lst-c6 bien la société des âmes cette association artificielle où les âmes n'ont qu'à s'incliner sous l'impulsion qui leur vient d'en haut? La véritable harmonie spirituelle n'est-elle, pas celle qui résulte du mouvement intime et spontané des esprits, qu'une même conviction et une

LÀ DOGT. m 1 édii^H NON AiNTiDÉMOGRAT. %»

mêm-e TolokCi^é réunit 8oa& un même syiaûibo'le? Et pour q;u une pareille association, qui est alors, très réellement rÉglise du Christ, conserve oe caractère essoBtieUement libéral, ne faat-il pas que tous ses moyens tendent à développer dans les âmes 1-a conscien.ee de leur dignité, Thabitude de se posséder elles-mêmes par ce reciaeillement personnel et intime qui éclaire la raisoû et fortifie la volonté?

§ 3. — la'mftftutîon- oatliolique dléiouméD de son but.

Combien ne faut-il pas déplorer que, jwtr un concours inouï de circonstances, les chefs, de l'Église aient été conduits à retonrner, qu'on nous permette le mot, l'édifice catholique en sens inverse de sa destination. Ceux qui xxnt préparé les voies à cette transformation sont d'autant plus coupables, que tous les moyens d'action, propres à l'institution catholique, étaient originairement et essentiellement destinés à atteindre un l)ut diamétralement opposé.

Le choix des ministres du culte n etait-il pas, dans la primitive Eglise, un moyen constant d<e tenir en éveil la vigilance des chrétiens, d'exciter leur zèle, de les élever moralement par le sentiment de leur responsabilité? Leurs assemblées fréq^uentes où s'agitaient les grands intérêts de rÉgUse, ne donnaient-elles pas au plus humble d'entre les croyants une part d'action

m LA RÉVOLUTION BT L'ÉGLISE.

dans le mouvement général de la société spirituelle? Ne trouye-t-on'pas là les conditions véritables de la vie démocratique?

Un philosophe éminent, et fort convaincu dé l'incompatibilité du catholicisme avec le droit moderne, M. Vacherot, après avoir fait un magnifique tableau de la société spirituelle des premiers chrétiens (1), ajoute : « Voilà en eflfet l'Église primitive avec l'inspiration, la pensée, la science commune, la libre élection, la vie, le mouvement, le bruit, la passion, les luttes, les orages, les tumultes d'une démocratie populaire (2). »»

Sans doute les divers membres de cette société religieuse avaient des droits illégaux et des fonctions distinctes; et la vie démocratique des premiers chrétiens laissait intacte la hiérarchie constitutive dés évêques, des simples prêtres et des fidèles (3). Mais l'élection à tous les degrés

(1) Histoire de V école d^ Alexandrie, t. II, pag. 86.

(2) U Avenir, journal hebdomadaire, n° du 11 nov. 1855,

(3) • La liberté démocratique des premiers siècles ne supprime pas la hiérarchie. Dans TEglise tous les pouvoirs viennent à la fois de Dieu par l'ordination et du peuple par Télection. La république chrétienne n'admet pas de citoyens passifs; c'est, selon Bossuet, • tout un peuple de rois, « et, selon l'apôtre, « un peuple de prêtres-rois. « Laïques, prêtres, évêques, tous y possèdent une autorité et des droits imprescriptibles, mais ces droits ne sont pas égaux. * (Fr. Hubt. L* Avenir, journal hebdomadaire, n» du 2 décembre 1855.)

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faisait de chacun un membre actif de la famille chrétienne et Tassociait au gouvernement de rÉdise.

Si ces conditions de liberté et de vie démocratique ne se retrouvaient pas pleinement dans l'ancienne Eglise de France, ses évêques, du moins, par leur digne attitude vis-à-vis du saint-siége, les simples prêtres par la stabilité de leur fonction et l'inviolabilité de leurs droits, tous par l'esprit national qui les animait, demeuraient un corps vivant et plein de ressort dans toutes ses parties, quoique homogène. « Quelle admirable harmonie, s'écriait récemment un orateur politique, régnait alors dans notre Église !.. . » Mais l'éloquent député ajoutait avec un sentiment de tristesse : « Tout est changé! où est- elle notre vieille Eglise de France? où est-elle notre noble Église gallicane? où sont ces prêtres qu'animait l'aotique esprit national, qui aimaient l'État autant que l'Église ! . . . aujourd'hui ce bel ensemble n'est plus qu'un souvenir, qu'une tradition historique (1).»» « Il est curieux, dit M. Renan, d'étudier, dans toute l'histoire de l'Église, cette marche constante de la démocratie la plus parfaite, qui fut le régime de la plupart des Églises primitives, à l'oligarchie épiscopale, et, de là, à la monar-

