INTRODUCTION. XI
les sentiments « personnels » qui prédominent en chacun de nous, si tous les homines sont exclusivement, ou principalement, égoistes, 1l semble naturel de supposer que cette identification de l'intérêt privé avec l'intérêt général soit l’œuvre artificielle du moraliste, considéré comme éducateur, et surtout comme législateur. Le moraliste utilitaire commencera par analyser toutes les associations d'idées, les unes favorables, les autres défavorables, à l'identification des intérêts; après quoi, les connaissant toutes, il transformera méthodiquement sa théorie en pratique, et imaginera des procédés pour augmenter le nombre des associations favorables à l'identification des intérêts, au détriment des associations défavorables. N'est-ce pas ainsi que procèdent le législateur dans la définition, le magistrat dans l’application, des peines? Il existe, dans l’âme de certains individus, dénommés criminels, des associations d’idées socialement dangereuses, parce qu'elles unissent l’idée d’un plaisir éprouvé par l'individu avec lidée d’une souffrance infligée à quelqu'un de ses semblables. Le législateur et le magistrat, en inspirant aux criminels la crainte de certaines peines, ou en les leur infligeant effectivement, créent de nouvelles associations d'idées, qui contredisent et tendent à dissoudre les premières. Telle est, réduite à sa plus simple expression, la théorie utilitaire de la peine, qui gagne incessamment du terrain, au xv° siècle, sur la théorie rivale de la vindiete publique; elle fournit l’application la plus directe et la plus manifeste du principe de l'utilité envisagé sous son