‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 64 sur 131 · EN QUI RÉSIDE LA SOUVERAINETÉ TEMPORELLE · texte numérisé non relu

EN QUI RÉSIDE LA SOUVERAINETÉ TEMPORELLE

En qui réside la souveraineté? En principe, en droit, elle a de tout temps résidé dans le peuple, ou, selon le langage des Pères de rÉglise, dans la communauté. Il serait intéressant de développer cette thèse , de démontrer la légitimité et Timprescriptibilité des droits des peuples. Les preuves abondent; il suffirait d aller puiser dans les œuvres de nos plus grands docteurs chrétiens. Mais ces dissertations nous détourneraient beaucoup trop du but que nous nous sommes proposé, et elles ne sont pas indispensables pour Tintelligence des vérités que nous voulons établir. Nous nous contenterons de renvoyer le lecteur aux maîtres

de la science théologique et politique, tels que saint Thomas, saint Chrysostome, Bellarmin, Suarez, Fénelon, Balmès, etc.

§ l«r. La question en fait danf l'anoîenne France monarchique

Quoi qu'il en soit de la réalité et de la légitimité de ce droit, en fait, il n'a été nettement compris, hautement proclamé et mis en action que dans les temps modernes. Dans les anciennes monarchies on disait : la souveraineté réside dans la personne du prince. Aujourd'hui on dit : elle réside dans la nation. Sans doute, il en est des droits légitimes comme de la vérité. De même que la vérité, au milieu des plus monstrueuses erreurs, brille encore par quelques points, les droits inviolables ne disparaissent jamais entièrement, malgré tous les eflfbrts combinés du despotisme et de la barbarie. Quand de longues traditions de servitude interdisent aux peuples de parler en maîtres et de dicter leurs volontés, des révolutions providentielles viennent rappeler aux monarques que les trônes ont leurs racines dans la volonté publique, et qu'au dessus de la souveraineté visible et agissante du prince, il y a une souveraineté dont celle-là émane, la souveraineté de la nation.

Ainsi, il y aurait quelque exagération à soutenir qu'avant nos dernières révolutions, les droits des peuples étaient absolument niés. Il

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serait au contraire facile de montrer, en particulier dans tous le cours de la monarchie française, des traces impérissables de ce principe fondamental. Mais, ce qu'on ne saurait contester, c'est que le fait était généralement pris pour le droit; la souveraineté que nous avons appelée visible et agissante, était considérée par la plupart abstraction faite de la souveraineté supérieure dont elle dépendait. Il ne manqua pas de publicistes, d'hommes d'État et surtout de courtisans qui essayèrent d'ériger le fait en droit ; en sorte que la volonté du prince était la loi suprême devant laquelle la nation devait se courber. C'était bien pour rappeler que la volonté nationale n'était pour rien dans l'établissement de leur pouvoir, que les rois de France déclaraient ne tenir leur couronne que de Dieu et de leur épée .

C'est cette prétendue institution divine directe, indépendante de tout choix ou de tout assentiment national, qu'on a appelée la royauté de droit divin.

Peu à peu, d'ailleurs, la royauté, concentrant en ses mains tous les moyens de gouvernement, s'était habituée à ne plus demander, même à titre de conseil, l'opinion des assemblées nationales. La volonté publique ne se manifestant plus par des signes apparents et réguliers, on avait fini par l'oublier pour ne plus apercevoir que la volonté du monarque.

Il a fallu une grande révolution, pour renverser tout cet ordre artificiel, et restituer l'autorité sociale au vrai et unique souverain, la nation; révolution radicale qui a ouvert une ère entièrement nouvelle aux sociétés humaines.

§ 2. CSaraotère de la Révolution française par rapport

à la louveraineté.

Mais, quon le remarque, cette Révolution, tout en déplaçant le siège de la souveraineté politique, laisse intacte la question relative à l'origine et aux fondements des pouvoirs humains. Que cette souveraineté réside dans la personne du prince ou dans tout le peuple, elle ne reste pas moins un pouvoir humain. Il s'agit toujours de savoir si ce pouvoir humain, monarque ou nation, puise son droit de souveraineté en lui-même, s'il a en lieu sa raison detre; ou bien, au contraire, s il a sa racine dans l'ordre divin, s'il relève de Dieu et s'exerce en son nom.

11 est évident que les écoles philosophiques ou politiques qui réduisent toute réalité à l'homme lui-même et à la nature, s'abstiennent forcément de rattacher par un lien quelconque la souveraineté humaine à cet ordre divin, qu'ils nient, ou qu'ils doivent ignorer en vertu de leur méthode scientifique. Pour elles, la souveraineté temporelle doit s'entendre dans le

sens le plus absolu; elle ne relève que d'ellemême ; elle est indépendante de toute loi divine. A ce point de vue, la solution est la même, que ce pouvoir soit entre les mains d'un monarque, ou qu il s'exerce par les délégués de la nation. Mais cette doctrine, selon nous, n'est ni celle de la Révolution, ni celle du christianisme. Et, dans tous les cas, ce que nous voulons rendre manifeste, c'est qu'elle n'est nullement la conséquence de la séparation du spirituel et du temporel.

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