(1) Difloours de M . Emilb OiiLI vibr au Corps l^^islatif , séance du 11 juillet 1868.

in U MYOLUTION ST itGliSB.

chte papule»; de. voir comment l'autorité centrale, mie fois constituée^ a sévèrement réprinaé toute tentative pour revendiquer les droits périmées. Les conciles de Ocmstan^e^et de Bâle, qui essaient d'établir pour TEglise une sorte de régime parlementaire, échouent complètement (1). »

En destituant le âdèle de cette initiative, de cette action et de cette part dinfluence; en dépouillant les pasteurs, arbitrairement révocables, de leur ancienne indépendance; en amoindrissant le rôle des évéques sous lomnipotenjce de la papauté, pour oonceatrer toute la vie, toute l'énergie directrirce dans un pouvoir unique, on a conservé le cadre et la lettre de la société primitive, mais on en a retiré lesprit. En faussant le meilleur des instrumentai, on a fait un modèle de centralisation, et d'absolutisme, et, pour dire le mot, une^rmée obéissante et passive (2), de cette Église qui devait être une école d'i'udépendance , de dignité personnelle, et l'expression éclatante du gouvernement des esprits par la liberté.

Il en faut dire autant de ce moyen capital, dans la, société catholique : la confessien. Pour

(1) Qu^sdûMsooMieiiipow.ffiag, 4S8-i39.

(2) Un cardinal-arche?êqae, Mgr de Bonkechose, a pu dire à la tribune du Sénat :. « Chacun de nous (les. évéques) a u»n régiment à commander, et il marche. •

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en rétablir le but véritable et l'efficacité, nous n'aurions qu'à rappeler le témoignage non suspect de Rousseau, et celui de Voltaire, à côté de beaucoup d'autres aussi désintéressés. Mais ce soin serait superflu, personne ne pouvant se méprendre sur le caractère essentiel d'une institution aussi généralement connue. Qui est-ce qui ignore qu'au fond, ce moyen, quand il n'est pas faussé, dénaturé, est une force toute personnelle et intime mise à la disposition de l'être moral ?

Apprendre à se connaître dans ses imperfections et ses faiblesses; s'habituer à regarder dans les profondeurs de sa conscience, sous l'œil de Dieu, avec le sentiment chrétien qui dissipe les illusions de l'intérêt et les enflures de l'orgueil ; se retremper incessamment en soimême; tendre le ressort de la volonté pour se redresser, pour dompter les mauvais instincts et faire triompher les bons ; est-il au monde une discipline morale plus efficace, plus fortifiante, plus propre à rendre les hommes maîtres d'euxmêmes et à développer toutes les énergies de leur nature? En est-il de plus propre à former, pour la vie politique, des citoyens indépendants, désintéressés, fermes dans leurs résolutions?

Qu'on suppose ce moyen de perfectionnement moral sincèrement et virilement pratiqué chez les peuples chrétiens, et qu'on se figure les effets individuels et sociaux qui en résulteraient :

L'activité personnelle sans danger pour l'ordre universel; l'indépendance de l'esprit avec le respect de la loi ; tous les progrès se poursuivant, dans les voies pacifiques, par les conquêtes de la science et par l'action vivifiante de la religion ; en un mot," la vie démocratique dans ses vraies conditions de dignité, de responsabilité individuelle et d'harmonie par la liberté.

Il faut convenir, hélas! que nous sommes loin d'un pareil rêve. Les maîtres des consciences catholiques en ont fait une utopie. L'acte de recueillement intérieur et de réparation, destiné à être pour chaque chrétien un moyen d'aflranchissement moral, est devenu, dans la main du prêtre, un moyen de domination. C'était bien sur l'institution qui atteint dans leurs racines les énergies du cœur humain, que devaient se porter les eflbrts de ceux qui tendaient à l'empire du monde par l'asservissement des âmes. Car cette institution, maintenue dans son esprit élevé, au lieu de servir leur entreprise despotique, l'eût rendue impossible; il fallait donc la fausser.

