‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 14 sur 131 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

l'église définitivement constituée. — GARDE- T-ELLE l'esprit PRIMITIF DE LIBERTÉ?

Il faut convenir que, jusqu'ici, ce que nous avions à exposer n'était pas la partie difficile de notre entreprise : montrer l'esprit libéral de l'Évangile , montrer que la primitive Église était l'union libre des croyants dans la doctrine du Christ, c'est rappeler des vérités acquises et incontestées. Un auteur protestant, M. Bunsen, dans son beau livre Saint Hippolyte et son Temps, prouve surabondamment que la doctrine des Pères des trois premiers siècles était essentiellement libérale; or ces Pères étaient, qu'on ne l'oublie pas, des Pères de l'Église ; prouver qu'ils professaient le principe le plus pur de la liberté de conscience, c'est prouver que l'Église dont ils étaient les organes, reposait sur le principe même de la liberté. Nous avons dû remettre ces vérités en lumière, afin de marquer nettement l'idée mère qui a inspiré toute l'œuvre évangé-

liq[ue, le principe fondamental qui a donné à l'Église des Apôtres et des Pérès le caractère de société purement spiritiielle.

Mais la question qui nous a fait prendre la plume reste entière, laccusation portée contre le catholicisme étant précisément que TÉglise, telle qu'elle s'est constituée autour de la chaire pontificale, est la négation de l'esprit originaire de l'Évangile, soit par les éléments organiques que l'Église romaine aurait ajoutés à ceux qui formaient la primitive Église, soit par la vie réelle, le fonctionnement invariable de cette institution, où l'on voit toujours les moyens humains, les alliances politiques et la force matérielle jouer un rôle si important.

Ce ne serait rien faire, pour l'éclaircissement du sujet, que de nous en tenir à des définitions générales de l'Église, même telles que les donnent les docteurs modernes, définitions qui, dans leurs termes vagues, ne difiîèrent guère de celles qui se rapportent à l'Église des premiers siècles : ainsi, d'après Bossuet , « ce que tous les chrétiens entendent par le nom d'Église, c'est une société qui fait profession de croire la doctrine de Jésus-Christ, et de se gouverner par sa parole (1). » Un écrivain laïque, M. Laboulaye, dit à son tour : « Le catholicisme est d'abord une Église dans le sens que tous les

(1) Tom. XXXIX, pag. 208.

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