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CHAPITRE III

VRAIE POSITION DE l'ÉGLISE PAE RAPPOET AUX LIVRES CANONIQUES.

Mais pour conserver à l'idée messianique ce caractère d'universalité, il ne fallait rien perdre du dépôt légué par ceux qui avaient recueilli les paroles du Maître. L'Église a rendu au monde l'inappréciable service d'entourer de la môme vénération tous les monuments évangéliques. Seule elle le pouvait faire, parce que, dans sa vaste conception de l'idée chrétienne, elle savait en embrasser tous les points de vue. Si le clergé, subissant l'influence des temps, des lieux, des circonstances, des préjugés, et souvent aveuglé par ses intérêts de caste, a sacrifié tantôt un élément de l'œuvre chrétienne, tantôt un autre ; si, en fait, il s'est quelquefois mépris lui-même

sur l'esprit de sa mission ; s'il a ainsi contribué à accréditer les jugements les plus erronés sur le but de la révolution évangélique ; ce qui restait, dans son indivisible unité, c'était lensemble de la doctrine orthodoxe et traditionnelle de l'Église, et l'ensemble également indivisible des faits messianiques , tels que les présentent, avec leurs aspects divers, les écrits canoniques.

§ 1er. — L'Eglise garde tous les livret pour conserver l'universalité de la doctrine.

Ainsi, qu'on le comprenne bien, c'est parce l'Église, au fond , avait conscience qu'il importait de conserver avec un égal respect toutes les parties du plan évangélique , qu'elle a religieusement gardé tous les monuments qui le contiennent, et que -son enseignement n'a cessé de maintenir, dans leur juste proportion, les théories et les faits qu'une analyse trop subtile déclarait contradictoires sous la plume des divers évangélistes. Elle se sentait aussi à l'aise avec le révolutionnaire Mathieu, chez lequel domine le messianisme judaïque qui « par son génie social profondément démocratique, se trouve la plus moderne des religions, la plus en harmonie avec notre civilisation et nos gouvernements nouveaux (1), » qu'avec le métaphysicien

(1) HuEi, pag. 202.

mystique Jean , chez lequel « la religion chrétienne est la plus philosophique des religions (1); » car elle savait que chacun deux représente l'un des éléments essentiels du christianisme intégral.

Telle est la vraie position de l'Église par rapport aux livres canoniques. Elle les a tous gardés, voulant garder toute la doctrine. C'est son mérite indéniable devant l'histoire. De sorte qu'on peut discuter sans fin sur la valeur historique de ces monuments , sur leur authenticité, sur les noms véritables de leurs auteurs, sur leur fidélité plus ou moins grande à ne reproduire que l'enseignement du maître, sur la part d'invention que l'on prétend y trouver et qui aurait modifié, et même refait, ici en un sens, là dans un autre, le plan originel ; on peut en outre, au moyen d'une exégèse subtile, trouver entre ces monuments divers quelques contradictions de détails, plus apparentes que réelles; ce qui demeure, c'est ce vaste ensemble de doctrine, très complexe comme la nature humaine, mais parfaitement homogène, soit dans son côté purement religieux, soit dans l'application de ses principes à la vie temporelle des sociétés.

Voilà ce qui ressort avec éclat, si l'on cherche cette vue d'ensemble dans l'esprit, non dans la lettre morcelée et spécialisée des livres cano-

(1) HuET, pag.|333.

niques.. C'est ce qu'a très bien compris un philosophe rationaliste ; et il le proclame en termes précis et éloquents. Après avoir essayé de ruiner, par une savante exégèse , l'authenticité de l'Évangile de Jean, et de réduire historiquement la pensée et le but du Christ à une palingénésie sociale continuant, tout en la spiritualisant et l'universalisant, la théocratie mosaïque ; après avoir déclaré que les livres canoniques présentent, sur la doctrine et les actes du Christ, « le plus choquant assemblage de toutes les contradictions, » il ajoute : « Mais brisez la lettre, saisissez le mouvement des idées, vous verrez que l'orthodoxie a raison de ne vouloir rien lâcher, de garder son Évangile complet, de ne sacrifier ni Mathieu , ni Jean , ni Paul , ni Pierre, ni Y Apocalypse, ni le quatrième Évangile. Tel libre penseur, qui prend en pitié l'orthodoxie, lui est, à cet égard, très inférieur avec sa critique étroite, exclusive (1). »

§ 2 — Aitifî le monde oivîlîf é est resté en poisession du suprême idéal perfonnîfié par le Jésus des Evangiles orthodoxes.

Grâce à cette vigilance, à cette fermeté de l'Église qui n'a permis, ni d'exclure aucune portion de ses richesses historiques, ni d'en altérer les textes, le monde civilisé est resté en posses-

(1) Hmsi. pag. 321.

LtGLISE DEVANT L'EXÉGÈSE. 301

sion de tout lensemble de l'œuvre chrétienne. Avec ces monuments intégralement conservés, à quelque point de vue qu'on envisage la civilisation moderne, dans son idéal social, aussi bien que dans son idéal religieux, on en trouve la source dans la révolution évangélique. Et le grand rénovateur, qui personnifie ce suprême et universel idéal, le Jésus des Evangiles orthodoxes, est si complet dans son rôle messianique, que les plus hautes aspirations modernes n'y ont pu rien ajouter. Il est « cette sublime personne qui chaque jour encore préside au destin du monde (1), » celui en qui « s'est condensé tout ce qu'il y a de bon et d'élevé dans notre nature (2)» il est l'initiateur et l'expression vivante de la révolution complète <« révolution à la fois morale, religieuse, sociale et politique, ses actes le prouvent plus clairement encore que ses paroles (3). »

(1) E. Renak, pag. 457.

(2) Idem, pag. 458.

(3) HuET, pag. 92.

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