‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 69 sur 131 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

OBJECTIONS SE RAPPORTANT AUX DROITS DE Là VÉRITÉ. — QUESTION MAL POSÉE

Aux yeux de la plupart de nos adversaires, soit théologiens, soit hommes politiques, ce n'est pas assez d'avoir démontré que notre système, tout en affranchissant réellement la conscience individuelle, ne touche à aucun des éléments essentiels à la constitution et au fonctionnement de la société spirituelle, ni à aucun des éléments essentiels à la constitution des sociétés temporelles. Il leur reste à nous adresser une dernière ohgection qu'ils considèrent comme capitale.

Ce qui les frappe particulièrement dans notre système, ce sont ses conséquences nécessaires par rapport à ce qu'ils ont coutume d'appeler les droits de la vérité. En effet, d'une part l'Eglise, société spirituelle purement enseignante, ne possède en elle-même aucun moyen coercitif, aucune force matérielle pour protéger ses décisions contre les attaques de l'erreur; elle ne

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peut trouver ces moyens qu'en les empruntant aux pouvoirs humains. Mais, d'autre part, l'Etat n'ayant rien à professer en religion, et l'Eglise étant, pour lui, comme n'existant pas en tant que société spirituelle, à aucun titre il ne peut lui prêter son concours.

Ainsi la vérité ne peut recevoir une protection matérielle, ni de l'Église, parce que ce moyen est en dehors de sa nature, ni de l'Etat, parce que la force dont il dispose a une destination radicalement étrangère à l'ordre intellectuel. Notre système laisse donc la vérité absolument sans protection. Or, disent nos adversaires, quels que soient les systèmes politiques et les théories sur la liberté, la vérité n'at-elle pas en soi un droit contre l'erreur?

Ici encore, comme dans toutes les parties de ce sujet si complexe, il y a des confusions et des malentendus qu'il faut dissiper.

Dans tous les traités des théologiens, reviennent à chaque instant ces mots : les droits de la vérité; et ces mots manquent rarement de produire une certaine impression sur les esprits. « Oserez-vous, dit-on, opposer aux droits de la vérité les droits de V erreur? Cette proposition : droits de t erreur ^ n'est-elle pas une monstruosité ? L'erreur, c'est à dire le néant , peutelle avoir un droit? »

Ainsi présentée, l'objection est spécieuse, et elle fait illusion au plus grand nombre. Elle ne

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reposé pas moins sur une très fausse ttiàfaière de poser la question.

Nous pourrions nous contenter de répondre qu'on a beau parler des droits de la vérité contre Terreur ; que la situation résultant de la nature respective et de la destination des deux sociétés, selon les principes mêmes du christianisme, est une situation logique, irrévocable, et par conséquent légitime ; et que nous n'avons pas à nous occuper d'ulie difficulté métaphysique.

Mais non; si notre système est vrai et juste, il lie peut être en contradiction avec un principe vrai d'un ordre quelconque. Nous supposons plus d'harmonie dans l'ensemble et la proportion des choses divines et humaines, et nous ne voulons pas que notre système puisse encourir le reproche que nous avons adressé à nos adversaires, lesquels maintiennent comme légitime et nécessaire un ordre de choses absolument en contradiction avec l'esprit chrétien.

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