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science n'appartient plus à l'intolérance religieuse. C'est un fait nouveau qui se produit (1). »
Ici encore, peu importe le motif de cette intervention de la force dans les affaires de la conscience. Les uns demandent cet appui de la puissance temporelle au nom de l'intérêt de la société spirituelle ; les autres au nom du droit de la vérité ; les autres au nom de l'intérêt social : « L'intolérance civile consiste à proscrire la profession de toute doctrine et de tout culte opposé au bien de la société (2). » Dans tous les cas, l'intolérance politique ou civile est un fait de même nature : la force mise au service de la vérité ou de ce qu'on croit la vérité.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'intolérance dogmatique^ laquelle nous est commune avec quiconque affirme une doctrine , religion ou philosophie. On ne saurait assez le répéter, que je déclare, moi chrétien, tel philosophe hors de la vérité , hors du groupe auquel j'appartiens et seul, à mes yeux, en possession de la vraie doctrine sur Dieu et les choses divines, en un mot, que je l'excommunie; que ce philosophe en fasse autant envers moi... notre situation respective est la même, si nous nous en tenons l'un et l'autre à nos affirmations. Cette intolérance dogmatique nous permettra
(1) J. Simon. La Liberté de eonseience, pag. 107.
(2) Cours complet de Théologie, t. YI, pag. 1269.
même de vivre très amicalement ensemble, si nous sommes de caractère aussi pacifique l'un que l'autre, et si nous possédons au même degré le sentiment de la fraternité humaine.
§ 3. — Vraie question de ta 13>erté. — Il a*agit, non du droit de la liberté ou de Terreur ; mais du droit de la personne humaine.
La situation change tout à fait entre nous, quand lun des deux prétend employer contre l'autre un moyen de contrainte.
Aussi est-ce là que commence la vraie question de la liberté, parce que nous nous trouvons en face, non de la vérité ou de Terreur, mais de la personne humaine, en face de l'être raisonnable et libre. Dire que la vérité seule a des droits, et que l'erreur n'en a aucun, c'est ne rien dire qui ait une portée philosophique quelconque ; à moins qu'on ne veuille exprimer cette vérité banale que le vrai seul est une réalité, et que l'erreur est ce qui n'est pas. Quand on parle de liberté individuelle ou de tolérance politique, il ne s'agit ni de la vérité ni de l'erreur, il s'agit de l'esprit humain, de sa nature et des droits qui en résultent.
Une affirmation se produit devant lui. Être intelligent et li]yre^ il y adhère ou la nie. Quoi de plus?
Si nous nous en tenons à la vérité impersonnelle, vous ne sortirez pas de cette situation : une
chose affirmée, une intelligence se refusant à l'accepter. Nous défions que Ton ajoute un élément de plus à ces deux termes, la vérité impersonnelle ne pouvant faire autre chose que se montrer et s'affirmer.
Mais cette vérité est affirmée par une personne, par un être intelligent, fini ou infini. Voilà un élément nouveau qui intervient. La situation est-elle changée? L'être qui affirme une vérité a-t-il sur l'être auquel il la propose un droit que n'a pas la vérité impersonnelle? Nous disons, non. D'une intelligence à une intelligence, il n'y a d'autre rapport que le verbe. L'intelligence suprême elle-même ne communique pas autrement avec les intelligences finies. Dieu, la vérité vivante, parle à l'entendement des êtres intelligents, et c'est tout. Sa parole a produit ou non son effet sur l'intelligence à laquelle elle s'adresse, c'est à dire qu'elle y a fait ou non la lumière, et qu'elle a déterminé ou non son adhésion.
Nous avons montré plus haut (1) que la question de liberté est absolument étrangère à cet ordre d'opérations. Rien n'est plus dépourvu de sens que ces mots appliqués aux opérations de l'entendement : Je suis libre de croire ou de ne pas croire à un axiome. Vis-à-vis de la vérité, soit impersonnelle, soit personnelle, vis-à-vis de ce-
(1) 2^ partie, liv. m, chap. ii, } 2.
lui qui laffirme, intelligence suprême ou intelligence finie, je vois ou je ne vois pas, je suis convaincu ou je ne le suis pas. Il n'y a pas autre chose dans cette opération de l'esprit. En termes plus simples, je vois ce que je vois; et ce que je vois, c'est à dire l'idée qui est en moi, s'exprime naturellement par la parole. Mon esprit peut être borné, mon sens intellectuel faux ; l'œil de l'esprit peut être oblitéré comme l'œil du corps ; mais il voit à sa manière, et ce qu'il voit il l'exprime. Voir selon sa nature et exprimer ce qu'il voit, c'est l'état normal de l'être intelligent.
g 4. - Indépendance respective de tout les êtres pensants
A ce titre tous les êtres intelligents de la création sont dans une position bien simple, et respectivement identique, les uns vis-à-vis des autres. Ils se parlent les uns aux autres, et rien de plus. Chacun d'eux reste en face de tous dans son impassible et inviolable attitude d'accepter ou non la chose affirmée par les uns ou les autres. Cette attitude est, nous le répétons, l'état rationnel et essentiel de l'être intelligent ; il constitue son droit propre. Et, sous ce rapport, il y a égalité de droits entre les esprits. Chacun est absolument indépendant vis-à-vis des autres, et même vis-à-vis de l'esprit souverainement intelligent.