8 4. — Tout les deipotismet ae ressemblent

Tous les despotismes se ressemblent. Enseigner aux chrétiens que, si leur religion leur fait un devoir de s'interroger souvent dans l'intimité de leur conscience, c'est pour se rendre maîtres d'eux-mêmes, c'est à dire dignes et indépea-

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dants, c'eût été les soustraire à laction démoralisante des agents de labsolutisme clérical. Leur persuader que Taction du prêtre est tout, qu elle dispense les chrétiens de toute initiative individuelle, de tout effort personnel ; les habituer à cette idée qu un autre doit penser pour eux; les endormir dans cette lâche sujétion de leur volonté... c'était marcher sûrement vers le but, c'était préparer les éléments de cette unité écrasante qui enveloppe et caractérise aujourd'hui les nations cathpliques.

Ce procédé est invariable, et il produit les mêmes effets désastreux, soit dans les naains d'un sacerdoce ambitieux, soit dans les mains des gouvernements ennemis de la liberté des peuples. La suprême habileté n'est pas de répudier les grands et beaux principes, mais de s'en emparer d'abord, puis de les fausser en feignant de les appliquer.

Ce qu'on a fait pour l'institution catholique, ne l'a-t-on pas fait vingt fois pour la démocratie i Rien n'est plus connu* que l'art mis en œuvre quand on veut faire tourner la démocratie au profit du despotisme : on commence par proclamer bien hatft les droits de l'homme et du citoyen; on inscrit en tête du pacte fondamental le principe imprescriptible de la souveraineté du peuple et la participation de chacun à l'exercice de cette souveraineté... Puis, sous prétexte d'étendre à chaque individu la protec-

tîon de l'État et de réaliser l'égalité démocratique, on supprime peu à peu l'autorité des pouvoirs municipaux et provinciaux; on détruit toute supériorité sociale, comme, dans l'Église, ou annihile le pouvoir des évéques ; on passe, autant qu'on le peut, le niveau, même sur les intelligences ; on éteint sur tous les points du pays la vie, l'activité, en enlevant aux petits groupes sociaux l'occasion et bientôt le besoin de se gouverner eux-mêmes. En même temps, on abaisse les caractères, on dégrade les âmes, en développant les basses passions, en substituant la satisfaction des intérêts égoïstes aux nobles préoccupations de la vie publique.

Qu'on s'imagine les progrès rapides et les effets désastreux de cette œuvre corruptrice, si le terrain est déjà préparé par l'influence d'un clergé formaliste, illibéral et centralisateur, tel que nous lavons supposé tout à l'heure ! quel concours redoutable ne se prêtent pas alors les deux puissances, si bien faites pour s'entendre. Vous n'avez bientôt qu'une masse aveugle autant que frivole, recevant avec la même docilité servile le mot d'ordre du prêtre ou celui du fonctionnaire civil, pourvu qu'on lui laisse son bienêtre matériel, ses spectacles religieux ou profanes, et la sécurité de ses cupides spéculations.

Une fois ce but atteint, on peut impunément, à tout propos et à toute heure, rappeler dans les actes officiels les principes démocratiques; on

tA t)OCt. t>R LlÛLISB NON ANTIDÉMÔCRAt. ni

peut môme, si les circonstances l'exigent, après avoir assis Tordre politique sur la large base du suffrage universel, convoquer souvent le peuple autour de Turne électorale. Quel est le danger, quand le suffrage est dicté par le représentant du pouvoir? Le bulletin de vote reçu, les yeul fermés, des mains du maire ou du garde champêtre, vaut bien, on en conviendra, l'ancien billet de confession. La pire des dominations, c*est celle qui conserve le cadre artificiel des gouvernements libres, avec ses formes protectrices des droits individuels et se$ garanties apparentes, mais qui fait de tout cela une lettre morte en mettant en oeuvre tous les moyens propres à annuler l'initiative du citoyen.

Supposez ce régime de centralisation démocratique, avec tous ses résultats inévitables, réalisé sur un point du globe; trouveriez-vous juste qu'on dît : « C'est là la démocratie, et la démocratie ne peut pas être autre chose? ?> Et bien, comment ne voit-on pas que c'est commettre une égale injustice que de dire, en montrant la centralisation actuelle autour de Rome et les ravages produits dans lésâmes par ce système écrasant des congrégations dominantes : fi Là est le catholicisme, et le catholicisme ne peut pas être autre chose ! » Non, ces pratiques cléricales ne sont pas pi us le catholicisme, que les pratiques du Bas-Empire ne sont la démocratie.

