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sur le globe, ne serait une preuve péremptoire contre la réalité d'un couple unique primitif.
En effet, dans le premier cas, parce que « on a démontré qu'il y a chez tous les hommes unité de squelette, d'organes, de tissu, » parce que « on a réduit à un simple accident ces différences dans la forme du crâne et dans la couleur de la peau, qui, à première vue, établissent des distinctions tranchées entre les races, résultet-il de là que nous sortions tous d'un même père, et qu'à l'origine. Dieu n'ait pu créer plusieurs couples de la même espèce? Non; la science s'arrête devant le mystère de la création; elle ne dément pas la Genèse, mais il ne lui appartient pas de la confirmer (1). »
Dans le second cas, dans l'hypothèse des espèces distinctes, quelle serait la portée de cette affirmation scientifique? Tout simplement de montrer la diversité dans l'état actuel de l'humanité. La science, renfermée dans le domaine des faits qu'elle est en état d'observer, « ne peut dire ce qui a eu lieu à l'origine du monde, » elle ne peut pas « affirmer que les forces de la nature n'ont jamais varié, » ni « soutenir que nous connaissons tous les effets des climats et du temps. » Ce serait, ajoute M. Laboulaye, « se perdre dans la région des hypothèses, ce ne serait plus observer. Il est des limites que l'ethno-
(1) Labouiate. La Liberté religieuse^ pag. 294.
graphie ne peut franchir, et ces limites n'embrassent pas le premier fait dont parlent les livres saints. En ce point la science peut donc paraître plus ou moins favorable à la Bible, mais elle ne peut jamais lui donner un démenti; c'est pourquoi, il serait bien de la laisser à ellemême et de ne pas lui demander une solution qui n'est pas de son ressort (1). »
Deuxième exemple. — Question de Vunité ou de la divereiié
des langues,
M. Laboulaye fait les mêmes réflexions au sujet de la question philologique de l'unité ou de la diversité des langues. Analysant l'étude comparative des langues, que fait M. Renan, et, se plaçant au point de vue de sa conclusion : « Le principe de l'ancienne école : toutes les langues sont des dialectes d^une seuky doit être à jamais abandonné, » il dit qu'en admettant même cette conclusion, elle ne prouverait rien contre la Bible, parce que la confusion de Babel suffit, ainsi que le faisait remarquer Bossuet, pour expliquer le désordre des langages (2). C'est pourquoi « l'ancienne théologie ne s'est jamais inquiétée de la division des langues, » et «< plus
(1) Laboulaye, la Liberté religieuse, pag. 295.
(2) Histoire universelle, seconde partie, chap. 1.
d'un théologien moderne s'en tient, avec sagesse, aux anciennes opinions (1). »
De même, l'opinion scientifique de l'unité des langues ne pourrait guère servir de preuve péremptoire à la thèse biblique d'une langue primitive unique. En effet, « sans qu'on puisse rien affirmer sur les découvertes à venir, il est cependant très probable que, parvint-on à démontrer la fraternité de toutes les langues, on n'en établirait pas la filiation. Dans les langues indo-européennes, comme dans les langues sémitiques, on voit bien les branches, mais la souche primitive est perdue. Aujourd'hui que tant d'idiomes sont recueillis, sinon connus, si l'on ne peut retrouver cette langue mère d'où sont sortis l'arabe et l'hébreu, deux dialectes si voisins, comment croire qu'on découvrira cette cette tige première d'où les peuples se sont détachés avant les temps historiques? Toutes les analogies qu'on pourra constater ne feront sans doute qu'indiquer une parenté lointaine ; la seule conclusion qu'on en pourra tirer légitimement, c'est que la philologie ne contredit pas l'unité du genre humain ; mais comment le ferait-elle, puisque, d'une part, sa méthode suppose l'unité de l'esprit humain, et que, de l'autre, les faits sur lesquels elle s'exerce sont séparés de la
(1) Laboulayjb, pag. 298. Voy. M. Tabbé Mbiqnan. Prophélies messianiques de l* Ancien Testament, pag. 151.
création par des siècles vides, où se sont passées des révolutions qui nous seront toujours inconnues (1)? »
§ 3. Quelque intérêt d'ailleurs que puisient avoir aux yeux des chrétiens les questions de oonoordanoe, FEglise n'en est pas moins sans oompétenoe pour les résoudre.
Ces points, où il est très probable qu'on n'obtiendra jamais les éléments nécessaires à une œuvre sérieuse de concordance, ne sont pas les seuls. Mais il ne faut pas croire qu'il en soit de même dans tous les cas, et en conclure, comme semble le faire M. LaboulayeavecM. Renan, que les textes sacrés sont totalement désintéressés dans les questions scientifiques. Si restreint que soit le nombre de ces questions, où la donnée biblique est précise, en même temps que la science peut les résoudre directement et pleinement, cela suffit pour que, sur ces points, la question de concordance soit d'un très haut intérêt aux yeux des chrétiens. Seulement, de cet intérêt, il faut se garder de conclure à une compétence quelconque de l'autorité religieuse.
Ici, et c'est l'essentiel, nous nous retrouvons d'accord avec M. Laboulaye, aussi bien qu'avec M. Renan et tous les libres penseurs : non, l'argument en faveur de l'inspiration biblique, que les chrétiens prétendent légitimement tirer
(1) Laboulaye, la Liberté religieuse, pag. 298 et 299. II 16.
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de la concordance entre le récit de la Genèse et les découvertes scientifiques, n'implique en aucune façon un droit, pour lautorité religieuse, d'intervenir dans ce débat. Nous l'avons, plus haut, surabondamment démontré. Telle est donc la situation dans sa simplicité : incompétence de l'Église, liberté absolue pour les chrétiens, et dans le champ de la science, où ils doivent procéder en dehors de toute préoccupation religieuse, et dans le travail de confrontation des livres saints avec les résultats scientifiques obtenus.