II
154 U BËVOLUTfON BT ViéHiSR.
tance dogmatique. Si, au lieu de cette importance dogmatique, le fait exprimé dans le texte biblique n'avait qu'un caractère purement scientifique ou historique, sans lien nécessaire et indivisible avec un dogme religieux, l'Église n'aurait aucune compétence pour définir le sens du texte qui le contient.
Donc, on aura beau subtiliser, pour définir le sens scientifique d'un texte, il faudrait être compétent sur l'objet scientifique qui est exprimé par ce texte. Nous retombons, on le voit, dans la compétence scientifique proprement dite ; et nous savons que cette compétence n'appartient en aucune façon à l'Eglise. Elle ne peut donc pas plus intervenir à ce titre pour définir scientifiquement ce texte, qu'elle ne peut intervenir pour définir scientifiquement une proposition de la science moderne.
§ 3. — L'Eglise ne peut intervenir non plus comme contimMUit
Fauteur sacré.
Peut-on faire intervenir l'Eglise à un autre titre, c'est à dire comme représentant et continuant l'auteur même du texte, lequel n'avait pas plus qu'elle une compétence scientifique, et lequel cependant l'Eglise sait n'avoir pas pu se tromper ?
Nous avons vu que l'auteur a parlé sous une inspiration divine. C'est cette inspiration qui fait son autorité. Il faudrait donc, pour que
INCOMf^TBNGB SaENTmQUB OE L'ÉGLISE. 155
l'Église le représentât et le continuât, qu'elle fût l'objet de la même inspiration. Or, personne ne l'a jârmais pensé. Il est admis que l'inspiration, soit prophétique, soit rétrospective, est personnelle. L'Eglise ne la possède en aucune façon, et n'a jamais prétendu la posséder. En face de l'objet scientifique de ces textes, les membres de l'Eglise sont des lecteurs quelconques, abandonnés à leurs propres lumières, comme ils le sont en présence des assertions des savants modernes. Dépourvus, à cet égard, de toute inspiration exceptionnelle, ils n'ont aucun droit d'affirmer dogmatiquement leur opinion et d'en faire un article de foi.
Dira-t-on que l'Eglise, quand elle consacre de nouveau une affirmation scientifique de la Oenèse, ne prétend se dire ni inspirée ni savante, mais qu'elle entend uniquement rappeler que c'est l'auteur sacré qui était inspiré, et par conséquent digne de foi?
C'est là qu'est la confusion et le cercle vicieux. Que l'auteur de la Genèse fût inspiré, cela n'implique, en aucune façon, pour TEglise, le droit d'intervenir ; car, pour intervenir avec autorité, il faudrait que l'Eglise participât à l'inspiration. Qu'on regarde, en effet, ce qui se passe à l'égard dès vérités dogmatiques, quand il s'agit de fixer le sens d'un texte, soit de la Bible, soit de l'Évangile, qui en est la formule. Suffit-il que les auteurs de ces livres aient été inspirés? Non, as-
sûrement. Il faut, pour que TÉglîse puisse définir et affirmer le sens de ce texte, qu elle soit elle-même l'objet d'une assistance divine particulière. C'est cette assistance directe qui crée sa compétence et son autorité, et non l'inspiration individuelle de l'auteur du texte à définir. Sans quoi, le premier venu aurait qualité pour donner ces définitions.
C'est parce que les textes contenant des vérités dogmatiques sont des formules empruntées aux langues humaines, et par conséquent imparfaites, qu'ils ont reçu inévitablement, malgré l'inspiration de l'auteur, des interprétations très diverses et même contradictoires ; et c'est pourquoi l'Eglise, chargée d'en garder le vrai sens, a dû être l'objet d'une assistance divine permanente. Il faudrait donc que cette assistance s'étendît également aux questions scientifiques, pour que l'Eglise pût choisir sûrement entre les divers sens qu'on peut donner aux textes de la Bible. Or personne pourra-t-il prétendre qu'elle possède cette sorte d'inspiration?
N'ayant donc, sur ces sujets, ni la compétence scientifique ni l'inspiration particulière, à aucun titre elle n'a le droit d'y intervenir pour dogmatiser. Elle doit abandonner ces textes à qui de droit, c'est à dire à la science humaine.
S'agit-il d'un texte obscur, n'affirmant clairement aucun fait scientifique? Il n'a nul intérêt ni pour la science ni pour la religion. S'agit-il
d'un texte clair et précis, affirmant un fait scientifique à une époque où la science n'existait pas? Si les découvertes postérieures de la science confirment ce fait, le triomphe du livre sacré en brillera d'autant plus, que l'Église ne sera pas sortie de son impassible neutralité.