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Mais, ce récit ne se borne pas à prendre son point de départ aux temps historiques. Remontant à l'origine même des choses, il raconte la création, et là, devant le spectacle de l'œuvre divine, avec l'assurance d'un témoin, l'auteur sacré décrit des événements et marque des faits que la science, dont ils sont le domaine, ne pourra saisir, même en partie, qu'après des siècles de tâtonnements et d'efforts accumulés. Or, ces faits, dontnuUetrace ne pouvait être restée dans la mémoire des hommes, puisque la plupart étaient antérieurs à l'apparition de l'homme, ces événements primordiaux, ces cataclysmes, ces révolutions immenses de la terre et descieux, dont le secret était gardé dans les entrailles du globe et dans les abîmes de l'espace, comment l'auteur de la Bible les pouvait-il connaître ?
On voit, à la lecture de ces pages immortelles, que par la bouche de Moïse ce n'est pas la science humaine qui parle; ce n'est pas le langage d'un savant proposant des opinions personnelles, lesquelles, à cette époque, n'auraient pu être que des conjectures, c'est l'affirmation assurée d'un homme qui a conscience d'annoncer des vérités incontestables et que l'avenir- ne démentira pas. S'il ne tient pas ces vérités de ses propres connaissances scientifiques, ni de celles de ses contemporains, d'où les tient-il? Les chrétiens pensent qu'il les tient d'une inspiration divine.
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§ 4. — L'inspiration de rauteur sacré est personnelle.
Quel est le caractère, et quel est le but de cette inspiration ?
L'inspiration, dont Moïse est l'objet, est personnelle. En en montrant le but, nous en donnerons la raison. Le but de cette inspiration est-il de fournir à l'humanité un corps de doctrine scientifique? Nullement. Jamais le monde chrétien ne l'a pensé. Pour que cet enseignement eût sa raison d'être dans les vues providentielles, il faudrait supposer que la religion ne peut se passer d'un appareil scientifique, parce que les vérités des deux ordres seraient également nécessaires au salut. Alors, ce ne serait pas un fait isolé d'inspiration que nous offrirait l'histoire, mais une révélation scientifique permanente, au moins quant aux moyens de conservation des vérités révélées ; nous retrouverions cet ensemble de vérités scientifiques dans l'enseignement du Messie promis par les Écritures; et le symbole des chrétiens embrasserait le domaine des sciences commqle domaine religieux.
Or l'Évangile est muet sur le récit scientifique de la Genèse. De tous les faits de cet ordre, que contient le livre biblique, les apôtres, héritiers du Christ, et formulant sa doctrine en un symbole de foi, n'ont gardé qu'un grand
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fait, érigé en dogme ; la création : « Je crois en Dieu créateur du ciel et de la terr^. » Là, op est à la racine des choses, au point de départ de toute science soit divine soit humaine. Il fallait avant tout affirmer le Dieu personnel, préexis* tant à tout, et tirant tout du néant. Voilà pourquoi cette vérité, point de départ de toutes les autres, devait être enseignée comme un dogme, et le premier de tous les dogmes.
Un autre fait, celui de la création d'un premier couple unique, a aussi pour les chrétiens une importance dogmatique, car il est nécessairement supposé par le dogme de la déchéance, sur lequel roule toute l'œuvre messianique. Ce fait primordial est donc dans la tradition inaliénable de l'Église.
Mais une fois le dogme de la création posé, et le fait d'un premier couple établi, le symbole, purement religieux par son objet, n'a aucun trait à l'œuvre des créations successives et aux questions scientifiques qui s'y rattachent, par plus qu'aux faits concernant l'histoire primitive de l'humanité. Ces questions scientifiques ou hiîstoriques sont étrangères au symbole qui est C(^mplet en lui-même. Supposez le récit biblique supprimé, vous ne retranchez rien à la doctrine religieuse des chrétiens.
