‹ La Révolution et la Doctrine de l'UtilitéChapitre 133 sur 239 · MALTHUS, RICARDO · texte numérisé non relu

MALTHUS, RICARDO

ment la rente foncière, à savoir « cette portion de la valeur du produit total qui demeure au propriétaire, après que toutes les avances nécessaires à la culture, de quelque genre qu'elles soient, ont été payées, y compris les profits du capital employé, estimés au taux usuel et ordinaire des profits du capital agricole au temps en question ».

Enfin, c’est en réponse au livre de Malthus, que, sur les instances de Mill #, Ricardo rédige et publie son « Influence du bas prix du blé sur les profits du capital ». Ricardo accepte la définition de la rente donnée par Malthus et par West. Mais il se livre, sur cette définition, à un travail de revision logique, où l’on peut reconnaître l'influence du génie propre de James Mill. — Il simplifie la théorie. Malthus avait distingué trois causes du phénomène de la rente foncière : en premier lieu, le pouvoir que possède la terre de fournir une quantité plus grande des denrées nécessaires à la vie qu’il n’en faut pour la subsistance des personnes employées à la culture ; en second lieu, la tendance de l’offre de nourriture à créer sa propre demande et accroître la population ; en troisième lieu, la rareté relative des terres fertiles, qui est nécessaire pour séparer une portion de l’excédent général, sous la forme spécifique d’une rente offerte à un propriétaire foncier #. Ricardo ne retient que la troisième cause. — Il universalise la théorie. Indépendamment de la nécessité pour l’agriculteur de recourir à des terres moins fertiles, Malthus admet l'opération, sur les variations de la rente, de

causes autres, telles que l’accumulation du capital qui abaisse les profits du capital, l’accroissement de la population qui abaisse les salaires, les progrès de l'industrie agricole. Ricardo néglige la dernière cause, à laquelle on ne saurait assigner que des effets très temporaires, et surtout considère la théorie de la rente foncière, entendue comme la différence entre les coûts de production sur des terres de fertilité inégale, comme la théorie fondamentale, d’où dérivent les théories des salaires et des profits. Les variations des salaires agissent non sur la rente, qui est donnée, mais sur les profits; et Malthus à tort de retenir encore partiellement, au sujet des profits, la théorie d'Adam Smith, suivant laquelle les profits haussent et baissent pour des raisons commerciales, indépendante de l'offre de nourriture. «Les profits du capital tombent, parce qu’on ne peut obtenir de la terre également fertile, et, dans tout le cours du progrès de la société, les profits sont réglés par la difficulté ou la facilité qu’on éprouve à se procurer de la nourriture ». Principe de grande importance, nous dit Ricardo, et qui a été presque entièrement négligé par les économistes. — Enfin, Malthus, comme les avocats du corn-bill, arguait de sa théorie de la rente foncière à la nécessité d’une politique de protection. Ricardo s’efforce de démontrer, comme West, la nécessité de tolérer la libre importation des blés : la hausse des profits et des salaires réels compensera, et au delà, la perte éprouvée par les propriétaires fonciers. Or, entre membres d’un même

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