‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 80 sur 131 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

OPINION EXCESSIVE ET ANTISOCIALE QUANT AUX MOYENS EMPRUNTÉS PAB l'ÉGLISE A l'OEDEE TEM- POBEL.

Nous avons besoin d'insister sur ce dernier point. Plus que jamais on tend à faire triompher une doctrine excessive et, nous osons le dire, antisociale, au sujet de ces moyens empruntés par rÉglise à Tordre temporel. Sous l'empire de préoccupations exclusives et passionnées, on oublie que ces moyens varient nécessairement suivant les temps, les lieux, les circonstances, le degré de civilisation où se trouvent les sociétés humaines au milieu desquelles vit l'Eglise. Pour sauver des institutions vieillies et en désaccord avec l'ordre social moderne, on prétend poser cette règle que lorsque l'Eglise déclare nécessaire à son indépendance un moyen temporel, la société civile doit subir cette situation exceptionnelle, l'emploi de ce moyen portât-il atteinte, à l'un des

éléments essentiels du droit national ; que jtâ* cher de s'y soustraire, ce serait se mettre en révolte contre le droit inviolable et imprescriptible de l'Église.

Nous n'hésitons pas à repousser cette théorie comme irrationnelle et subversive de tout ordre humain et divin. Et nous lui opposons la règle suivante : c'est qu'un moyen emprunté par l'Église à l'ordre temporel ne peut être affirmé bon en bqI et indispensable à l'existence et à l'indépendance de l'Église, si ce moyen implique la négation d'un droit essentiel dans l'ordre temporel. De môme qu'on ne peut admettre qu'il entre dans la constitution rationnelle et néces* saire des sociétés humaines quelque condition inconciliable avec quelque droit essentiel à la société spirituelle. Comme tout est harmonique dans les œuvres divines, on est en droit d'affirmer à priori qu'il ne peut entrer dans les conditions d'existence de Tune et l'autre société, rien qui se contredise.

§ I. — AppUoatîon de oetle faniie dootrine à la quettion

de la papauté temporelle.

En regard de ce principe, se présente naturellement à la pensée cette institution de la papauté temporelle , en vue de laquelle surtout sont invoquées les fausses théories que nous combattons. Suivant la règle d'ordre harmonique qui, d'après nous, doit dominer le débat,

ni LA RÉVOLUTION ET LÉGLISB.

il suffit qu'il soit admis que le droit de disposer de ses destinées entre dans les conditions essentielles d'existence de toute société temporelle, ce qui n'est autre chose que la souveraineté nationale, pour qu'on soit mal fondé à déclarer la possession d'un État pontifical absolument indispensable à l'Eglise ; car ce serait la confiscation du droit souverain du peuple romain, et par conséquent l'aveu que l'Église ne peut accomplir pleinement ses destinées qu'en violant un droit essentiel dans l'ordre temporel.

Que, dans l'état de confusion où se sont trouvées les sociétés européennes pendant le long et et laborieux enfantement du monde nouveau, l'Église ait jugé prudent d'ajouter à l'autorité morale du souverain pontife le prestige d'une royauté humaine, on peut le concevoir. Mais proclamer cet expédient indispensable; mais jeter une sorte d'interdit sur les peuples italiens, parce que, voulant être enfin une nation, ils revendiquent leur capitale naturelle; mais lancer l'anathème contre ceux qui, frappés des transformations subies par l'ordre européen, déclarent que la souveraineté pontificale, désormais inutile, est devenue un obstacle à la civilisation et une source de difficultés pour l'Eglise elle-même... agir ainsi, c'est dénaturer le droit et la fonction de la puissance spirituelle. C'est mettre dans la question un élément absolu et immuable qui ne lui appartient pas. Et nous

ajoutons que procéder d'une façon aussi affirmative, c'est faire ce que l'Eglise n'a jamais fait.

Si tranchants, du reste, qu'aient été les modernes défenseurs de la papauté temporelle, ils n'ont pu dépasser certaines limites. Qu'on parcoure leurs œuvres les plus retentissantes, dans aucune vous ne verrez qu'on ait osé attribuer à la souveraineté pontificale le caractère essentiel et irrévocable d'un dogme ou d'une institution établie par le révélateur lui-môme, et par conséquent, d'après les règles ci-dessus établies, irréformable. Le plus qu'on ait pu faire, c'est de déclarer que si ce n'est pas un dogme, « c'est un fait protégé par un dogme » (1).

Mais les mots et les assimilations ne peuvent changer la nature des choses. Ce qui est vrai, c'est que cette institution ne remonte ni au Christ, ni aux temps apostoliques ; qu'elle est , au contraire , de date relativement récente ; qu'elle n'appartient pas par sa nature à l'ordre spirituel; qu'elle appartient, au contraire, à Tordre temporel ; qu'elle est du nombre de ces moyens que l'Église emprunte à cet ordre temporel par des motifs d'utilité; que l'Eglise peut toujours, à tous les monaents de l'histoire, peser de nouveau ces raisons d'utilité , restant libre,

(1) Voy. une brochure de Mgr QEBfim, intitulée Observa' tions de Mgr Vévéqtte de Perpignan^ au sujet des attentais dirigés contre la souveraineté temporelle du pape.'-~'FQns,QsLume, 1869.

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