‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 102 sur 239 · MALTHUS ET LE PRINCIPE DE L'UTILITÉ · texte numérisé non relu

MALTHUS ET LE PRINCIPE DE L'UTILITÉ

revêtir le principe une fois admis, quelle est celle à laquelle Malthus adhère ?

Est-ce le principe de la sympathie, ou de la fusion des intérêts, que Godwin avait encore retenu ? Non certes, car, selon Malthus, le sentiment de bienveillance est dérivé de l’égoïsme par voie d'évolution lente et graduelle ; et vouloir substituer la bienveillance à l’égoisme comme principe moteur de la société, n’aboutirait qu’à faire souffrir la société tout entière de cette pression du besoin, qui n’est actuellement ressentie que par quelques membres du corps social. C’est au système établi de la propriété, c’est au principe de l’égoïsme, malgré son apparente étroitesse que nous sommes redevables de tout ce qui distingue la vie civilisée de la vie sauvage ‘6,

Sera-ce le principe de l'identification artificielle des intérêts ? Mais c’est seulement en d’autres matières, et à des époques postérieures, que Malthus s’y réfère. Il essaiera, par exemple, dans l’introduction de son Économie Politique, de montrer sous quelles réserves doit être accepté le principe d’Adam Smith, selon lequel « la meilleure manière de conduire un peuple à la richesse et la prospérité est de ne pas intervenir en ces matières 7. » De même encore, Malthus est protectionniste, et un de ses opuscules relatifs au problème des droits à l'importation des blés est un modèle d’ « arithmétique morale », Malthus concluant, après avoir examiné en détail la répercussion de l’abolition des droits sur les intérêts des diverses catégories de citoyens, que

cette mesure serait contraire au bonheur du plus grand nombre. Mais pas plus que le principe de lasympathie, ce n’est le principe de l'identification artificielle des intérêts, qui fonde la théorie de 1798.

C’est, en dernière analyse, au principe de l'identité naturelle des intérêts, fondement des théories économiques de Smith ét de Bentham, que Malthus se réfère dans son ouvrage de la façon la plus constante. Pour restreindre, par l’application de l'obstacle préventif, l’accroissement de la population, il ne fait pas appel à des motifs extraordinaires, à la recherche d’un bien général, difficile à comprendre distinctement. «Le bonheur du tout doit être le résultat du bonheur des individus, et commencer d’abord par eux. On n’exige aucune coopération. Tous les pas rapprochent du but. Celui qui accomplit son devoir fidèlement en recueillera tous les fruits, quel que puisse être le nombre des autres qui échouent. Cette obligation est expresse, et intelligible à l’esprit de la capacité la plus humble : c’est seulement qu’il ne faut pas mettreau monde des êtres pour lésquels on ne peut pas trouver les moyens de subsistance ®. » D’ailleurs il y à une vis medicatrix reipublicæ, « le désir d’améliorer son sort ou la crainte de l’empirer », la poursuite de l'intérêt individuel, l’égoisme, qui « résiste efficacement aux mauvais effets de quelques institutions humaines », et sert, particulièrement, en Angleterre, de contrepoids naturel à tous les encouragements artificiels que la loi donne au mariage des pauvres ".

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