LA LOI DE LA RENTE DIFFÉRENTIELLE
Dans une note d’un de ses ouvrages, il fournit une démonstration, aussi rigoureuse qu’on peut le souhaiter, de cette proposition nouvelle : la rente foncière est donc considérée comme une prime au propriétaire de la terre la plus fertile. Mais une intuition isolée, perdue dans une note, ne saurait être considérée encore comme constituant l’invention d’un théorème fondamental : Anderson lui-même ne paraît-il pas avoir ignoré que son observation contredisait la théorie de la rente selon Adam Smith ‘! ? C’est en 1815 seulement que West et Malthus énonceront, sous deux formes différentes, et qui se complètent l’une l’autre, la loi nouvelle. Elle est, d’une part, l’aboutissant du développement logique et normal de la pensée économique : elle peut être considérée comme impliquée dans la loi de population de 1797, on peut en voir la formule se dégager, avec une netteté croissante, dans les éditions successives du livre de Malthus ®. Mais pourquoi est-ce précisément en 1815 qu’elle atteint, simultanément, chez deux auteurs qui s’ignorent, sa forme définitive ? Ilconvient de faire intervenir ici la considération des circonstances historiques. La période de la grande guerre a dressé l’un contre l’autre, en Grande-Bretagne, deux mondes économiques distincts, dont les intérêts ne coïncident que par accident : c’est précisément en 1814 et en 1815 que le conflit des intérêts éclate avec la paix, qui met fin à un état de choses accidentel. Les denrées agricoles et les objets industriels ne sont pas produits dans les mêmes conditions : Malthus,
dès les premières éditions de son livre, abonde en observations à ce sujet, provoquées par les disettes de 1794 et 1795, puis de 1800 et 1801. Buchanan, qui commente Adam Smith, observe que, « la rente étant un excès sur les salaires et les profits, de tout ce qui donne cet excès sur les salaires et les profits, on peut dire qu’il paie une rente. L’inventeur d’une machine à économiser le travail, s'il gardait son secret, pourrait vendre ses produits à un prix qui fournirait une rente ou un excédent sur les salaires et le profit; mais, quand le secret est connu, et que d’autres viennent faire la même économie de travail, la concurrence réduit le prix, et son avantage est perdu. De cette manière les progrès des manufactures bénéficient à la société par une chute de prix des objets manufacturés, mais les progrès de l’agriculture, qui n’occasionnent pas une chute de prix, bénéficient seulement au propriétaire par un accroissement de la rente foncière ». Pourquoi, d’ailleurs, les progrès de l’agriculture n’entrainent-ils pas une chute des prix ? C’est que «l’industrie manufacturière accroît son produit en proportion de la demande, et le prix baisse ; mais le produit du sol ne peut pas être accru de même, et un haut prix est encore nécessaire pour empêcher la consommation d’excéder l'offre ».# Application du principe de population qui laisse deviner la loi de la rente. Des terres inférieures ont été mises en culture pendant la guerre, et les rentes foncières ont haussé. Des enquêtes parlementaires ont mis en lumière la corréla-