ESPRIT LIBÉRAL DE L*É6LISE
sion de foi enlève à cette Église le caractère de société spirituelle?
Ce symbole, comme tout symbole religieux, contient une métaphysique sur les mêmes problèmes qui font lobjet des philosophies humaines ; et les solutions s'en distinguent en ce que, sur ces questions concernant Dieu et les rapports des hommes avec Dieu, elles supposent un ordre surnaturel et la nécessité d'une révélation. Ce n'est pas parce qu'il s'agit de cet ordre.de questions métaphysiques, que Ton contesterait aux associations religieuses qui s'en occupent le caractère de sociétés spirituelles, puisqu'il ne peut y avoir d'écoles de penseurs ou philosophes dont les études n'aient précisément pour objet ces mêmes questions ; et que ces écoles, on le sait, sont des sociétés essentiellement spirituelles.
g 1er. — L^élément nimatiirel rend-il le lymbole antilîbéral?
Serait-ce l'ordre surnaturel, propre aux religions, qui leur ferait perdre ce caractère purement spirituel? A ce compte, il n'y aurait pas d'Église possible, de véritable société spirituelle, car toute religion proprement dite repose sur l'idée d'un ordre surnaturel, et sur le fait d'une révélation, soit directe soit par l'inspiration. Mais l'usage ne s'est pas trompé en attribuant ce titre de sociétés spirituelles particulièrement
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âux associations religieuses. C'est qu'en effet, en ajoutant aux solutions proposées par les philosophies humaines, des éléments empruntés à l'ordre de la foi, les religions ne changent en rien la nature des questions elles-mêmes. De plus, et c'est là l'essentiel quant au sujet qui nous occupe, en introduisant l'ordre surnaturel et la révélation comme moyen de connaissance, les religions ne portent nulle atteinte à la liberté qui appartient à chacun de donner ou non son adhésion. Et le christianisme en particulier se distingue, on le sait, par le soin qu'il met à soustraire l'âme, dans cet ordre de questions religieuses, à l'action des pouvoirs humains.
Or, qu'on ne l'oublie pas, c'est cette libre adhésion de l'esprit, sans nulle intervention de la force, qui constitue le caractère essentiel d'une société spirituelle. Parce que le symbole, au lieu de rester dans des termes vagues et indécis, s'est précisé et nettement formulé, pourvu d'ailleurs que la persuasion demeure le seul moyen de propagande, on ne voit pas en quoi le caractère de l'Eglise qui le professe en serait modifié.
§ s. ~ L'înfaaUbîlîté enl«ve-t-elle à rÉglîte son caraotère
libéral?
Si ce n'est pas la précision de la doctrine contenue dans le symbole, qui peut être repro-
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chée à l'Église, ce ne peut âtre non plus la permanence de ce symbole ; à moins qu on n allègue contre l'Église catholique , son dogme de l'infaillibilité qui assure cette permanence.
Ce reproche, si peu fondé qu'il soit, on n'a pas manqué de l'adresser àl'institution catholique; on oppose Yautorité que s'attribue l'Église en vertu d'une assistance divine qui la rendrait infaillible, à la liberté qui doit être l'essence d'une société spirituelle.
C'est en vérité jouer sur les mots, ou ne rien comprendre à ce que c'est que la liberté. Ce n'est pas la première fois, du reste, que, par une confusion fort peu philosophique, on transporte la notion de la liberté, de la région des actes qui est son domaine, à la région des idées où elle n'a que faire. La liberté se rapporte à la volonté, cette faculté en vertu de laquelle l'être doué de raison accomplit, à ses risques et périls, des actes dans un sens ou dans l'autre; elle ne se rapporte pas aux opérations de l'entendement.
Ce grave sujet aurait plutôt sa place dans un traité de morale, ou dans un traité de politique; nous n'avons pas à le développer ici ; d'autant plus que nous avons l'espoir qu'il suffira de quelques observations fort simples pour faire justice de cette objection. On va voir que, dès qu'il s'agit purement et simplement d'une autorite morale, il n'y a là absolument rien qui im-
plique la négation de la liberté ; l'état de l'esprit qui donne son adhésion étant identiquement le même, au point de vue de la liberté^ que l'adhésion soit déterminée par l'application directe de l'esprit à la vérité proposée, ou par la confiance en celui qui l'affirme.
Je formule un axiome : la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre ; ou j'affirme un fait évident : l'existence du soleil. Celui à qui je parle répond affirmativement à mes deux propositions ; et de plus il reconnaît qu'il ne peut raisonnablement faire autrement que donner son adhésion. Viendra-t-il à l'idée de qui que ce soit de soulever ici une question de liberté? Sans doute, en un sens, la langue ordinaire ne se trompera pas quand elle dira qu'on n'est pas libre, dans ce cas, de refuser son adhésion, puisque l'évidence a précisément pour effet de déterminer invinciblement l'adhésion de l'esprit. Dieu lui-même, en ce sens, n'a pas plus que l'homme la liberté ; car, s'il est l'expression vivante et éternelle des principes absolus et immuables, il ne les crée pas; de toute éternité, il leur est adéquat. On ne comprend pas ces vérités primordiales et immuables sans l'être infini en qui elles sont nécessairement formulées, de même qu'on ne conçoit pas Dieu sans le verbe exprimant ces vérités éternelles.
Mais la liberté, dans le sens propre du mot, n'a rien à faire en ceci. On commettrait une véri-