CHAPITRE IV
CABACTBEE DE LA MÉTHODE EÉVOLUTIONNAIKB
DU CHEISTIANIS3SOÎ.
§ 1er. — L'erreur des exégètes Tient de oe qu'ils se sont mépris
sur la portée de cette méthode.
Après ces témoignages qui rendent pleine justice et au Christ, et à l'Église conservatrice de sa doctrine et de ses actes, comment se fait-il que la critique, dès qu'elle veut se préciser, et juger soit l'Église, soit le fondateur du christianisme en regard des problèmes religieux ou sociaux du monde moderne, en revienne à ses vues exclusives et à ses jugements contradictoires, tantôt présentant un Jésus et une ÉgKse purement mystiques, tantôt opposant un Jésus théocrate au Jésus chef spirituel que suppose l'établissement de l'Église? Comment se fait-il que ceux-là mêmes qui reconnaissent que, pour ne rien perdre des principes chrétiens et de la pensée de Jésus, il faut, à l'exemple de l'Église, ne lâcher aucune portion de§ livres canoniques, se troublent dès qu'ils se trouvent en face de la personne de Jésus, et tombent à leur tour dans des erreurs capitales, et sur le rôle du Christ, et sur le but du fondateur de l'Église?
La raison en est, selon nous, que, si Ton a compris le caractère universel de l'œuvre messiani-
que, on ne s'est pas rendu compte de la méthode révolutionnaire apportée au monde par le grand libérateur. On na pas vu que dans cette méthode, entièrement nouvelle et radicale, est le trait profond qui caractérise essentiellement Tœuvre de Jésus et de ses disciples. Cette méthode révolutionnaire, si puissante, si féconde, c'est celle que le présent écrit a voulu mettre en lumière, la séparation du spirituel et du temporel dans le but d'affranchir l'homme de tous les genres de servitude, et, comme moyen d'atteindre ce but, la création de l'universelle société des esprits en dehors des sociétés politiques et des gouvernements humains.
§ 2. — Gondiuion. — Séparation du fpîrîtuel et du temporel.
L'histoire, un jour, dégagée des nuages de notre époque de transition, rendra cette vérité éclatante : que l'établissement de l'Église, indépendamment de sa portée purement religieuse, a été la réalisation de la grande méthode révolutionnaire destinée à renouveler le monde. Quant à nous, dès à présent, notre conviction est entière. Nous soutenons qu'on aura beau voir le christianisme de haut, en embrasser toutes les parties, on n'en pourra saisir le caractère général et l'idée libératrice, tant qu'on ne comprendra pas ce qu'il y a de merveilleusement fécond dans son principe fondamental de la séparation du spirituel et du temporel.
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Hors de ce principe, tout est inintelligible dans l'œuvre évangélique : et rétablissement de l'Église, et la révolution sociale chrétienne, et le mouvement tout entier de la civilisation.
Avec ce principe, les contradictions apparentes disparaissent, tout se tient, tour s'harmonise, et dès lors tout s'explique : l'abstention du Christ dans les choses temporelles, que les mystiques ont faussement considérée comme une indifférence systématique pour la prospérité des sociétés humaines, et qui n'était que l'incompétence politique du .sacerdoce spirituel; l'instinct des premiers chrétiens qui les poussait à réaliser entre eux immédiatement, et au même titre qu'ils fondaient l'Eglise, la parfaite société temporelle sur la base de la fraternité évangélique. Ce n'est que plus tard que les chrétiens devaient comprendre que les deux œuvres , religieuse et sociale , étaient distinctes , quoique découlant de la môme donnée supérieure : la liberté humaine et la fraternité des hommes dans lé Christ.
Quand la critique de son côté et le clergé du sien auront saisi ce point culminant de l'idée messianique, les préventions et les malentendus seront bien près de se dissiper dans la pleine lumière de l'Evangile. De ces hauteurs sereines, tout le plan providentiel apparaîtra dans sa simplicité et son unité. Les déviations accidentelles, les alliances iniques, les combinaisons artifi-
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cielles, même les longues défaillances de quelques siècles qui sont comme un jour dans la durée de Thumanité, s'effaceront au regard : et les guerres fratricides entre les chrétiens, et les institutions persécutrices au nom du pacifique Jésus, et les entreprises théocratiques, et la royauté pontificale, et les religions de l'État, et les concordats de toute nuance, tous ces restes enfin du monde païen et barbare.
Sous la trame compliquée des événements historiques, on verra se dérouler parallèlement, toujours solidaires et jamais confondus, le mouvement religieux et le mouvement social : le mouvement religieux, par la permanence et le développement incessant delà société des esprits; le mouvement social, par l'action profonde des principes évangéliques sur la vie des nations. La loi de l'histoire moderne sera trouvée. Le monde chrétien ne semblera plussoumis à deux forces contraires; il se montrera s'organisant en deux ordres distincts mais Qon opposés, dominés par le même esprit de liberté.
La critique cessera de définir l'Église par les côtés accessoires qui l'unissaient aux gouvernements, et de la caractériser par les institutions etlespratiquesquil'ont faite, contrairement à son esprit, intolérante et violente pendant des siècles .
L'Église, répudiant ces institutions et ces pratiques, rentrera dans la pureté de son essence spirituelle et dans la vérité de sa mission reli-
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gieuse, laissant les sociétés humaines à l'indépendance de leur destinée temporelle.
Les questions de compétence, si longtemps obscurcies, se résoudront d'elles-mêmes, et les causes de conflits seront écartées.
Sans regret pour ses privilèges perdus, tournée vers l'avenir et non vers le passé, l'Église transformera en elle tout ce qui est susceptible d'être transformé, dans sa discipline, dans ses rapports hiérarchiques, dans ses moyens d'action sur les âmes. Alors, comme un navire allégé de tout ce qui alourdissait sa marche, elle s'élèvera au dessus des agitations tumultueuses de ce monde ; de ces régions où les orages ne la peuvent atteindre, soutenue par le respect et la confiance des jeunes générations, en harmonie avec le droit moderne, elle répandra les inépuisables trésors de sa doctrine sur les sociétés démocratiques qu'elle çl charge de moraliser et d'évangéliser.
Là seulement, dans cet accord que nous appelons dé toute l'ardeur de nos vœux, dans cette réconciliation de l'Eglise et de la Révolution par la liberté, les peuples trouveront les conditions de l'ordre dans le progrès, les gouvernements politiques leur dignité, l'Église sa vraie grandeur et sa légitime influence, la civilisation enfin son caractère suprême, qui ne peut être que le rayonnement de l'esprit chrétien dans l'humanité*