DE L AUTORITÉ RELIGIEUSE
Quelle est la conclusion qu'il faut tirer de rhistoire de TEglise dans ses rapports avec -la société moderne? Le fait est éclatant : Thostilité s'est montrée d'un bout à l'autre; elle a été érigée en système; elle est devenue la grande préoccupation de la cour pontificale. L'Église s'est en quelque sorte réorganisée pour en faire son œuvre capitale et persévérante depuis trois siècles. Ses congrégations ont formé comme une milice compacte animée de cet esprit d'hostilité contre les tendances modernes, chargée de. le généraliser et de l'infuser dans les moeurs par tous les genres de propagande. Enfin I. 11
cette politique a été précisée, résumée et de nouveau solennellement affirmée par le même souverain pontife qui, un moment, avait essayé d'étendre la main pour bénir la liberté et la démocratie.
On voit que nous n'avons rien éludé ni atténué.
De tout cela est-on autorisé à conclure : Tinstitutioû catholique est par Tintimité de sa doctrine opposée au droit moderne?
Malgré tous ces faits accumulés, toutes ces apparences accusatrices, nous persistons à soutenir, avec la plus entière conviction et après une étude que nous croyons impartiale, qu il n y a là qu'une monstrueuse confusion, que cette politique humaine, superposée à l'institution catholique proprement dite, et dénaturant son esprit, bien loin d'en être une émanation logique, lui est au fond étrangère. C'est pourquoi notre but est d'écart<Br ce mélange grossier, afin de restituer à l'Eglise son caractère de société purement spirituelle.
On a beau nous dire : « Votre conception, il est vrai, se distingue radicalement de la conception de la plupart des catholiques; mais ces catholiques, en définitive forment autour du pape l'immense majorité. Il y a donc, si vous le voulez, deux catholicismes : l'un conçu par vous et libéral; l'autre officiel, universellement affirmé par le pape et les évêques. Nous sommes
LA SOCIÉTÉ SPIRITUELLE. \tZ
en droit de tenir ce dernier pour le vrai, et de vous considérer, vous, comme un dissident. »
Non, nous n'acceptons pas cette conclusion, et c'est à la combattre qu'est destinée cette seconde partie de notre travail.
Nous soutenons que ces questions politiques, sur lesquelles porte notre dissidence avec une grande partie du clergé, et même avec la présente cour romaine, sont de celles où la foi n'est pas engagée ; en sorte que sur ces questions on pense blanc ou noir sans cesser d'être catholique ; que pour être membre de l'Église, il faut uniquement adhérer au symbole religieux proprement dit, symbole conservé dans sa pureté par l'universalité de la société spirituelle, ce qui constitue l'unité et l'unité invariable et indéfectible de cette société ; que le gouvernement de l'Église, et par suite son organisation et sa discipline ne se rapportent qu'à la vie religieuse de cette société ; que là seulement est l'Église, l'institution catholique ; que, en dehors de ce domaine, les questions de la politique, de la science, de l'économie sociale, sont abandonnées à la libre discussion ; que l'autorité spirituelle n'a aucune mission pour les résoudre; que si elle les a rencontrées et résolues, en fait, par suite de ses alliances avec les sociétés temporelles, elle n'a aucun droit de les faire entrer, en en changeant la nature, dans la sphère religieuse, ni d'imposer, sous aucun prétexte, les
itl LA RÉSOLUTION ET L'ÉGLISE.
solutions qu elle en donne, sous peine d être déclaré hors de l'Église.
Il y a donc, au fond de ce problème, purement et si mplement , une question de compétence . C'est cette question qu'il faut résoudre.
Ce problème a deux faces.
Il faut d'abord donner la vraie définition de l'Eglise, caractériser sa nature en tant que société spirituelle; faire découler de ces prémisses le sens rationnel de l'autorité religieuse, par opposition à la souveraineté politique.
Il faut ensuite déterminer le domaine où s'exerce cette autorité religieuse.