‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 117 sur 131 · II · texte numérisé non relu

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de la nature humaine, en créant un idéal artistique qui est la suprême expression 'de la beauté, de la grâce, de l'harmonie, dans leur forme sensible, a fourni de précieux éléments à la civilisation moderne. Rome aussi, la Rome antique, a fourni les siens : l'esprit d'ordre et de hiérarchie, le sens juridique, la forte discipline, le respect de la loi, et, par dessus tout, l'idée de l'unité du monde, unité matérielle et violente, il est vrai, mais préparant l'unité morale des temps futurs (1). A leur tour, les sociétés barbares,, où se conservaient dans leur native indépendance certaines énergies individuelles, devaient bientôt apporter leur tribut au monde nouveau (2).

Or, en présence de ces richesses diverses, quel est lé rôle du christianisme? Se borne-t-il, comme quelques-uns le pensent, à fournir son contingent à côté de l'élément hellénique et de l'élément romain? Selon nous, réduire l'œuvre messianique à ces proportions, c'est ne pas lui rendre pleine justice ; c'est méconnaître la haute et universelle portée de cette grande rénovation par le Christ. Car c'est bien réellement sous l'inspiration du Christ libérateur, pour accomplir son vaste dessein et non pour le refaire ou le compléter, que le christianisme a recueilli

(1) Voir notre livre V Italie, t. I, 1" partie, chap. I et II.

(2) Ibid, chap. V.

tous les trésors accumulés par les anciennes civilisations.

Ces civilisations, si éclatantes à tant de titres, ayant atteint certaines limites , s'arrêtaient comme frappées d'impuissance. Les plus belles choses antiques, les plus grandes vertus et les plus hautes capacités individuelles, les plus sublimes créations artistiques et littéraires, ne pouvaient produire de fruits sociaux, dans la démocratique et large acception de nos formules modernes. La loi du progrès indéfini était en quelque sorte suspendue dans les sociétés humaines; elle était suspendue, jusqu'au jour où la notion du Dieu unique serait restituée à la terre.

Pour que les peuples fussent rétablis dans les conditions normales de leur développement selon les lois de la justice, il fallait qu'avant tout s'opérât la réconciliation del'humanité avec Dieu . L'harmonie sociale n'est possible « qu'entre des hommes qui se savent frères sous la loi paternelle d'un seul Dieu (1). »

I § 4. — Le Christ a apporté au inonde Tesprît de vîe

Cette grande réconciliation de la terre et du ciel, le Christ l'a accomplie ; et l'idée de la fra-

(1) Voy. Vltalie, t. I, pag. 15 et suiv.

ternité des hommes en Dieu est le principe régénérateur qui va donner au monde une impulsion souveraine. C'est lesprit de vie qui animera et fécondera toutes les puissances virtuelles de l'humanité. Le christianisme , en arrachant les sociétés antiques aux conditions écrasantes qui rendaient leurs ressources stériles, a donc été plus qu'un élément nouveau de civilisation ajouté à tous les autres ; il a été l'instrument providentiel et universel qui a tout vivifié.

Ainsi rattachée à l'ordre divin , l'humanité a eu devant elle un idéal de justice sociale, le règne de Dieu sur la terre , l'âge d'or de Tavenir, vers lequel elle s'avancera désormais d'une marche toujours ascendante. ,

Ce mouvement, rien ne pourra l'arrêter : ni l'écroulement des vieux empires, ni la persistance des traditions païennes dans l'organisation des sociétés renouvelées, ni l'aveuglement des dépositaires mêmes de la doctrine libératrice, ni les éclipses fréquentes du droit nouveau sous les efforts combinés des prêtres et des princes. Tout, au contraire, servira à l'œuvre d'émancipation de toutes les forces vives de l'humanité par la vertu de l'esprit chrétien : et l'invasion des barbares, en fournissant les éléments qui manquaient à la civilisation hellénique et romaine ; et les croisades, en renouant les rapports do l'Europe occidentale avec le monde de l'Orient, et produisant la renaissance du génie artistique

de la Grèce pour Tennoblir encore et le spiritualiser.

A ce point de vue supérieur , ce n'est pas un préjugé qui fait partir du Christ l'ensemble de ce mouvement si multiple qui a produit la civilisation moderne. Le inonde ne s'est pas trompé quand il a appelé chrétienne cette civilisation où sont venues se fondre, se purifier et se renouveler toutes les civilisations antérieures.

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