Ce qui prouve manifestement que . le catholi*t

Ô88 r LA feÉVOLÛTIOt^ Et TÉGUSÊ.

cisme est ici parfaitement hors de cause, c'est le spectacle que présentent les populations du midi de la France. Deux groupes les partagent: l'un libéral, indépendant, ayant son idéal politique dans les hautes conceptions du droit moderne loyalement réalisé et fièrement pratiqué ; lautre tourné en arriére, regrettant le passé, faisant obstacle au présent, tremblant devant l'avenir, et ne se pliant aux nouvelles institutions que pour en corrompre l'esprit. Cette grande scission en deux camps, séparés comme par un abîme, toujours en lutte l'un contre l'autre, dans les affaires de la cité comme dans celles de l'Etat, e&t-ce la religion qui l'a produite ? Est-ce le catholicisme qui a formé le parti antilibéral et antiprogressiste, pour laisser dans le parti libéral les ennemis de l'Église?

Non; la religion « qu'au premier regard on serait tenté d'accuser » de ce partage, en est si bien innocente, qu'elle « est souvent la même des deux côtés. » C'est un libre penseur qui en fait la remarque, et il en donne pour preuve cç fait notoire que, dans ces provinces méridionales, « le protestantisme est partout en petite minorité, et qu'il est inconnu dans quelques arrondissements où la séparation existe tout aussi marquée (1). »

(1) M. BsBKA&t) LaV£Il6K£, ancien représentant, lettre aa journal le Temps, l? du 5 avril 1868.

LA DOCT. DE L'ÉGLISE NON ANTIDEMOCRAT. «59 § 5. — Solidarité du oatholioîsine et delà démocratie

Ne serait-il pas temps de rentrer dans la vé* rite et dans la justice, à 1 égard de ces deux grandes choses, si méconnues, si dénaturées lune et l'autre, et plus solidaires entre elles qu'on ne pense, le catholicisme, la démocratie : la grande unité religieuse des âmes, l'harmonie des forces sociales par la liberté? Ne dirait-on pas que ces deux puissances du monde moderne ont eu à subir les mêmes épreuves, à traverser les mêmes crises, à être humiliées sous les mêmes travestissements, qu'elles ont dû en quelque sorte sombrer à la fois dans la centralisation et le despotisme, comme pour montrer la solidarité qui les unit?

Notre but, en écrivant ces lignes est d'ouvrir les yeux aux amis de la liberté. Une fois con^ vaincus que la cause de cet affaissement des caractères, que nous déplorons ensemble, n'est pas dans l'institution catholique, mais dans l'esprit de domination du parti puissant qui le dénature, ils cesseraient de perdre des forces précieuses à combattre un ennemi imaginaire. Ce que nous appelons de tous nos vœux, ce qui est urgent, c'est qu'une grande ligue se forme de tous les hommes dévoués à la révolution démocratique et libérale, pour attaquer l'esprit de centralisation et d'absolutisme, sous

m U AËYOLUTION ET L'ÉGUSB.

ses deux formes, au sein de l'Église, au sein de rÉtat. L'absolutisme sacerdotal par la soumission aveugle des consciences; l'absolutisme démocratique par legoïste abandon des caractères : voilA les deux grandes plaies de notre époque.

Là se trouvent les vrais ennemis à combattre. Au fond leur cause est commune. Si des conflits inévitables s'élèvent quelquefois entre eux, au sujet de cette proie, la personne humaine, que chaque pouvoir voudrait dévorer tout entière, un intérêt plus pressant les rapproche; ils savent que leur but est le même, leurs moyens les mêmes, et qu'en ruinant toute initiative individuelle, ils se servent mutuellement. Si les amis de de la liberté savaient s'unir comme leurs adversaires, et combiner leurs efforts, ils réussiraient à réveiller l'esprit public, à relever les caractères et à désarmer cette double conspiration contre les énergies vitales des peuples modernes. Rendre à l'Église son antique esprit de liberté et préparer ainsi des générations vraiment chrétiennes, ce serait plus faire qu'on ne pense pour le triomphe des vrais principes démocratiques dans la société civile.

§ 6. — Beau T^leque potwraîtjoaer rCgIne de Fraixo^

Aussi est-il à jamais regrettable que l'Eglise de France, ai longtemps unie d'esprit et de

LA DOCT. D6 L'ÉGllSIî mn ANTIDENOGRAT. Ml

èoaur aux destinées de la nation, ait répudié ces traditions glorieuses! Demeurée aussi constante dans ses sentiments patriotiques que fidèlement attachée à Tunîté chrétienne, elle se serait associée à la France nouvelle pour seconder son œuvre démocratique, comme elle s'était associée à la royauté pour seconder son œuvre nationale.

