‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 12 sur 239 · INTRODUCTION. XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIII

et vient prendre la forme d’un théorème scientifique, le paradoxe de La Rochefoucauld et de Mandeville. Ce dernier avait essayé de montrer, dans sa Fable des Abeilles, que les vices des particuliers sont favorables à l’intérèt général. Mais, si l’on convient, en bonne términologie, d'appeler, chez l'individu, tendances vertueuses celles qui sont favorables, précisément, à l'intérêt général, c'est une contradiction dans les termes de parler de vices favorables à l'intérêt public. Si l’amour du gain, l'amour du luxe, sont socialement utiles, le langage courant a tort de donner aux noms qui désignent ces penchants une valeur péjorative : ce ne sont pas des vices, mais des vertus. Il faut réformer le langage de la morale. Le principe de l'identification naturelle des intérêts fonde d’abord la théorie du progrès indéfini, exposée déjà par Hartley, en 1748, dans son traité de l'Homme. Mécaniquement, par l'opération nécessaire des lois de l’association des idées, les contradictions qui existent entre les intérêts individuels tendent à s’annuler, el la condition du genre humain à la surface du globe se rapproche sans cesse d’un élat « paradisiaque ». Mais surtout, et sous une forme plus absolue, le principe de l'identité spontanée des intérèts fonde la nouvelle économie politique, qu'Adam Smith expose, en 1776, dans sa Richesse des Nations. Par le mécanisme de l'échange et de la division du travail, les individus, sans le vouloir, sans le savoir, en s’occupant chacun à une tâche différente, en poursuivant chacun son intérêt propre, travaillent à réaliser l'intérêt général. Il suffirait que le

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