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\ii LA RÉVOLUTION ET L'ÉGLISE.
la Bible furent opposés à ses opinions astronomiques, il tâcha d'écarter l'Écriture sainte de ce débat concernant les qtiestions naturelleSy conseillant de ne plus la compromettre dans de semblables discicssions (1). Mais une fois devant ses juges, comment aurait-il pu se rendre bien compte de cette question de compétence si embrouillée, à cette époque où chacun avait l'habitude de courber la tète quand Rome avait parlé, sans trop se demander si elle sortait ou non du domaine de la foi? Et eût-il vu parfaitement clair dans cette question de compétence, comment eût-il osé protester ouvertement contre le préjugé commun qui investissait l'autorité religieuse du droit absolu et sans distinction d'interpréter les textes de l'Écriture?
Il ne faut pas non plus être trop sévères envers ceux que leurs alarmes au sujet de la négation supposée du texte biblique poussaient a dépasser les limites de leur compétence. Cette affaire de Galilée leur a été une salutaire leçon ; elle leur a montré combien il est imprudent de s'aventurer, avec les meilleures intentions du monde, sur ce terrain de la science, qui n'est pas celui de l'Église. En se permettant de faire parler la Genèse, pour condamner en son nom
(1) Voj. Th. h. Mabtik, Oalilée^ pag. 51, où sont mentionnées les lettres de Galilée à la grande duchesse Christine, puis à Diodati et à Gassendi.
un système scientifique, on s'expose à recevoir le lendemain un humiliant démenti.
Ce n'est pas la Genèse qui a eu tort, mais ceux qui, n'ayant pas mission de s'emparer des faits scientifiques qu'elle contient et de dogmatiser sur ces faits, lui ont fait dire ce qu'elle ne dit pas. Cette leçon n'a pas été perdue; on a réfléchi, depuis, sur les principes de la compé-. tence en cette matière ; et l'on se garderait bien d'intervenir désormais dans ces questions ; l'Église laisse de côté la science qui n'est pas son domaine, pour rester dans la religion qui est le sien.
§ 3. — Lef Juges de Galilée, quoique «ffirmalifii, peu tûn de leur droit.
Du reste, les juges qui condamnèrent Galilée n'étaient pas aussi sûrs de leur droit et de leur thèse qu'on veut bien le dire. Ils savaient que l'astronome florentin n'était pas le seul savant qui eût pris parti pour le système de Copernic; que le cardinal Nicolas do Cusa l'avait professé dès le quinzième siècle et l'allemand Widmanstadt, en 1533, à Rome, devant le pape Clément VII; que le pape Paul III avait accueilli avec bienveillance la dédicace du livre de Copernic : De Revolutionibus orbium cœlestium; qu'en cette même année 1543, Celio Calcagnini enseignait ouvertement le nouveau système en
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Italie ; qu'enfin, au moment même des persécucutions contre Galilée, de savants disciples, tels que le père Benedetto Castelli, le père Foscarini et Mario Guiducci, restaient fidèles à sa doctrine (1) ; et ce mouvement des esprits ne laissait pas que de les troubler quelque peu dans leurs affirmations.
Nous en trouvons un curieux témoignage dans une lettre du confesseur du souverain pontife à Fastronome prussien Hévélius, Tun des plus grands partisans de la nouvelle théorie, et dont la conviction, basée sur de longues observations personnelles, n était nullement ébranlée par l'espèce de v^to qu'opposaient les théologiens. Cette lettre contenait la singulière remarque que rÉglise condamnait cette opinion jusqu'à ce qu'elle fût prouvée ; mais que, lorsque quelqu'un l'aurait éclaircie, il n'y aurait aucune difficulté à suivre l'opinion la plus probable (2).
Le père Fabri, jésuite français, faisait, en 1661, la même déclaration à un copernicien : Si vous réussissez, disait-il, à prouver votre thèse, l'Église n'hésitera nullement à décider que les passages de la Bible « doivent être entendus dans le sens impropre et figuré» (3). Un autre adversaire très déclaré du système de Copernic
(1) Th. h. Maetin, Galilée, pag. 39 et suiv., et pag. 66 et58.
(2) Regnaed. Voyage en Pologne, Paris, 1790, 1. 1, pag. 277.
(3) Th. h. Mâetin, Galilée, pag. 148.
et de Galilée, le bénédictin espagnol père Caramuel, donnait, en 1676, des explications analogues dans sa Théologie fondamentale (1).
Ce qui semble une • naïveté, pour ne pas dire davantage, donne parfaitement l'idée de la situation. Les théologiens s'étaient mis dans un cercle vicieux : ils croyaient condamner telle opinion scientifique, parce que cette opinion était contraire à la Bible; et au fond, c'était plutôt l'opposé : s'ils attribuaient à la Bible une certaine opinion scientifique, c'était parce que, voyant cette opinion généralement et traditionnellement admise parmi les savants, ils étaient portés à la voir aussi dans la Bible, afin de tirer un argument de cette concordance. Habitués aux méthodes et aux traditions doctrinales delà scolastique, les théologiens , croyant défendre la Bible en attaquant Galilée, ne faisaient autre chose que défendre le péripatétisme si en honneur pendant des siècles; ils compromettaient la Bible pour sauver l'autorité d'Aristote. Mais la déclaration naïve du correspondant d'Hévélius et des deux autres prudents théologiens montre bien que, pour le cas où l'opinion contraire prévaudrait, on saurait découvrir dans la Bible un autre sens que celui qu'on y avait vu jusque-là, et rétablir ainsi la concordance.
(1) Th. h. Maetin, Galilée, pag. 149.