Il faut dire que si les alarmes sincères de sa foi ont été pour beaucoup dans ce mouvement atfolé vers le centre religieux, le regret de sa position temporelle perdue y a eu aussi une grande part. Son titre inappréciable devant l'histoire fut, on le sait, de maintenir avec xine fermeté inébranlable les droits de la société laïque contre les entreprises théocratiques du sâint-siége, sauvant par là le principe capital des libertés modernes ; mais sa faute, d'où devait sortir sa ruine, fut d'unir d'une manière si étroite sa cause à celle de la royauté, et de se créer, par l'effet de cette union, de si nombreux et si considérables avantages temporels, qu'elle finit par mettre la France dans la monarchie, la nation dans la royauté.

C'était renouveler les confusions par un autre côté; gardienne de la distinction chrétienne des pouvoirs dans ses rapports avec la papauté, elle la sacrifiait, à son profit, dans ses rapports avec l'État, en soudant l'autel au trône et se prêtant à l'intolérance religieuse de la loi civile.

ut LA RÉVOLUTION ET L'ÉGLISB.

Ainsi habitué, par cette longue solidarité d'intérêts mondains autant que d'intérêts religieux, à voir la France dans scm passé monarchique, le clergé a cru que la France courait aux abîmes en se séparant de l'ancienne monarchie. Ûuand l'État moderne, bien loin de renouveler l'antique union de l'autel et du trône, avec les innombrables privilèges ecclésiastiques qui en découlaient, a rompu cette chaîne et proclamé la liberté religieuse, le clergé y a vu le divorce de la société nouvelle avec le catholicisme, au lieu d'y voir le triomphe définitif et complet de ce principe de la distinction du spirituel et du temporel, qu'il avait si vaillamment servi par sa lutte contre Rome.

Alors, Rome a été son point de ralliement, son refuge unique ; et, dans ce mouvement de concentration éperdue autour de la chaire pontificale, l'épiscopat français, cet épiscopat si national pendant des siècles, a rivalisé de zèle avec les plus fougueux ultramontains... Tout entier tourné vers Rome, ayant tous ses intérêts à Rome, attendant de Rome toute impulsion, le clergé est devenu, de fait, étranger, indifférent à la patrie nationale, sinon hostile à ses nouveaux et grands intérêts. Voilà la faute capitale; voilà le divorce; voilà les déplorables conséquences de cette concentration exorbitante dans l'Église, conséquences aussi funestes au point de vue social qu'au point de vue religieux.

LA DOCT. DE L'ÉGLFSE- NON ANTIDÉMOCRAT. m

Le préjugé, la passion, le parti pris d'une position engagée, ont fait déjà le mal bien grand. Cependant nous sommes loin de le croire irréparable. Il n'est pas possible que le clergé ne sente pas, un jour, se réveiller en lui le vieil esprit de liberté, dans cette France où tout lui parle de ses gloires nationales. Il suffirait de quelques évêques prenant résolument en main le drapeau des libertés modernes, pour rendre à leurs devoirs patriotiques, sans danger pour l'unité chrétienne, la masse de ces pasteurs sortis des entrailles du peuple. Qu'on les arrache à l'influence dominatrice de ce parti violent et excessif qui ne sait mettre sur leurs lèvres que des anathèmes contre la révolution libérale; qu'on les retrempe dans le sentiment de leur haute mission et de leur responsabilité devant la société moderne ; et ils auront bientôt reconquis le cœur des populations; et, reprenant leur vrai rôle national et social dans les nouvelles conditions du droit démocratique, en formant des chrétiens , il formeront des citoyens. Est-il un but plus digne de leur apostolat?

Un écrivain, trop pessimiste assurément, mais ayant quelque raison de contempler avec inquiétude notre société démocratique où « la Révolution a tout désagrégé, où elle a brisé tous les corps excepté l'Eglise, » M. Renan, après avoir décrit en termes éloquents les crises

M LA fiËVOLÏJTiON ET VËGiASB,

anarchiques et violentes que peut traverser la France, ajoute : <« Deux causes, la pression de letranger, qui ne souflFrira pas qu'une nation s'écarte trop de l'ordre commun de l'Europe, rt l'autorité morale des évêqties, appuyés sur le parti catholique, seront seules capables de créer un lest dans ce navire ballotté (1). »

L'épiscopat français comprendra-tril enfin la gravité de la situation, l'urgence d'y porter remède et la nécessité de chercher, par un <effort héroïque, la suprême solution dans la liberté?

(1) Qitefiiouê comée^pomiHes, préface, pag. xxx.

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