JAMES MILL ET RICARDO
d’Euclide : c’est Mill qui introduit pour la première fois, vers le même temps ”, dans le langage de l’économie politique, la métaphore euclidienne, plus audacieuse encore que la métaphore newtonienne.
James Mill avait, en outre, pratiqué les physiocrates ; il se charge, dans le supplément de l « Encyclopédie Britannique », de l’article « Économistes », et s’efforce de démontrer l’identité fondamentale de la philosophie de Quesnay avec celle de Bentham, malgré des différences d'expression. Il insiste en même temps sur la grandeur des ambitions qu’avaient conçues les physiocrates : transformer la société sans révolution en se fondant sur un petit nombre de principes théoriques simples. Dans une des notes qu'il avait ajoutées à son édition de l’ouvrage de Villers sur la Réforme *, il avait déjà fait remarquer combien fut petit, en France, le nombre des auteurs dont les écrits suffirent à préparer, au xviii° siècle, la Révolution. Visiblement, lorsqu'il travaille, avec autant de bonheur que d’opiniâtreté, à faire simultanément, de Ricardo et de Bentham, des chefs d'école et des chefs de parti, les chefs d’une même école et d’un même parti, il songe aux « philosophes », aux « encyclopédistes », aux « économistes » : il se propose de faire en sorte que Ricardo soit le Quesnay de l'Angleterre du x1x° siècle *?. James Mill à donc exercé une influence profonde sur la destinée intellectuelle de Ricardo. Mais il lui fut moins un maître qu'un professeur, enseignant l’application d’une méthode dont il n’était pas lui-même l'inventeur et qu’il avait apprise»
à une époque où il avait peut-être déjà adopté la philosophie benthamique du droit civil et pénal, mais où il n’avait pas encore fait la connaissance personnelle de Bentham, moins encore chez Bentham que chez J.-B. Say et ses prédécesseurs français.
Suffit-il de dire cependant, pour caractériser la différence des deux philosophies économiques, que la méthode d'Adam Smith est plus inductive et plus historique, la méthode de Ricardo, plus démonstrative et plus déductive ? Telle semble avoir été l’opinion de Stuart Mill à l’époque où, échangeant le joug de son père contre le joug de Mrs. Taylor, il commença la série de ses efforts
‘pathétiques et infructueux pour échapper à l’étroitesse d'esprit des radicaux philosophiques, et se mit à la recherche d’une philosophie intégrale. Une des premières idées qu’il découvrit, au cours de son voyage d'exploration intellectuelle, ce fut, nous dit-il, l’idée, alors en vogue chez les penseurs d’Allemagne et de France, que le progrès de l'esprit humain suit un certain ordre nécessaire, que toutes les questions d’institutions politiques sont relatives, non absolues, et qu’à des degrés différents du progrès humain non seulement correspondent, mais doivent correspondre, des institutions différentes ; bref, que toute théorie ou philosophie générale de la politique suppose une théorie préalable du progrès humain, en d’autres termes une philosophie de l’histoire *. Or c’est ici l’occasion de distinguer, une fois de plus, entre Bentham et James Mill.