‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 99 sur 239 · MALTHUS ET SON TEMPS · texte numérisé non relu

MALTHUS ET SON TEMPS

l'explique par une surproduction qui profite seulement aux riches, tandis que Malthus l’explique, au contraire, par ce qu’on pourrait appeler la « surconsommation ». Les hommes sont trop nombreux, ne travaillent pas assez, ne peuvent pas travailler assez pour vivre tous dans l'abondance. L’aisance de l’ouvrier dépend du wage-fund, du fonds destiné à mettre le travail en action ; mais il ne faut pas confondre, ainsi que -Va fait Adam Smith, toute espèce d’accroissement du revenu, ou du fonds social, avec un accroissement du fonds destiné à rémunérer le travail. Par rapport à la collectivité tout entière, le fonds ne peut être envisagé comme cause d’un travail additionnel que dans la mesure où il consiste en un surplus d’aliments capables de faire subsister un nombre d'ouvriers plus grand qu'auparavant. Or, c’est ce qui n’a pas lieu lorsque l’accroissement du fonds provient du travail seul, et non du produit de la terre. Il faut distinguer entre le nombre de bras que peut employer le fonds appartenant à la société et le nombre que peut nourrir le sol qu’elle possède. Entre 1794 et 1800 tout particulièrement, il y a eu une série de mauvaises moissons, dans un temps où le continent ne pouvait fournir que de faibles quantités de blé. Il semblait done qu'il y eût dans le pays une quantité fixe, ou lentement croissante, de blé, contre un nombre d’habitants toujours grandissant. La crise parvint à son plus haut point de gravité en 1800, lorsque le blé monta à 127 shillings le quarter ; elle avait éclaté dès 1795,

quand Burke écrivit ses Thoughts and Details. Les salaires nominaux avaient bien pu croître; mais le produit du travail agricole ne croissait ni ne pouvait croître; et, par suite, le salaire réel du trävail décroissait. Malthus a décrit le phénomène admirablement dans son chapitre intitulé « Comment l’accroissement de la richesse nationale influe sur le sort du pauvre. » On pourrait bien tenir le phénomène pour temporaire, et proposer des remèdes empiriques : le libre-échange qui augmente la quantité des objets de consommation, l’émigration qui diminue le nombre des consommateurs. Cependant Malthus est protectionniste, afin de maintenir, à l’intérieur de la nation, l'équilibre de l’agriculture et de l’industrie, et considère l’émigration comme un «expédient partiel », « absolument insuffisant pour faire : place à une population qui croît sans limite ». Il tient à démontrer que le phénomène qui lintéresse, la pression exercée par la population sur les moyens de subsistance, est un phénomène non temporaire, mais constant, en vertu d’une loi nécessaire. La population, selon Malthus, croît en raison géométrique, tandis que les moyens de subsistance croissent en raison arithmétique. Et certainement le caractère absolu, mathématique, donné par Malthus à sa doctrine, explique, indépendamment des circonstances historiques, le crédit prodigieux qu’elle obtint.

C'estau règne animal et végétal que nous empruntons notre nourriture; or Malthus ne veut pas dire que « la population animale et végétale du globe terrestre

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