‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 100 sur 239 · ORIGINE DE LA LOI DE LA RENTE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LOI DE LA RENTE

croîtselon un autre rapport que la population humaine ». « À travers les règnes animal et végétal, la nature a répandu de toutes parts les germes de la vie de la main la plus large et la plus libérale. Les germes d'existence contenus sur ce point de terre, avec la nourriture et la place suffisantes pour en permettre l'expansion, remplirait des millions de mondes dans le cours de quelques milliers d’années. » Un problème serait donc intéressant à résoudre, celui de savoir quelles sont les causes qui tiennent en échec le développement, virtuellement indéfini, de la matière vivante. La cause générale, c’est, nous dit Malthus, le défaut de place : « la nature a été comparativement économe en espace et en nourriture.f! » En fait, la loi de la population conduit tuut droit à la loi de la rente différentielle, qui, formulée quinze ans plus tard par Malthus lui-mème, apparaitra, dans les écrits classiques des économistes utilitaires, de Ricardo, James Mill et MacCulloch, comme le corollaire de la première. Le travail fourni par l’homme est ou industriel ou agricole. La loi du travail industriel, c’est de donner des revenus proportionnels toujours croissants. Il est donc dans la nature du travail industriel de promettre à nos besoins une satisfaction toujours plus facile ; Godwin et Condorcet n’ont prêté attention qu’à cet unique aspect du travail humain : d’où leur optimisme et leur philosophie de la perfectibilité indéfinie. La loi du travail agricole, c'est de donner, au contraire, des revenus proportionnels toujours décroissants : car l’homme se voit dans la nécessité

de recourir successivement à des sols de qualité toujours inférieure, ou de dépenser plus de travail sur des sols déjà cultivés. 11 est donc dans la nature du travail qui s’applique à la terre d’offrir à nos besoins une satisfaction constamment moindre. Malthus prête attention, déjà, à ce second aspect du travail humain : d’où le pessimisme absolu de la première édition, relatif de la seconde. Dans la mesure où l’on attachera plus d'importance à l’un où à l’autre aspect, on donnera raison, soit à Godwin, soit à Malthus. Pourtant, quelque étroit que soit le lien logique entre la loi de population et la future loi des revenus diminuants, les deux lois sont distinctes ; et la loi de population, c’est la loi fameuse selon laquelle « la population croît en raison géométrique, et la nourriture en raison arithmétique ». Comment Malthus la démontre-t-1?

« De ces deux propositions, nous dit-il, l’une m'a paru prouvée, dès que l’accroissement de la population américaine à été constaté ; l’autre aussitôt qu’elle a été énoncée ». La première proposition n’exprime donc que le résultat d’une expérience limitée, faite dans un pays déterminé : Malthus emprunte à Hume cette constatation que « dans les États-Unis d'Amérique, où les moyens de subsistance ont été plus amples, les mœurs du peuple: plus pures, et conséquemment les obstacles aux mariages précoces plus rares que dans plusieurs des États modernes de l’Europe, on a trouvé que la population doublait en vingt-cinq ans», et « se décide à adopter cette raison de l’accroissement,

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