II
Il ne faut donc pas s'étonner si, dans cet état des esprits, quelque bruit que fissent les congrégations romaines, effrayées des découvertes nouvelles, on se garda de compromettre par une intervention directe l'autorité doctrinale de la .chaire apostolique et de l'Eglise. On laissait le saint-office, dont les décisions n'engagent nullement la foi, intervenir pour empêcher la pression publique d'un système que les préjugés scientifiques du temps présentaient comme incompatible avec les Ecritures ; mais le saintsiége s'abstint de toute participation officielle et de toute déclaration dogmatique. Ni Paul V, qui pourtant approuvait personnellement l'opinion anticopernicienne du saint-office, n'osa signer et publier pontificalement la première sentence de 1616 (1); ni Urbain VIII, qui mit tant de passion à faire condamner Galilée, n'osa donner à la sentence de 1633 sa consécration souveraine (2).
Cette abstention officielle n'atténue assurément en rien la responsabilité personnelle de ces deux papes ; mais elle montre qu'au milieu de ces confusions de compétence et de ces vexatoires empiétements, les chefs de l'Eglise ne cessaient pas d'avoir conscience qu'il est des li-
(1) Il est même avéré que ce pape s'opposa à ce que son nom figurât au bas de cette sentence. (Th. U. Mabtik, pag. 143.)
(2) Th. h. Mabtin, Galilée, pag. 143.
mites que lautorité religieuse ne doit jamais franchir, et qu'en fait ils ont voulu laisser l'Église hors du débat. C'est à tort et par un abus de langage que les PP. Fabri, Caramuel, et tant d'autres, parlent de l'Eglise quand il ne s'agit que du saint-office. Nous ajoutons d'ailleurs que, l'Église fût-elle intervenue, ses interprétations des textes sacrés, il ne faut pas l'oublier, n'eussent fait autorité, selon la doctrine même du concile de Trente (1), qu'en ce qui concerne la foi et les mœurs et non en ce qui concerne V astronomie et la géologie.
La vérité est qu'en cette matière où l'on n'était pas compétent, on obéissait tout simplement à un préjugé, soit sur la question scientifique elle-même, soit sur le sens de la Bible; qu'on n'avait suffisamment étudié ni Tune ni l'autre de ces questions, et qu'on aurait mieux fait d'en abandonner l'examen à qui de droit, c'est à dire à la libre recherche des théologiens et des savants.
C'est ce qui a lieu aujourd'hui. Nul n'est gêné dans ses recherches; qu'on s'appelle Arago ou le père Zecchi, on tient son œil aussi librement attaché à son télescope. On ne serait pas digne du nom de savant, si l'on abordait le champ de l'observation avec toute autre préoccupation que celle de la science. On voit ce qu'on voit, et rien
(I) S£âSio IV. Z)^ editione et usu sacrorum librorum.
de plus, et on constate les conquêtes à mesure qu elles se font. Quant à savoir si ces conquêtes s'accordent ou non avec la Bible, cette question vient après, et ne doit influer en aucune façon sur l'œuvre impartiale du savant.