Il est évident que s'il plaît à Dieu d'éclairer
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complètement une intelligence sur la vérité qu'il lui propose, il le peut; et, dans ce cas, cette intelligence verra cette vérité comme elle voit un axiome et y adhérera.
Mais il s'agit ici, non de la qualité de celui qui affirme une vérité, et du degré de lumière dont il entoure cette vérité, mais de l'état de l'esprit auquel cette vérité est proposée. Ce que nous voulons faire comprendre, c'est que de même que chacun voit par ses yeux et non par les yeux d'autrui, l'esprit ne peut voir qu'à sa manière et non à la manière de celui qui lui parle ; qu'il faut donc, sous ce rapport, écarter comme oiseuses ces propositions : droit de la véritéy non droit de t erreur , pour ne retenir que le fait irréductible d'un esprit voyant ce qu'il voit et l'exprimant ; ce qui n'est autre chose que Tindépendance de la pensée et le droit qui en résulte d'exprimer sa pensée.
La seule condition, bien entendu, de cette indépendance de l'esprit, c'est la sincérité. On ne peut se mentir à soi-même, pas plus qu'on ne peut mentir à celui qui lit dans les âmes. Supposer quelqu'un qui veuille se persuader que deux et deux ne font pas quatre, c'est supposer l'impossible.
§ 5. — La part du libre arbitre dans les upérationt de Teoten* dément. — Blaii Dîeu leul Jugede oet acte întîi
Mais les vérités ne sont pas toujours aussi évidentes, et mille considérations personnelles et égoïstes peuvent nous porter à écarter la lumière, afin de ne pas voir ce que nous avons intérêt à ignorer. Ici c'est un tout autre ordre d'opérations; c'est l'élément actif, le libre arbitre qui est en jeu ; c'est la volonté, l'acte libre de l'homme qui vicie l'opération de l'entendement. L'être intelligent est alors responsable vis-à-vis du souverain des âmes, dans la mesure de l'effort volontaire qu'il a fait pour empêcher la vérité de venir jusqu'à lui. Or, Dieu, qui s'est réservé le secret des âmes, s'est réservé par cela mênie le droit déjuger les opérations de la volonté. A lui seul il appartient de savoir si, dans l'acte de la connaissance, cette opération propre de l'entendement, se trouve mêlé, et dans quelle proportion, quelque élément, du fait de la volonté, qui a influé sur la connaissance en obscurcissant l'entendement, et qui crée la responsabilité dans l'âme par l'intention qui a déterminé la volonté.
Même les théologiens qui, par des distinctions subtiles sur la foi interne et la foi externe^ prétendent légitimer l'inquisition, sont obligés de reconnaître cette doctrine : « Ni l'Église, ni
rinquisition n ont le droit d*6ter à l'homme le libre arbitre, et quand elles le voudraient, elles ne pourraient pas l'obtenir, parce que les actes intérieurs de notre volonté ne sont connus que de Dieu; les épées et les roues ne sont pas capables d'ôter à l'homme son libre arbitre (1). »
C'est pourquoi Dieu, en se réservant le secret des âmes, s'est réservé le droit de juger la part intentionnelle du libre arbitre dans les opérations de l'entendement. Ce droit il ne l'a délégué à nulle créature; aussi, chacune, vis-à-vis des autres, se trouve-t-elle dans sa pleine indépendance. N'ayant pas à leur rendre compte des motifs déterminants de ses croyances, et la sincérité étant présumée, elle se borne à dire : Je crois ceci, je vois cela. Devant cette affirmation s'arrête tout regard humain, et par suite tout droit de refouler cette parole.
Ce pouvoir qui appartient à chaque homme de rester impénétrable à l'œil de l'homme dans son sens intime, et qui, laissant présumer la sincérité, commande le respect, ce pouvoir joint à l'indépendance native de l'être intelligent, constitue le droit inviolable de l'homme vis-àvis de l'homme, dans sa pensée et dans la manifestation de sa pensée.
Tels sont les vrais termes de la question. Il s'agit, non des droits de la vérité ou de l'erreur,
(1) Cours complet de Théologie ^ t. VI, pag. 1318.
mais de rindépendance respective des esprits, et du droit qui en résulte pour chacun d'affirmer sa croyance vis-à-vis des autres, droit qui commande à quiconque n'est pas Dieu, de s'arrêter devant ce sanctuaire inviolable de l'esprit qui croit et qui affirme ce qu'il croit.