‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 81 sur 131 · II · texte numérisé non relu

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selon les circonstances, de conserver ce moyen ou d en abandonner l'emploi ; que c'est donc une imprudence grave que de prétendre , sur ce point, lier à tout jamais l'Église, quand, pour ce fait , elle se trouve en conflit avec les droits des sociétés humaines.

Les efforts combinés de la chaire et de la tribune ne sauveront pas ce qui est destiné à périr. C'est en vain que, pour écarter les revendications italiennes, un illustre orateur chrétien a répudié avec une sorte de dédain l'argument qui s'appuie sur les éléments constitutifs et les droits essentiels des nationalités. Quelle que soit la vraie doctrine sur cette question, tant débattue, des fondements et des conditions naturelles de toute existence nationale, le R. P. Hyacinthe a oublié que c'est une question temporelle ; que , par conséquent , ce n'est pas à l'Église qu'il appartient de la résoudre ; et que la transporter dans la chaire, c'est se tromper de terrain. Dire à l'Italie , au nom de l'Église : » Vous vous trompez sur les vrais principes des formations nationales, vous avez tort de faire converger vos aspirations unitaires vers telle ville que vous proclamez indûment votre capitale naturelle, » c'est faire intervenir l'Église dans un ordre où elle n'a nulle compétence. Poser toute son argumentation sur de pareilles confusions, c'est la poser dans le vide. Que l'Italie ait tort ou raison dans l'œuvre tempo-

relie qu'elle a entreprise, l'Eglise l'ignore, et vous l'ignorez comme elle en tant que son ministre; prétendre, vous puissance spirituelle, au nom de principes relatifs à l'ordre temporel, refuser Rome à l'Italie, ce n'est qu'ajouter un sophisme de plus à tous les sophismes déjà accumulés dans ce débat, et perdre la cause que vous voulez servir.

La tribune n'a pas mieux que la chaire inspiré les défenseurs de l'État pontifical. Oui, sans doute, M. Thiers a eu raison de dire que ce serait empiéter sur l'ordre religieux que de faire les sociétés politiques juges des moyens d'existence et de conservation que l'Église trouve bon d'adopter. Mais reprocher un semblable abus de compétence aux Italiens qui réclament à la papauté leur capitale, c'est tout simplement intervertir les rôles ; car c'est au contraire l'Église qui, en enlevant à une société humaine une province que cette société affirme être une partie intégrante de sa nationalité, se fait juge d'une question temporelle et empiète ainsi sur un domaine où elle est absolument incompétente. Cet argument, prétendu irréfragable, porte donc à faux et s'évanouit devant cette observation bien simple : non, la politique humaine n'a pas à juger les moyens de gouvernement pratiqués par l'Église, mais à la condition que l'Église cesse d'invoquer cette inviolabilité, quand elle emprunte ses moyens à l'ordre temporel. A son

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tour elle deviendrait usurpatrice si, sous prétexte que ces moyens lui sont utiles, elle prétendait déposséder lautorité sociale de sa compétence légitime et supprimer un droit national. Il arrivera un moment, et ce moment est moins éloigné qu'on ne pense, où les événements, dans leur inflexible logique, dépouilleront le saint-siége de cette royauté d'emprunt ; et alors, quand on verra l'Église , dans ces nouvelles conditions, plus indépendante, plus respectée, plus réellement souveraine sur les âmes, on rougira des subtilités à l'aide desquelles un zèle exagéré soutient depuis si longtemps cette institution prétendue indestructible; et les docteurs catholiques, aussi bien que les hommes d'Etat, trouveront des raisons irréfragables pour démontrer qu'il n'y a rien à regretter, parce que l'indépendance de l'Église et du saint-siége n'a que faire de ce qui n'était après tout qu'un simulacre de royauté.

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