ESPRIT UBËBAL DB L*Ë6USE
dénomination, tous ceux qui, sans croire à la divinité personnelle du Christ, croient au moins qu'il était divinement inspiré.
Le croyant inspiré, croyant que Dieu leur parlait par sa bouche, tant qu'il vivait, et qu'il était là pour expliquer sa pensée à ses disciples, ceux-ci, convaincus qu'il ne pouvait pas se tromper, puisqu'il était le témoin de la vérité même, acceptaient naturellement de confiance ses affirmations.
Dira-t-on qu'ils n'étaient pas libres, et que la société qu'ils formaient entre eux cessait d'être une société purement spirituelle, par cela seul qu'ils avaient la conviction que celui qui leur enseignait les objets de leur croyance ne voulait ni ne pouvait les tromper? Personne ne le prétendra; pas plus qu'on n'a jamais prétendu que les chrétiens qui, en dehors de l'Eglise catholique, veulent se grouper librement dans la croyance commune en la divinité du Christ ou en son inspiration, cessent d'être libres, et que chacun de ces groupes ne forme pas une société spirituelle.
Et parce que, parmi ces chrétiens, il s'en trouve qui pensent que cette inspiration qui assistait le fondateur de la société spirituelle, se continue sur cette société, à travers les siècles, afin qu'elle garde intacte la doctrine originairement enseignée, la nature de cette société en est-elle le moins du monde altérée? Cesse-t-elle
d'être une société spirituelle dans le sens le plus pur du mot, et la liberté de l'adhérent a-t-elle reçu la plus légère atteinte? Si votre croyance à l'inspiration du Christ, et par conséquent à son infaillibilité^ laisse intacte en vous la question de liberté, nous ne voyons pas ce qu'y fait de plus la croyance volontaire à l'inspiration de son Église.
Du reste , qu'on ne s'y trompe pas , cette objection, si l'on veut être logique, ne s'arrêtera pas à l'Eglise; elle remontera jusqu'à Dieu luimême. Une fois parti d'une fausse notion de la liberté, on écartera, comme attentatoire à la souveraineté de la raison, tout ce qui lui pose des limites. L'existence d'un être infini , auteur de la destinée de l'homme, dictant des lois à sa conscience, sera déclarée inconciliable avec sa pleine liberté de penser et d'agir; «subordonner, dira-t-on, à une volonté supérieure, infinie, absolue et immuable l'être humain , cet être raisonnable et libre, dont l'attribut essentiel doit consister dans la faculté de se créer à lui-même ses propres lois, n'est-ce pas le paralyser, l'annihiler, et rendre impossible tout progrès? Donc, pour opérer l'affranchissement réel et radical de l'homme, il faut supprimer Dieu. »
Et ce n'est pas seulement Proudhon , cet esprit éminent mais paradoxal, qui, dans son œuvre de démolition, et dans son besoin immodéré d'exalter la puissance virtuelle de l'homme.