Est ce à dire que, sauf le dogme de la création et le fait de l'existence d'un premier couple
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INCOMPÉTCNCB S€fENTIFfQUfi M LtGLISE. 145
Genèse soient répudiés par le Christ et l'Église? Loin de là. Nous voulons dire simplement que ces faits ne font point partie de l'enseignement dogmatique de l'Église; ce sont des choses accessoires, parfaitement distinctes et indépendantes des objets de la foi. Mais, bien qu'accessoires, elles n'ont pas moins une haute portée dans la Bible ; le récit de Moïse, étranger à l'ordre religieux par son objet, devient, par son but, un monument d'un grand prix dans l'ensemble de l'œuvre messianique.
§ 5. — But de cette înapiratiott.
Quel est ce but?
Il ne faut pas oublier que toute l'histoire du peuple juif est une préparation à cette œuvre messianique. C'est à ce point de vue surtout que l'auteur sacré a recueilli les traditions nationales, marquant d'un trait lumineux la voie sacrée où marchait le peuple choisi, entre deux termes extrêmes, la déchéance originelle et la réconciliation par le Christ. Aussi, son livre, en même temps qu'il est un monument historique comme tous ceux qUe nous a légués l'antiquité, présente-t-il ce caractère exceptionnel d'être l'annonce prophétique d'un grand événement, capital dans la vie de l'humanité. Tout y converge autour de cette idée dominante, la promesse du Messie; dans ces récits, tout sert à
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asseoir sur des fondements indestructibles la croyance traditionnelle du peuple juif à lavénement certain du Messie ; et pour les peuples à venir, tout devra servir à prouver que, dans la personne du Christ, s'est réalisée l'annonce prophétique.
C'est pourquoi tous les moyens de preuves s'y trouvent réunis; sans compter les signes purement rationnels de la véracité historique qui s'y montrent au plus haut degré, Moïse emploie trois ordres de moyens surnaturels, se rapportant à une triple inspiration : le miracle, la prophétie, l'affirmation de faits scientifiques, inconnus et invérifiables au moment où ils sont affirmés.
Comme le fait miraculeux, comme le fait prophétique, l'affirmation scientifique par inspiration est un moyen de preuve. Au même titre que les faits miraculeux étaient destinés à convaincre les témoins contemporains ; au même titre que les prophéties étaient destinées à devenir une preuve analogue pour ceux qui vivraient au temps de leur accomplissement; au même titre, le récit primordial de la formation des choses, écrit à une époque où la science des lois du monde était nulle, a été légué aux âges futurs progressivement éclairés par les conquêtes de l'esprit humain, comme une preuve extrinsèque^ mais éclatante, de l'inspiration divine de l'auteur de ce récit.
Il est naturel que les chrétiens, convaincus de l'inspiration de ces livres, attendent en toute sécurité le contrôle des découvertes scientifiques. Sur la plupart des points, l'attente devait être longue, laborieuse, troublée fort souvent par les trompeuses apparences de faits mal vérifiés et de théories incomplètes. Bien loin que Moïse ait pu emprunter les éléments de son récit aux connaissances scientifiques de ses contemporains, toute la science cosmogonique et ethnographique des anciens repose sur des erreurs entièrement contraires aux assertions bibliques; ces erreurs se sont perpétuées encore pendant des siècles, et la science qui commence à débrouiller ce chaos est toute moderne.
Aussi, les ennemis du christianisme et, par suite, du livre qui en est la préparation, ont-ils pu- longtemps, sur un grand nombre de questions, se vanter d'un apparent triomphe, jusqu'à ce qu'enfin les belles et décisives découvertes de ce siècle, en restituant les véritables lois du monde, aient fait ressortir leur concordance avec l'immortel récit de la Genèse.
Bien des points subsistent encore, de cosmogonie, d'ethnographie, de philologie, où la science humaine n'a pas dit son dernier mot ; et quelques points même où les résultats présents de l'observation peuvent faire naître des doutes sur l'exactitude de l'auteur sacré. Les efforts et les recherches ne se lasseront pas, et les chré-
tiens ont la confiance que, plus la lumière scientifique se fera, plus deviendront nombreux les points de concordance de la science avec la Genèse.