‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 113 sur 131 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'ensemble des monuments canoniques

Nous n'ignorons pas d'ailleurs que la critique moderne, bien autrement pénétrante et savante que la critique superficielle du dix-huitième siècle, s'attachant à peser les titres historiques du christianisme, a essayé de rompre la chaîne qui rattachait TEglise au Christ. Une fois en présence de Jésus lui-même, quand il s est agi de reconstituer rationnellement cette grande figure et de rétablir le caractère de la doctrine évangélique, elle a présenté, comme il fallait s'y attendre, les affirmations les plus contradictoires.

Mais tous ces efforts avaient un but commun : arracher les fondements de l'œuvre chrétienne,, telle que l'avait conçue l'Eglise, et par là faire crouler tout l'édifice catholique. Le moyen, c'était d'enlever toute authenticité aux livres canoniques. Quelque incertitude qu'il dût en résulter sur la personne du Christ, et sur son vrai rôle, le but serait atteint : l'Eglise ruinée dans ses origines.

SG8 LA BËVOLUTiON ET L'ËGUSË.

§ l«r. — Noire point de vue et oeluî de la critique.

Toiit cela fût-il prouvé : le monde chrétien fût-il décidément, depuis dix-huit siècles, le jouet dune illusion, en croyant trouver la pensée de Jésus dans l'ensemble des Évangiles et dans les écrits des apôtres et des premiers disciples ; le monde catholique particulièrement se fût-il payé de mots en prêtant à Jésus, sur quelques textes interpolés, la volonté de fonder une société universelle des âmes; toute la tradition, où ont puisé tant de générations d'historiens, n'eût-elle d'autre base véritable que l'invention frauduleuse d'un deutéro-Jeariy lequel, a^ deuxième siècle, imaginant tout un ordre de création religieuse en dehors et en contre-sens de la pensée réelle du Christ, aurait construit un Évangile sous le nom du disciple bien aimé; fût-il démontré en un mot que le Jésus légendaire est un Jésus conçu après coup, par le génie intéressé des fondateurs de l'Église; cette création d'une société religieuse universelle, au nom du Christ libérateur des âmes et régénérateur du monde, n'en resterait pas moins, comme réalité historique 4 avec son caractère propre et l'esprit qui en a été Tinspiratioli.

C'est cet esprit originel et constitutif que nous avons voulu remettre en lumière. Les éléments sur lesquels nous avions à nous appuyer étaient

L'ÉÛLtSB DEVANT LÉXÉGÉSfi. i6d

hors d'atteinte de Tœuvre critique des exégètes. Le résultat de notre étude ne peut donc être infirmé par cette œuvre de démolition qui, pour ruiner TEglise, s'attache à révoquer en doute la provenance apostolique des matériaux employés par ses fondateurs.

Il est si manifeste que la loi de Moïse, et celle du Christ qui la complète en la généralisant et la vivifiant, dominent toute l'histoire du monde, que les critiques les plus sévères, qui, par leur exégèse, démolissent pièce à pièce tous les monuments canoniques, et rejettent tout le surnaturel de l'œuvre messianique, restent chrétiens et même juifs historiquement (1). S'ils ne sont pas tous d'accord sur la pensée réelle de Jésus et sur le rôle qu'il s'attribuait véritablement ; si les uns voient l'idée du fondateur dans les Évangiles des synoptiques, les autres dans celui de Jean, s'attachant tous à montrer une opposition entre les deux points de vue que ces deux ordres de documents semblent présenter, l'action générale du christianisme sur le monde ne peut être niée, pas plus que la part capitale de l'Eglise primitive dans cette action rénovatrice.

Que la critique fasse ses réserves ; qu'elle déclare qu'il faut se garder d'attribuer à la doctrine du Christ et de ses disciples immédiats

(1) Voy. l'ouvrage récent de M. Fr. Huet, La Révélation religieuse au dix-neuvième siècle,

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