CHAPITRE III
QUELLE EST l'ÉTENDUE DE LA SOTJVEEAmBTB TEMPORELLE? — ^l'eSPEIT DE LA EÉVOLUTION.
Si, en proclamant le peuple souverain^ on 1 eût déclaré omnipotent; si Ion eût étendu le pouvoir du nouveau souverain aux choses de la conscience, lui attribuant la mission de régler Tordre religieux en môme temps que Tordre politique, on aurait eu raison de voir dans cette usurpation la volonté de détrôner Tautorité divine au profit de Tautorité humaine, devenue Tunique pouvoir sur la terre.
Mais, nous l'avons vu, à part quelques aberrations accidentelles, la Révolution n est point tombée dans une pareille confusion. Son esprit, quant aux objets quembrasse la souveraineté temporelle, est Tesprit même du christianisme,
cet esprit de liberté qui arrête Taction du pouvoir social devant 1 élément religieux qui est en l'homme. Si quelques tâtonnements, au début, ont pu laisser quelques doutes sur le sens libéral de la Révolution, l'instinct universel le rendait manifeste. Même les tentatives de réaction étaient obligées de lui faire une large part dans leurs chartes : à côté du principe de la religion de l'État restauré, brillait le principe, désormais inaliénable, de la liberté religieuse ; et bientôt la liberté religieuse triomphante a reparu seule dans les constitutions modernes, et marqué définitivement le caractère de la Révolution.
Ainsi, cette grande Révolution n'a pas seulement consisté en un déplacement de la souveraineté, transportée du prince au peuple; elle a consisté aussi, et essentiellement, dans la limitation du domaine attribué à cette souveraineté temporelle (1). Le peuple est souverain, mais il ne l'est que dans l'ordre temporel; éclatant hommage rendu à la dignité de l'âme humaine, et par là à Dieu, seul maître et souverain des âmes. La séparation du spirituel et du temporel était le complément indispensable qui devait imprimer à la révolution sociale le caractère même de la révolution chrétienne.
(1) Voy. sur ce point : Discours dans la discussion du projet de loi sur Tinâtruction publique, séance de l'Assemblée législative du 5 février 1850; et VItalie,X II, 292 etsuiv.
Donc, aussi bien au point de vue de Yétendue de la souveraineté du pouvoir temporel, qu'au point de vue de Yorigine de ce pouvoir, il est faux de dire que la substitution de la volonté populaire à la volonté du monarque a été, dans le droit moderne, la substitution de la souveraineté de l'homme à la souveraineté de Dieu. En d'autres termes, la Révolution, qui transporte la souveraineté du prince à la nation, laisse intacte ce double principe : P que tout pouvoir vient de Dieu; 2** que la souveraineté temporelle ne s'étend pas à l'ordre religieux. Ce qui n est autre chose que la théorie chrétienne sur l'origine et sur l'étendue des pouvoirs humains.
Toute la démocratie moderne se résume en ces deux principes. Nous sommes donc autorisés à appeler la démocratie moderne : démocratie chrétienne.