‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 70 sur 131 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LE DBOIT INVIOLABLE DE l'ÊTEE PENSANT

Nous bornerons-nous à rappeler cette distinc; tion si connue entre la tolérance religieuse et la tolérance politique? Au fond, cette distinction, parfaitement juste, renferme bien la solu-

DROITS ÛB U VÉRITÉ. — OBJ^TIONS. 51

tion de la difficulté qui nous occupe ; mais, ce qui prouve qu elle n*a pas suffi poi:^r conduire tous les esprits à une conclusion nette et radicale, c'est qu elle est adoptée aussi bien par les théologiens les plus attachés au principe de la religion de l'Etat, que par les partisans absolus du principe de la séparation du spirituel et du temporel, tels que M. J. Simon et M. Laboulaye. Il faut tâcher d'écarter toute équivoque.

§ !*■'> — Intolé^anoe dçom^tiquiç — T<kute dootH^e

est intolérante.

Toute doctrine qui s'affirme déclare par cela même erroné ce qui la contredit. En ce sens, et radicalement, toute doctrine, niant la vérité de ce qui lui est contraire, est intolérante. De même, une intelligence quelconque, qui croit à la vérité d'une doctrine, croit par cela même à la fausseté de toute doctrine contraire. En ce sens également il est vrai de dire que tout esprit est intolérant.

Cette intolérance est absolument indépendante du motif qui a déterminé l'adhésion de l'esprit à une doctrine. Que le motif de l'adhésion soit dans la perception directe ou scientifique de la vérité affirmée; qu'il soit daps la confiance absolue en celui qui propose cette vérité à ma croyance, cet état psychologique de l'esprit, consistant à déclarer faux le contraire de ce qu'il croit vrai, est exactement le même dans les

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deux cas. Le libre penseur, par rapport à la , doctrine qu'il a adoptée comme vraie, est dans la même position que le chrétien par rapport à l'objet de sa croyance. L'un et l'autre déclarent erroné le contraire de ce qu'ils croient vrai. Ils sont tous deux également intolérants.

On nous permettra donc de substituer à la formule ordinaire, intolérance religieuse, vraie du reste , la formule plus compréhensive : intolérance dogmatique.

Sous le bénéfice de cette observation, nous admettons la définition donnée par M. J. Simon de Y intolérance religiettse. « Par l'intolérance religieuse, dit-il, j'entends seulement l'intolérance qui consiste à ne pas admettre de dogmes nouveaux ni de modifications aux dogmes anciens , qui s'applique aux seuls fidèles , et n'attente en aucun cas à la liberté des incrédules ; et qui , pour les fidèles mêmes, ne prononce aucune peine temporelle , et se borne, pour toute pénalité, quand les voies de la persuasion sont épuisées, à l'excommunication purement spirituelle. . . On ne peut reprocher à une Eglise de croire à la vérité de ses propres dogmes, et d'exclure les dissidents de son sein. Elle ne fait, en les renvoyant, que constater la situation de leur esprit, car on ne saurait appartenir à une Église dont on rejette les croyances (1). »

(1) La Liberté de conscience ^ page 107.

M, Laboulaye, adoptant cette définition, fait judicieusement remarquer que l'intolérance religieuse , « toute spirituelle , n est , sous un autre nom, que la juridiction de l'Eglise sur les fidèles (1). «

La définition des théologiens est la même : « L'intolérance religieuse consiste à rejeter, comme improuvée de Dieu, toute religion qui n'est pas la véritable, en laissant toutefois le jugement des consciences à celui qui seul en est le scrutateur (2). »

§ 2. — Intoléranoe cnnut oiawoÊ,mqam

Par contre, on appelle intolérance civile ou politique l'intervention de la force temporelle au service d'une doctrine ou d'une religion. Cette intolérance « toute temporelle, est l'envahissement des consciences ; elle transforme le prêtre en magistrat et l'apôtre en persécuteur (3). » » Si l'Etat attache à l'excommunication des peines temporelles, ou s'il contraint les incrédules et même les croyants à l'orthodoxie et à la pratique des devoirs religieux, cette intervention de la force dans les affaires de la con-

(1) La Liberté religieuse ^ pag. 5.

(2) Cours complet de Théol,, édité par Tabbé MlGNS, t. VI, pag. 1269.

(3) Labouiat£. La Liberté religieuse,

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