L'ÉLABORATION DES € PRINCIPES
groupe de théoriciens, l’accord se fait autant, et peutêtre davantage, sur le programme des applications pratiques, que sur les principes : et c’est en associant la théorie de la rente foncière différentielle avec la théorie du libre-échange que Ricardo l’incorpore définitivement à la tradition d’Adam Smith et de l’économie politique orthodoxe.
Du grand ouvrage que publiera Ricardo deux ans plus tard, ce petit traité est l’esquisse. « Je sais de M. Mill, écrit Ricardo à J.-B. Say, le 18 août 1815, que plusieurs personnes de ce pays ne m’entendent pas, parce que je n’ai pas assez développé mes idées; et il m'engage à en reprendre l'exposition dès le commencement, et plus au long ‘ ». «Les principes de la rente, des profits et des salaires, écrit-il à Trower, le 29 octobre 1815, sont tellement associés et enchaïînés à tout ce qui relève de la science de l’économie politique, que je considère que des notions exactes à ce sujet sont d’une importance capitale. C’est sur ce point, où mes opinions diffèrent de la grande autorité d’Adam Smith, de Malthus, etc., que je voudrais concentrer tout le talent que je possède, en vue non seulement d'établir les principes que je tiens pour corrects, mais encore d’en tirer d'importantes déductions. Pour ma satisfaction personnelle, je ferai certainement l’expérience, et peut-être, au prix de revisions répétées pendant un ou deux ans produirai-je enfin quelque chose qui se puisse comprendre »5. On voit quel rôle joue, dans la formation de la nouvelle économie politique, le prin-
cipe de population, complété par la loi de la rente, qui en dérive : c’est un principe d’unification. Désormais, les variations de la rente, du salaire, des profits, ne peuvent plus, comme elles le pouvaient du temps d'Adam Smith, être étudiées séparément : elles dérivent d’une seule et unique loi. Et l’économie politique, conformément au rêve de James Mill, va reprendre, quoique en un sens nouveau, le caractère rigoureusement systématique qu’elle avait présenté, en France, au x viti° siècle, chez Quesnay et les physiocrates : en 1817 paraissent les « Principes de l’économie politique et de l'impôt ® ».
À quoi se réduit, en résumé, l’influence exercée sur Ricardo par Bentham et James Mill? L'influence personnelle de James Mill est considérable ; et c’est peutêtre à elle que l’économie politique doit le caractère systématique et déductif qu’elle prend ehez Ricardo. Mais l’idée de l’économie politique, entendue comme une science de lois — lois d'équilibre et lois de progrès — lois statiques et lois dynamiques — ne vient pas de Bentham. Les idées nouvelles que s’incorpore, avec Ricardo, l’économie politique classique lui viennent de Malthus. La méthode, théorique et rationnelle, lui vient des économistes français : elle lui a été enseignée par James Mill, qui a le tempérament d’un logicien, mais qui à aussi le tempérament d’un disciple, et emprunte ses doctrines à d’autres, se contentant de leur donner une rigueur nouvelle, et rien davantage. James Mill a moins donné à Ricardo sa doctrine